Le Canada accueillera des Casques blancs syriens

Les Casques blancs sont devenus célèbres pour leurs opérations de secours en Syrie, où le conflit a fait plus de 350 000 morts et des dégâts considérables depuis 2011. Leur travail, très médiatisé, leur avait valu d’être considérés pour le prix Nobel de la paix en 2016.
Photo: Ameer Alhalbi Agence France-Presse Les Casques blancs sont devenus célèbres pour leurs opérations de secours en Syrie, où le conflit a fait plus de 350 000 morts et des dégâts considérables depuis 2011. Leur travail, très médiatisé, leur avait valu d’être considérés pour le prix Nobel de la paix en 2016.

Le Canada ouvrira ses portes à une cinquantaine de Syriens membres des Casques blancs, de même qu’à leurs familles. En tout, ce sont environ 250 personnes qui pourraient ainsi être accueillies par le Canada au cours des prochaines semaines ou des prochains mois, selon des informations obtenues par la chaîne publique CBC.

Forcés au repli devant l’avancée des forces du régime de Bachar al-Assad dans la région, ils sont 422 à avoir été évacués dans le plus grand secret par l’armée israélienne dans la nuit du 21 au 22 juillet. Selon les informations disponibles, ces Syriens, dont la vie est maintenant menacée, seraient présentement en Jordanie où ils pourront rester pour une période de trois mois avant d’être transférés vers le Canada, l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

Un premier bilan annonçait l’évacuation de 800 Syriens. Le ministère jordanien des Affaires étrangères a toutefois revu les chiffres à la baisse en soirée, dimanche. Un second groupe n’aurait « pu arriver à la frontière à cause de la situation sur le terrain » et se trouverait toujours en Syrie, a précisé une source gouvernementale canadienne. Il n’est pas certain qu’une nouvelle opération puisse être montée, tant la situation sur le terrain est « précaire », a ajouté cette même source.

Plus tôt dans la journée, les autorités canadiennes n’avaient pas précisé combien de personnes pourraient être transférées au Canada. Dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a tout de même souligné que le Canada, en tant que « partenaire clé des Casques blancs », menait « en étroite collaboration avec le Royaume-Uni et l’Allemagne un effort international afin d’assurer la sécurité des Casques blancs et de leurs familles ».

Bien que le gros du conflit soit terminé en Syrie, des poches de résistance rebelle demeurent, notamment en territoire kurde et dans la province d’Idleb, située à une soixantaine de kilomètres d’Alep. Ainsi, bien que, dans l’ensemble, le régime d’al-Assad soit fortement décrié par la communauté internationale, il est encore trop tôt pour dire que les Syriens sont arrivés au bout de leur peine.

Le chef des Casques blancs, Raëd Saleh, a affirmé qu’« un certain nombre de bénévoles avaient été évacués avec leurs familles pour des raisons purement humanitaires », car ils étaient en danger dans les provinces de Quneitra et de Deraa, en raison de « menaces répétées contre eux par la Russie et le régime ». Moscou et Damas accusent les secouristes d’être liés à des groupes djihadistes et de véhiculer des « mensonges » sur leurs opérations militaires.

Responsabilité morale

Le Canada a par ailleurs indiqué qu’il appuyait les Casques blancs « sans équivoque ». Toujours par voie de communiqué, la ministre Freeland a rappelé que « lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères dans le cadre du sommet des dirigeants de l’OTAN tenu à Bruxelles il y a une semaine, [elle avait] recommandé que les dirigeants fassent preuve de leadership à l’échelle mondiale pour appuyer et aider ces héros ».

« Ce n’est pas surprenant de voir le Canada agir ainsi aujourd’hui », a souligné Sami Aoun en entrevue avec Le Devoir. Selon le directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand, « les Occidentaux ont laissé la guerre en Syrie [qui a fait des dizaines de milliers de victimes et plusieurs millions de déplacés] s’enliser pendant de nombreuses années, ils ont donc une certaine responsabilité vis-à-vis des réfugiés de ce pays ».

Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Selon la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, le Canada ressent une responsabilité morale profonde envers les Casques blancs.

Selon lui, cette décision est également conséquente avec celles que le Canada a prises par le passé, le pays ayant déjà ouvert ses frontières à de nombreux Syriens au cours des dernières années. À ce jour, un peu plus 40 000 Syriens se sont réfugiés au Canada, selon les données disponibles sur le site du gouvernement fédéral. À ce sujet, la ministre Freeland a justement indiqué que « le Canada […] est fier [d’avoir] fourni [aux Casques blancs] du financement en soutien à leur formation d’urgence et en vue d’augmenter le nombre de femmes qui en font partie. Nous ressentons une responsabilité morale profonde envers ces personnes qui font preuve de bravoure et d’altruisme. »

Controverse ?

Les Casques blancs syriens n’ont toutefois pas toujours eu aussi bonne presse, rappelle Rachad Antonius, professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. De fait, depuis leur création (voir encadré), ils ont à la fois été encensés pour leur travail auprès des civils sur le terrain et fortement critiqués. « C’est très difficile de se faire une vraie tête quand on parle de la guerre en Syrie, expose ce spécialiste du Proche-Orient. Il y a des enjeux géostratégiques majeurs, d’un côté comme de l’autre. Et il y a beaucoup de désinformation. Il est donc important que le public se pose constamment des questions sur ce qu’on lui raconte. »

À son sens, le rôle joué par les Casques blancs dans ce meurtrier conflit est justement un bon exemple. « Quand on creuse un peu, on se rend compte que les motivations derrière la formation de cette organisation sont contestables. Pour moi — et je suis loin d’être le seul à le croire —, les Casques blancs ont servi d’organe de propagande pour les États-Unis et leurs alliés. Certaines de leurs interventions sur le terrain [et, surtout, le partage massif sur les réseaux sociaux de ces dernières] ont permis de justifier certaines interventions militaires. Couplés aux enjeux stratégiques de la région… C’est certain que ça soulève de nombreuses questions. »

Une position que conteste vertement Sami Aoun, de la Chaire Raoul-Dandurand. « C’est très difficile d’avoir des informations crédibles, concède tout de même le chercheur, mais il est clair pour moi qu’il s’agit plutôt d’un exercice de propagande de la part des Russes. Ils ont travaillé très fort à discréditer le travail des Casques blancs, notamment en les associant aux terroristes islamistes. » Or, toujours selon lui, les Russes étaient les premiers à souhaiter que ce conflit se déroule loin des regards, sans témoin. « C’est là que les Casques blancs dérangent, ils ont mis des images [et surtout des visages] sur la guerre en Syrie. »

Témoins

Chose certaine, selon Sami Aoun, qui est également professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, l’arrivée de ces Casques blancs au Canada sera une rare chance d’avoir accès à des témoignages inédits du conflit armé en Syrie. « Plus nous pourrons entendre ce qui s’est passé sur le terrain, mieux ce sera, souligne le professeur. Que ce récit soit enfin disponible, c’est une occasion unique de mettre en lumière et de questionner, de la façon la plus objective possible, le déroulement et les débouchés de cette guerre interminable. »

Avec l'Agence France-Presse

4 commentaires
  • Mayra Dionne - Inscrite 23 juillet 2018 04 h 39

    Une grave erreur historique pour le Canada

    Les gens un peu informé (en dehors des discours gouvernementaux qui mentent sans arrêt) savent que ce sont des proches des terroristes/ou des terroristes. Aucun Syrien ne pense du bien d’eux, d’où le besoin d’évacuation. Ils sont derrière plusieurs attaques contre des civils et pointent du doigt ensuite Assad comme étant le cruel, vidéos à l’appui, mise en scène et propagande pour les média.

    Les allégations deviennent des faits et les faits (témoignages de terrain, preuves) appartienent aux théoriciens complotistes. On vit dans un monde Orwellien! Mais des voix s’élèvent de plus en plus parmi ce chaos voulu (Roger Waters, les petits peuples, les journalistes de terrain indépendants). La presse traditionnelle en a perdu des plumes à force de ne plus faire son travail. Bcp comme moi financent ces journalistes plutôt qu’un abonnement au Devoir.

