Le pape vivement critiqué

À bord de l’avion, aux côtés du directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Greg Burke, le pape François a répondu aux questions des journalistes sur l’homosexualité, dimanche.
Photo: Gregorio Borgia Associated Press À bord de l’avion, aux côtés du directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Greg Burke, le pape François a répondu aux questions des journalistes sur l’homosexualité, dimanche.

« Prions pour le pape », glisse Laurent McCutcheon, un brin moqueur. Quelques heures plus tôt, le souverain pontife suscitait l’ire de toute une frange de la population mondiale en recommandant aux parents qui décèlent des penchants homosexuels chez leurs enfants de les envoyer chez un psychiatre.

Le Vatican a tenté de corriger le tir, lundi matin, mais l’encre avait déjà eu le temps de sécher sur les dépêches. En réponse à une journaliste qui lui demandait, dimanche soir, ce qu’il dirait à des parents qui constatent l’orientation homosexuelle de leur enfant, Jorge Bergoglio a d’abord répondu : « je leur dirais premièrement de prier, de ne pas condamner, de dialoguer, de comprendre, de donner une place au fils ou à la fille ».

Approfondissant sa pensée, le pape a ensuite ajouté : « quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire, par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ».

« C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans », avait-il enchaîné.

Après la horde de réactions suscitées par ces propos, le Vatican a tenté de rattraper la bourde papale. Dans un verbatim de l’échange diffusé par le Saint-Siège lundi matin, la référence à la « psychiatrie » avait été effacée.

Une porte-parole du Vatican spécifiait alors à l’Agence France-Presse que le pape « n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique ».

Ouverture ?

Une nuance qui est toutefois loin de convaincre Laurent McCutcheon, ex-président de Gai Écoute et de la fondation Émergence. « Je pense que ce sont des propos très, très rétrogrades », a -t-il tranché en entrevue au Devoir, spécifiant que l’Organisation mondiale de la santé a rayé l’homosexualité de la liste des maladies mentales en 1992.

Pourtant, depuis qu’il a été élu évêque de Rome, François a bousculé les piliers du conservatisme catholique en tenant un discours d’ouverture envers les homosexuels. N’est-ce pas lui qui, en 2013, lançait « qui suis-je pour juger ? », puis récidivait en 2016 en déclarant que l’Église devrait s’excuser auprès des homosexuels ?

« On peut se questionner sur sa sincérité à l’époque », rétorque Laurent McCutcheon, évoquant une opération de relations publiques plutôt qu’un véritable acte de contrition.

« Son ouverture est dans le sens du courant habituel de l’Église catholique, qui avance qu’on doit accueillir les homosexuels, mais interdire les relations sexuelles homosexuelles », analyse ce porte-voix de la communauté gaie.

« Il nous demande toujours de prier, mais là, je pense que c’est nous qui devons prier pour lui », poursuit-il, cinglant.

Le « lobby gai » de l’Église

Le pape François a fait cette déclaration alors qu’il se trouvait à bord de l’avion qui le ramenait de l’Irlande à Rome. Il concluait alors une visite très délicate dans un pays meurtri par les agressions sexuelles du clergé.

Au même moment, le pape subissait une attaque surgissant de sa droite, de la part du courant ultra-conservateur de l’Église catholique.

Une fronde menée par l’ex-ambassadeur du Vatican à Washington, Carlo Maria Vigano, qui accuse le pape François d’avoir couvert Theodore McCarrick, un cardinal américain homosexuel, soupçonné d’agressions sexuelles.

Dans un pamphlet de onze pages publié samedi, l’archevêque conservateur, qui réclame la démission du pape, s’en prend aux « réseaux homosexuels » qui, comme des « tentacules de pieuvre », infiltrent et noyautent les plus hautes instances de l’Église catholique.

Des observateurs de la scène religieuse préviennent que les attaques vitrioliques de Carlo Maria Vigano pourraient être dévastatrices pour l’Église catholique aux États-Unis, évoquant même la possibilité d’un schisme.

François a-t-il donc voulu tirer sur la gauche pour calmer la droite ?

Possiblement, croit Alain Pronkin, chroniqueur et spécialiste en actualité religieuse. « Il faut remettre sa déclaration dans le contexte. Il vient juste de recevoir la lettre de Vigano. Il a beaucoup de pression de la part des journalistes dans l’avion et c’est à ce moment qu’il sort cette phrase complètement maladroite. »

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, était lundi en déplacement depuis Dublin. Il n’a donc pas pu répondre aux questions du Devoir.