La visite de Duterte en Israël fait sourciller

Le président philippin, Rodrigo Duterte, a visité lundi la salle des noms de Yad Vashem, haut lieu du souvenir dédié aux six millions de juifs tués pendant l’Holocauste et passage obligé pour tout dignitaire étranger en visite en Israël.
Photo: Gali Tibbon Agence France-Presse Le président philippin, Rodrigo Duterte, a visité lundi la salle des noms de Yad Vashem, haut lieu du souvenir dédié aux six millions de juifs tués pendant l’Holocauste et passage obligé pour tout dignitaire étranger en visite en Israël.

Le président philippin, Rodrigo Duterte, qui s’était comparé à Hitler avant de présenter ses excuses, s’est recueilli lundi au monument commémoratif de la Shoah à Jérusalem après une rencontre avec le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou.

« Plus jamais ça. Le monde puisse-t-il retenir les leçons de cette période d’horreur et d’obscurantisme de l’histoire humaine », a écrit M. Duterte dans le livre d’honneur de Yad Vashem, haut lieu du souvenir dédié aux six millions de juifs tués pendant l’Holocauste et passage obligé pour tout dignitaire étranger en visite en Israël.

L’opposition israélienne et les défenseurs des droits de la personne se sont particulièrement émus de la visite en ce lieu éminemment solennel de M. Duterte, auteur juste avant son départ de propos controversés sur le viol et chantre des exécutions extrajudiciaires. Ils ne se sont pas privés de ressortir les déclarations faites par M. Duterte en septembre 2016, trois mois après son arrivée au pouvoir, en réponse aux critiques contre ses méthodes sanglantes pour combattre la criminalité et le trafic de drogue. « Hitler a massacré trois millions de juifs. Bon, il y a trois millions de drogués [aux Philippines]. Je serais heureux de les massacrer », avait-il dit, minimisant le nombre de juifs assassinés par les nazis.

Ces mots avaient suscité une profonde indignation internationale. M. Duterte avait présenté ses excuses et s’était rendu dans une synagogue quelques jours plus tard.

« Je n’arrive pas à imaginer un pays obéissant à un fou. Je n’arrive pas à comprendre qu’un être humain puisse massacrer des vieux, des femmes, des hommes, des enfants, des mères », a dit M. Duterte lundi dans la salle des noms de Yad Vashem.

« Bibi [le surnom de M. Nétanyahou] est prêt à exonérer un dirigeant illégitime qui se targue de massacrer ses concitoyens et de violer les droits de la personne, et pour quelle raison ? Parce que Duterte est prêt à soutenir l’occupation » israélienne des Territoires palestiniens, a écrit sur Facebook Tamar Zandberg, la chef du parti israélien de gauche Meretz.

« Un admirateur d’Hitler à Yad Vashem », a écrit le quotidien de gauche Haaretz. « Israël prouve une fois de plus qu’il est prêt à fermer les yeux sur les violations des droits de la personne de la part des dirigeants de ce monde au nom des ventes d’armes et des contrats de défense. »

28 000
Il s’agit du nombre de Philippins qui vivent présentement en Israël. Ils y sont traités en « êtres humains », à la différence de certains autres pays, a déclaré lundi le président Duterte.

Relations chaleureuses

La visite de M. Duterte, la première d’un chef d’État philippin en Israël depuis l’établissement de relations entre les deux pays il y a 60 ans, pourrait aboutir à la signature de contrats importants, au moment où Manille prévoit un programme de plusieurs milliards de dollars de modernisation de ses forces armées.

Les Philippines sont devenues en 2017 un important client des produits de défense israéliens, achetant pour 21 millions de dollars de systèmes radars et d’équipements antichars.

MM. Duterte et Nétanyahou ont exalté les relations bilatérales « fortes » et une amitié « florissante », lors de la signature de trois accords, commercial, scientifique et sur les milliers de Philippins qui travaillent comme aides à domicile en Israël.

M. Duterte a évoqué « l’aide cruciale » en équipements apportée par Israël aux forces philippines, qui les ont aidées à « gagner la guerre », référence possible à une bataille contre les djihadistes en 2017.

Pour M. Nétanyahou, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, cette visite est l’occasion de renforcer les alliances diplomatiques hors des grands partenaires traditionnels.

M. Nétanyahou a salué « le rôle exceptionnel » des Philippines, qui avaient accueilli un millier de juifs fuyant l’Holocauste. Il a rappelé qu’elles avaient été le seul pays d’Asie à voter en 1947 la résolution de l’ONU sur la partition de la Palestine prévoyant notamment la création de l’État d’Israël.

Israël a bien noté que les Philippines figuraient parmi les pays qui s’étaient abstenus de voter en décembre une condamnation de l’Assemblée générale de l’ONU contre la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël.

À titre personnel, M. Nétanyahou a souligné que son père avait, jusqu’à sa mort, reçu les soins d’une aide à domicile des Philippines. Environ 28 000 Philippins vivent en Israël, travaillant pour beaucoup comme aides à domicile. Ils y sont traités en « êtres humains », à la différence de certains autres pays, a dit M. Duterte.

Un Palestinien visant des soldats israéliens a été tué

Hébron — Un Palestinien armé d’un couteau a été abattu lundi après avoir tenté d’attaquer des soldats israéliens postés en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël, a annoncé une porte-parole militaire. Aucun soldat n’a été blessé lors de cette tentative d’attaque, qui s’est produite près de la colonie israélienne de Kyriat Arba, dans le sud de la Cisjordanie, a-t-elle ajouté. La police palestinienne a identifié le Palestinien tué comme étant Waël Jaabari, 27 ans. La colonie de Kyriat Arba, située près de Hébron, a été le théâtre de nombreuses attaques palestiniennes dans le passé. La dernière attaque au couteau en Cisjordanie remonte au 26 juillet, lorsque trois Israéliens ont été blessés près de Ramallah. L’assaillant palestinien a été tué. De nombreuses attaques au couteau contre des Israéliens ces dernières années ont été menées par des Palestiniens que les autorités israéliennes qualifient de « loups solitaires ».