Le pape discute avec les évêques américains des agressions sexuelles

François s’est entretenu à huis clos dans son palais épiscopal avec le président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis.
Photo: Alessandra Tarantino Associated Press François s’est entretenu à huis clos dans son palais épiscopal avec le président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis.

Le pape — en première ligne face à une déferlante de nouvelles enquêtes dévastatrices détaillant des agressions sexuelles commises par le clergé — a reçu jeudi très discrètement la direction de l’épiscopat américain, décidé à déminer le terrain le plus explosif de l’Église.

François s’est entretenu à huis clos dans son palais épiscopal avec le président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis, le cardinal Daniel DiNardo, son vice-président, Mgr José Horacio Gómez, et son secrétaire général, Mgr Brian Bransfield.

Ils étaient aussi accompagnés par l’archevêque de Boston, Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs et proche conseiller de François.

Ce dernier a été aperçu sortant de la cité du Vatican plus d’une heure après le début de la rencontre très attendue, mais la direction de l’épiscopat américain a évité les caméras avant de publier en fin de journée un communiqué succinct.

« Nous avons partagé avec le pape François notre situation aux États-Unis, comment le corps du Christ est lacéré par le mal des agressions sexuelles », a écrit le cardinal DiNardo.

« Il nous a écoutés avec une attention profonde venue du coeur. Cela a été un bon échange, long et fructueux », a-t-il ajouté, en formulant l’espoir de travailler avec François pour « déterminer les prochains pas les plus efficaces ».

Une enquête du procureur de Pennsylvanie a mis au jour en août des agressions sexuelles perpétrées par plus de 300 « prêtres prédateurs » sur au moins un millier d’enfants. Cette révélation, qui s’ajoutait à la démission en juillet du cardinal Theodore McCarrick, accusé d’agressions sexuelles anciens sur un adolescent de 16 ans, a secoué l’ensemble de l’Église américaine, révélant au passage de profondes divisions politiques entre les évêques.

Puis un ex-ambassadeur auprès du Saint-Siège, Mgr Carlo Vigano, a accusé fin août le pape d’avoir protégé Mgr McCarrick pendant cinq ans, arguant que cet ancien archevêque de Washington était présenté par des diplomates comme un redoutable prédateur homosexuel de séminaristes et de prêtres.

Mgr Vigano accuse aussi François d’avoir balayé des sanctions (apparemment assez confidentielles) prononcées à l’encontre de Mgr McCarrick par son prédécesseur Benoît XVI.

Les agressions sexuelles commises par des membres du clergé sur des mineurs sont « le 11-Septembre » de l’Église, a décrit mardi Mgr Georg Gänswein, secrétaire particulier du pape émérite Benoît XVI, en parlant de tant de victimes « blessées si gravement et mortellement ».

Fin août, le cardinal DiNardo avait exprimé son désir de rencontrer le pape. Il avait fait valoir que les accusations de Mgr Vigano renforçaient la nécessité d’un examen « rapide et complet » des raisons pour lesquelles « les graves erreurs morales » de Mgr McCarrick ont été tolérées.

Mardi, un prêtre du diocèse de Mgr DiNardo à Houston a été arrêté, accusé d’agressions sexuelles par un homme de 36 ans lorsqu’il était lycéen, entre 1998 et 2001. Dans un communiqué, le diocèse évoque aussi le cas d’une jeune fille ayant accusé ce prêtre d’attouchements en 2001. Mais ses parents n’avaient finalement pas porté plainte et après une enquête interne, le prêtre avait pu reprendre ses fonctions en 2004.

Dans le même temps, le pape a accepté jeudi la démission d’un évêque américain, Mgr Michael Bransfield, qui a été accusé de « harcèlement sexuel sur des adultes », selon son diocèse. Il s’agit d’un cousin de Mgr Brian Bransfield, reçu le même jour au Vatican.

François vient aussi de convoquer du 21 au 24 février 2019 au Vatican une réunion sans précédent de tous les présidents des conférences épiscopales dans le monde pour aborder le thème de « la protection des mineurs ».