Cambodge: Hun Sen consolide son emprise

Des Cambodgiens cherchent leur nom sur une liste électorale à un bureau de vote de Phnom Penh, dimanche. Une des questions clés du scrutin concerne le taux d’abstention alors que l’opposition a appelé au boycottage des législatives.
Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse Des Cambodgiens cherchent leur nom sur une liste électorale à un bureau de vote de Phnom Penh, dimanche. Une des questions clés du scrutin concerne le taux d’abstention alors que l’opposition a appelé au boycottage des législatives.

Le parti du premier ministre Hun Sen a revendiqué une victoire écrasante aux législatives de dimanche au Cambodge, un scrutin très controversé en l’absence de la principale force d’opposition, dissoute en 2017, et rapidement critiqué par le Canada.

« Nous espérons gagner plus de 100 sièges » sur 125, a déclaré le porte-parole du Parti du peuple cambodgien (PPC), Sok Eysan, citant des résultats préliminaires fournis par la Commission électorale cambodgienne. « Le PPC va obtenir plus de 80 % des suffrages. C’est une énorme victoire pour nous », a-t-il ajouté.

Les résultats définitifs doivent être officialisés le 15 août.

« Nos compatriotes ont choisi la voie de la démocratie », s’est félicité sur Facebook Hun Sen, au pouvoir depuis 33 ans. « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », a pour sa part commenté Sam Rainsy, le fondateur du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), principal parti d’opposition, dissous en novembre 2017.

« Pour la première fois depuis les élections organisées par l’ONU en 1993, le Cambodge n’a plus de gouvernement légitime reconnu comme tel par la communauté internationale », a dénoncé l’opposant en exil, alors que Bruxelles et Washington ont retiré leur aide financière à ce scrutin controversé.

Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse Le premier ministre du Cambodge déposait son bulletin de vote dimanche. Hun Sen est au pouvoir depuis 33 ans et son mouvement, le Parti du peuple cambodgien (PPC), a remporté toutes les élections depuis 1998.

Le Canada s’est dit « préoccupé » par les élections. « De très nombreux observateurs ont constaté que la campagne électorale a été assombrie par l’intimidation des électeurs et la manipulation des urnes », a relevé dimanche le ministère canadien des Affaires étrangères. « L’utilisation du pouvoir judiciaire pour harceler, intimider et éliminer l’opposition — y compris le dirigeant du Parti du sauvetage national du Cambodge, M. Kem Sokha, qui reste emprisonné —, et pour réprimer la société civile et la presse, n’est pas un signe d’élections libres, justes et équitables », a ajouté le ministère dans un communiqué.

Taux de participation

Une des questions clés de ces élections était le taux d’abstention, Sam Rainsy ayant appelé au boycottage depuis la France, où il s’est exilé pour échapper à la prison. Mais selon la Commission électorale, autorité contrôlée par le régime, le taux de participation avoisinerait les 82 %, un chiffre largement supérieur à celui des législatives de 2013 (69 %).

Dans les élections avec « un parti unique, le taux de participation est généralement plus élevé [car] le parti s’appuie sur l’intimidation des électeurs, l’achat de voix », a commenté Lee Morgenbesser, de l’Université Griffith en Australie.

Plus de huit millions d’électeurs étaient inscrits sur les listes électorales et 80 000 policiers ont été mobilisés pour ce scrutin, la police se disant prête à « empêcher tout acte de terrorisme et de chaos ».

Hun Sen, 65 ans, et son épouse, Bun Rany, ont voté à Takhmao, petite ville à une quinzaine de kilomètres de Phnom Penh, le premier ministre brandissant devant la presse son doigt couvert d’encre comme le veut la procédure électorale.

L’homme fort du Cambodge a averti qu’il ne tolérerait aucune contestation des résultats, assurant vendredi que « des mesures légales pour éliminer les traîtres » avaient été prises, une allusion au CNRP accusé de comploter contre le gouvernement avec le soutien des États-Unis.

Le PPC a remporté toutes les élections depuis 1998. Mais, aux dernières législatives, en 2013, les électeurs, pour protester contre la corruption, avaient voté en masse pour ce parti d’opposition, qui avait raflé plus de 44 % des voix, prenant le régime de Hun Sen de court.

Le gouvernement a depuis brandi la menace d’une ère de chaos dans le pays encore traumatisé par le régime khmer rouge, coupable d’un génocide qui a fait près de deux millions de morts dans les années 1970.

Surfant sur cette menace, des médias indépendants ont été fermés, un autre a été repris en main par le régime, tandis que plusieurs recours en justice ont été lancés contre des représentants de la société civile.

Avec la Presse canadienne

Appel au boycottage des élections au Cambodge, par les Cambodgiens du Canada

Les Cambodgiens du Canada et de plusieurs autres pays s'étaient rassemblés samedi pour lancer un appel au boycottage des élections qui devaient se dérouler dans leur pays, dimanche.
 

Ils ont dénoncé le premier ministre Hun Sen, qui a interdit au seul parti d’opposition «viable», le CNRP, d’y participer. Ses dirigeants auraient même été emprisonnés.
 

À Montréal, la manifestation s’est déroulée à midi, au square Phillips, au centre-ville.
 

Le porte-parole Sokha Ly qualifie Hun Sen, au pouvoir depuis plus de trois décennies, de dictateur. Il l’accuse d’avoir pris plusieurs mesures pour éroder la démocratie et les droits de l’homme dans le pays. Il aurait notamment fermé le plus grand journal indépendant.
 

M. Ly exhorte le Canada et la communauté internationale à rejeter les résultats de cette élection, qu’il qualifie d’illégitime.