Louise Mushikiwabo devient secrétaire générale de l’OIF

Louise Mushikiwabo avait derrière elle la France, le Canada, le Québec et de nombreux pays de l’Union africaine.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Louise Mushikiwabo avait derrière elle la France, le Canada, le Québec et de nombreux pays de l’Union africaine.

La Canadienne Michaëlle Jean a officiellement perdu son pari. Les membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont refusé de lui confier un second mandat à la barre de l’institution au sommet d’Erevan, en Arménie, vendredi.
 

C’est la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, qui a été lui a été préférée pour prendre les commandes. Sa candidature a fait l’objet d’un consensus, selon ce qu’ont indiqué plusieurs sources.
 

La secrétaire générale désignée s’est dite honorée de la confiance que lui ont témoignée les membres, se réjouissant que le front uni africain derrière sa candidature ait porté ses fruits — elle a noté que son arrivée en poste marquait le retour de l’Afrique à l’OIF.
 

Devant les représentants des États et gouvernements membres, elle a noté qu’elle n’avait pas l’intention d’opérer un changement d’orientation majeur, mais elle a promis davantage de transparence sur le plan de la gestion financière.
 

À ce chapitre, le mandat de sa prédécesseure a été assombri par des histoires de dépenses jugées excessives. Louise Mushikiwabo a plaidé que pour elle, « chaque billet dépensé a son importance » et qu’il ne faut rien prendre à la légère.
 

La Rwandaise n’a pas explicitement fait référence à Michaëlle Jean dans son discours de remerciements. Elle a, en revanche, eu de bons mots pour le controversé président Paul Kagame.
 

« Monsieur le président, je vous remercie infiniment », a-t-elle dit en clôture.
 

La candidate battue avait brièvement pris la parole avant sa tombeuse. Elle s’est félicitée d’avoir réussi à faire progresser l’OIF sur l’échiquier des grandes organisations internationales, entre autres.
 

Combative, Michaëlle Jean aura lutté jusqu’à la toute fin, allant jusqu’à servir jeudi, dans un discours de la dernière chance, une mise en garde aux pays membres de l’OIF, les enjoignant à bien réfléchir avant donner les commandes à la Rwandaise.
 

Elle a cherché à les dissuader de céder aux « petits arrangements entre États » et demandé s’il fallait « accepter que la démocratie, les droits et les libertés, soient réduits à de simples mots » vidés de sens « au nom de la realpolitik ».
 

Le gouvernement de Kigali, dont Mme Mushikiwabo est la numéro deux, a plusieurs fois été accusé par divers groupes humanitaires de bafouer les droits démocratiques et la liberté de presse.
 

C’est sans compter qu’en 2010, le français a été remplacé par l’anglais à titre de langue officielle nationale au Rwanda, notamment dans le cursus d’enseignement.
 

Calcul stratégique

Malgré sa pugnacité, la Canadienne ne sera pas parvenue à « freiner le consensus qui se concrétisait depuis quelques semaines », a constaté vendredi le chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa Martin Normand.
 

« Elle n’aura pas réussi à convaincre assez de membres pour forcer un vote. Elle aura laissé sa marque sur l’OIF. Il faudra maintenant voir l’orientation que Louise Mushikiwabo lui donnera », a-t-il noté.
 

La ministre rwandaise avait derrière elle la France et de nombreux pays de l’Union africaine (UA).
 

Même les gouvernements du Canada et du Québec s’étaient ralliés à ce qui s’était dessiné comme un consensus inébranlable à l’aube de l’ouverture du sommet.


Selon des observateurs, un calcul géopolitique est entré en ligne de compte dans la décision d’Ottawa: en choisissant de se ranger dans le camp africain, le gouvernement Trudeau songerait aux votes de l’Afrique dans sa quête d’un siège au Conseil de sécurité, en 2020.
 

Les pays africains composent la vaste majorité des 54 États et gouvernements membres de plein droit de l’OIF. Aux Nations unies, ils représentent plus du quart des pays membres.
 

Il y avait aussi la relation avec le président français Emmanuel Macron à considérer — en plus de souhaiter une OIF davantage axée sur la culture et la langue, le locataire de l’Élysée cherchait à rétablir la sphère d’influence de son pays en Afrique.
 

Éviter un « psychodrame »

Selon Jocelyn Coulon, chercheur au Cérium de l’Université de Montréal, il faudra tirer des enseignements de cette élection.
 

« Le processus de sélection et de nomination du secrétaire général est en crise, comme le démontre le psychodrame où a été plongé l’OIF pendant une semaine », a-t-il déclaré vendredi à La Presse canadienne.
 

« Il faut le réformer pour le rendre plus transparent, ce qui donnera plus de crédibilité à l’élu », a suggéré cet ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion.