L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan est décédé

L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix Kofi Annan en 2012
Photo: Fabrice Coffrini Archives Agence France-Presse L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix Kofi Annan en 2012

L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix Kofi Annan est mort samedi à 80 ans, provoquant une pluie d’hommages à celui qui avait accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale durant ses dix années à la tête des Nations unies.

« C’est avec une immense tristesse que la famille Annan et la Fondation Kofi Annan annoncent que Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et lauréat du Nobel de la paix, est décédé paisiblement samedi 18 août après une courte maladie », a déclaré sa fondation dans un communiqué de Genève.

Sa femme et ses enfants étaient à ses côtés pour ses derniers jours en Suisse où il vivait. Les hommages ont immédiatement afflué, du Ghana, son pays natal, à l’actuel secrétaire général de l’ONU ou aux présidents français et russe.

Hommages

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué « une force qui guidait vers le bien ». « Nous n’oublierons jamais son regard calme et résolu, ni la force de ses combats », a tweeté le président français Emmanuel Macron.

En Russie, le président Vladimir Poutine a déclaré avoir « sincèrement admiré la sagesse et le courage » du diplomate.

Le premier ministre britannique Theresa May a rendu hommage à « un grand leader et réformateur de l’ONU » tandis que son homologue espagnol Pedro Sanchez évoquait « un grand humaniste ».

Kofi Annan fut le premier secrétaire général issu de l’Afrique sub-saharienne et le Ghana, où il était né, a décrété une semaine de deuil à partir de lundi.

« Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », a déclaré le président ghanéen Nana Akufo-Addo.

En Afrique du Sud, le parti au pouvoir, l’ANC, s’est souvenu d’un « fils éminent de l’Afrique » qui a œuvre « en faveur (des pays) du Sud en développement ».

Un autre prix Nobel de la paix, l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu a de son côté évoqué « un remarquable être humain qui a représenté notre continent et le monde avec une immense grâce, intégrité et distinction ».

Bilan terni

Diplomate de carrière, Kofi Annan a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.

Il a dirigé l’organisation pendant la période troublée de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire « pétrole contre nourriture ».

À son départ, il était cependant un des dirigeants de l’ONU les plus populaires. Conjointement avec l’organisation, il a reçu en 2001 le prix Nobel de la paix pour ses « efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

« J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré en acceptant le Nobel à Oslo.

Kofi annan avait d’abord dirigé les ressources humaines de l’ONU, puis les affaires budgétaires, avant de chapeauter à partir de 1993 le maintien de la paix et d’être propulsé quatre ans plus tard à la tête de l’organisation.

Lorsqu’il dirigeait le département de maintien de la paix, l’ONU a connu deux des épisodes les plus sombres de son histoire : le génocide rwandais et la guerre en Bosnie.

Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Vedette de la diplomatie

Annan s’était vite adapté à son nouveau rôle de diplomate en chef, multipliant les apparitions à la télévision et les participations aux dîners mondains à New York. Jusqu’à devenir une vedette, qualifié par certains de « rock star de la diplomatie ».

Il devait sa nomination aux États-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son prédécesseur, l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali.

Cela ne l’a pas empêché de faire preuve à l’occasion d’indépendance. Il avait ainsi irrité Washington en estimant « illégale » l’invasion de l’Irak en 2003 parce que cette opération n’avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité.

Né en avril 1938 à Kumasi, au Ghana, fils d’un cadre d’une filiale du groupe anglo-hollandais Unilever, Kofi Annan avait étudié à l’université de Kumasi, puis grâce à une bourse, dans une université américaine, avant d’entrer à l’Institut des hautes études internationales de Genève.

En 1984, il épouse en secondes noces Nane Lagergren, une juriste suédoise.

En février 2012, il est choisi par l’ONU et la Ligue arabe pour mener une médiation dans la guerre en Syrie, mais il jette l’éponge cinq mois plus tard. Il accusera les grandes puissances d’avoir par leurs dissensions transformé sa médiation en « mission impossible ».

Il avait créé une fondation consacrée au développement durable et à la paix et fait partie du groupe des Elders (terme anglais signifiant « les anciens » ou « les sages »), créé par Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme.

Amnesty International a rendu hommage à « un champion de la justice, de la paix et de la dignité ».

Kofi Annan en dix dates

- 8 avril 1938 : naissance à Kumasi au Ghana, dans une famille aristocratique de la tribu des Fante.

 

- 1962 : après des études d’économie à Genève, il entre à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il travaillera ensuite dans diverses agences de l’ONU, et notamment au Haut-Commissariat des Nations unies aux Réfugiés (HCR).

 

- 1972 : obtient une maîtrise du Massachusetts Institute of technology (MIT).

 

- 1993-96 : secrétaire général-adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, pendant le génocide au Rwanda et la guerre en Bosnie.

 

- 1er janvier 1997 : devient secrétaire général de l’ONU, le premier issu des rangs de l’organisation et de l’Afrique subsaharienne. Il sera réélu pour un second mandat de cinq ans en juin 2001.

 

- 12 octobre 2001 : obtient conjointement avec l’ONU le prix Nobel de la paix.

 

- 2005 : éclaboussé par un scandale de corruption lié au programme « pétrole contre nourriture » en Irak.

 

- 2007 : rejoint les « Elders » (les Anciens), un groupe de personnalités internationales œuvrant pour le règlement des conflits dans le monde, initié par Nelson Mandela. Crée la Fondation Kofi Annan.

 

- février 2012 : choisi par l’ONU et la Ligue arabe pour une médiation dans la guerre en Syrie. Il jette l’éponge cinq mois plus tard.

 

- 18 août 2018 : décès.