L'humiliation de prisonniers Irakiens provoque «dégoût» et indignation

Washington — Les sévices infligés par des Américains à des prisonniers irakiens ont provoqué hier l'indignation dans le monde, notamment dans les pays arabes, et le «dégoût» du président américain George W. Bush, deux jours après la publication de photos par la chaîne américaine CBS.

M. Bush a exprimé son «profond dégoût», en assurant que ces mauvais traitements «ne sont pas un reflet de la nature du peuple américain», alors qu'à l'étranger la polémique enfle. La Maison-Blanche avait fait savoir que les États-Unis «ne peuvent pas tolérer» de tels actes.

«Scandalisé» par ces révélations, le premier ministre britannique Tony Blair, par la voix d'un porte-parole, a souligné que ces actes «sont en contradiction directe avec toutes les règles préconisées au sein de la coalition».

Les photos, qui montrent des soldats américains maltraitant et humiliant des prisonniers dans la prison d'Abou Gharib, près de Bagdad, ont été découvertes il y a quelques semaines par l'armée américaine, et montreraient des faits remontant à novembre et décembre.

Elles ont fait le tour du monde et font notamment l'ouverture des bulletins d'information de la chaîne de télévision arabe al-Jazira, tandis que pour la télévision concurrente al-Arabiya elles révèlent la «sauvagerie» de soldats américains.

Dès mercredi, le général Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaires en Irak, avait annoncé la mise en cause de six militaires. Ils ont été inculpés en mars, notamment d'actes de cruauté et de conduite obscène envers une vingtaine de prisonniers, qui devraient être traduits en cour martiale.

Le général Janis Karpinski, chargée de gérer le système pénitentiaire militaire en Irak, a été suspendue de ses fonctions et fait l'objet d'une enquête, selon un officier de haut rang. Six autres officiers font l'objet d'une procédure administrative. «Les militaires ont indiqué très clairement qu'ils allaient poursuivre ces individus, aussi sévèrement que le permet le droit», a prévenu le porte-parole de la Maison-Blanche.

Sur une photo, on voit un prisonnier irakien contraint, selon l'armée, de se tenir debout sur une boîte, tête recouverte et mains attachées, à qui l'on avait dit qu'il serait électrocuté s'il venait à tomber.

Un autre cliché montre des détenus nus et entassés, avec sur le corps de l'un une insulte en anglais. D'autres prisonniers ont visiblement été forcés à simuler des actes sexuels, et on voit un militaire américain faire un geste de victoire devant une pyramide de corps nus.

Ces images mettent en cause des hommes et des femmes appartenant à une unité de police militaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, s'est dit «profondément troublé», en espérant qu'il s'agisse d'un «incident isolé», et il a salué l'apparente détermination des autorités américaines à sévir. La Ligue arabe a appelé les autorités de la coalition à «châtier tous ceux qui ont été impliqués dans ces actes sauvages».

Le Comité international de la Croix-Rouge a jugé les photos «inquiétantes et troublantes» et rappelé que les Conventions de Genève de 1949, qui s'appliquent juridiquement à la situation actuelle de l'Irak, «interdisent très clairement la torture et les mauvais traitements». Une responsable de l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International se disait «choquée» mais «pas surprise».

Les médias américains étaient restés relativement discrets sur cette affaire, et certains donnaient hier la parole à des proches des militaires mis en cause. Selon l'avocat d'un sergent mis en cause, les soldats avaient été félicités pour le travail accompli en prison.