    Peu fière de voir le Devoir poursuivre la voie fade et sans interêt du discours du pouvoir. Allez en Syrie. Questionnez. Tous les journalistes indépendants (pas de journalistes des grands médias là-bas) en Syrie vous diront que ce sont des criminels mis en place comme propagande anti-Assad. Ils sont depuis responsables de nombreux crimes et partout sur internet on peut les voir avec les extrémistes salafistes tuant des civils Syriens. Le US Peace council aux N-U a bien décrit ce qui se passe en Syrie. C’est votre boulot, non?

    Consultez la journaliste canadienne Eva K. Bartlett.. La britannique Vanessa Beeley et +. Cette guerre n’est pas une guerre civile. C’est Assad et son peuple contre des mercenaires terroristes de l’Occident, d’Israël, du Qatar, et d’Arabie Saoudite. Nos taxes ont financé ces Casques Blancs criminels et cette invasion sous l’Otan et on les invite ici??? Des dhihadistes rien de moins, les ennemis des vrais réfugiés Syriens qu’on a accueilli ici. Qui a fondé les CB? Cherchez et la réponse vient d’elle-même.

    *Regardez la piste genieoilgas aussi...

  • Bernard Terreault - Abonné 23 juillet 2018 07 h 52

    Confus

    Que représentent ces ''Casques Blancs'' n'est toujours pas clair après la lecture de ce papier. Et je me demande bien ce que c'est que le Canada prétend avoir fait pour eux dans le passé et pourquoi il les considère des alliés. Ils m'ont plutôt l'air de pions des États-Unis et d'Israël.

  • Rino St-Amand - Abonné 23 juillet 2018 08 h 01

    Mise en scène ou véritable catastrophe?

    En regardant la photo en haut du reportage, c'est à se demander s'il ne s'agit pas de l'une de ces photos produite par ces très actifs Casques blancs. C'est qu'ils en ont tellement produit, souvent avec les mêmes figurants, qu'on fini par comprendre que ces photos sont devenues une arme de propagande. À la guerre comme à la guerre. En voici une qui a eu l'effet visé: https://www.legrandsoir.info/le-petit-garcon-blesse-dans-le-siege-orange-un-nouveau-coup-monte-des-casques-blancs.html.

  • Raymond Morin - Abonné 23 juillet 2018 16 h 00

    Un autre mise en scène

    Je suis les nouvelles du Moyen Orient de très proche et je viens juste d`apprendre par communiqué de Madame Freeland elle-même que les Casques blancs sont un allié soutenus financièrement par le Canada!
    Et ils sont secouru par l`armée d`Israël, proche allié du Canada. Bien sûr, Israël n`accepte aucun réfugié autant méritoire que soient nos alliés les Casques blues. Alors, ils transitent seulement par le territoire Israélien ver la Jordanie qui en accueil encore au-delà des 1.5 millions déjà sur leur territoire.
    Je fais partie d`un groupe local qui parraine une famille de réfugié Kurde de la Syrie. Ça fait deux ans que nous attendons cette famille tandis qu`ils pourrissent dans un petit appartement à Istanbul sans moyens autre que ce que nous leurs envoyons mensuellement pour les soutenir. Cette famille aura à rembourser leurs frais de voyage pour se rendre au Canada une fois qu`ils auront passé à travers multiples étapes d`immigration.
    Il parait que les Casques bleu vont passer devant des milliers de réfugiés parrainés par des groupes communautaires et de paroisses toujours en attente. Vont t`ils avoir à payer leurs billets d`avion et seront t`ils accueillies à l`aéroport par M. Trudeau et Madame Freeland aux fins de propagande.
    Je regrette le ton de cynisme mais j`en ai marre de ces coups d`éclat et l`instrumentation des réfugiés a fin de propagande Libéral. Le manque de transparence et la manipulation sournoise de l`information par ce gouvernement me déçoit beaucoup!