Les manifestations se poursuivent en Irak

Six mois après la proclamation par les autorités de la «victoire» sur le groupe État islamique, les problèmes sociaux sont redevenus la priorité.
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse Six mois après la proclamation par les autorités de la «victoire» sur le groupe État islamique, les problèmes sociaux sont redevenus la priorité.

La contestation en Irak est entrée lundi dans sa deuxième semaine, un mouvement émaillé de violences meurtrières qui met en lumière la détresse sociale après une quinzaine d’années de conflits.

Six mois après la proclamation par les autorités de la « victoire » sur le groupe État islamique (EI) les problèmes sociaux sont redevenus la priorité. Ils étaient des milliers à le crier lors de nouvelles manifestations dans l’est et le sud du pays lundi.

La population a déjà sanctionné sa classe dirigeante en s’abstenant massivement aux législatives de la mi-mai et elle réclame aujourd’hui une meilleure répartition des juteux revenus du pétrole.

Car dans le pays, deuxième producteur d’or noir de l’OPEP, le secteur des hydrocarbures assure 89 % des ressources budgétaires et même 99 % des exportations, mais ne représente que 1 % des emplois.

Et ce fossé se fait cruellement sentir dans un pays où, officiellement, 10,8 % des habitants sont sans emploi et deux fois plus parmi les jeunes, qui représentent 60 % de la population.

Chômage et corruption

Pour les manifestants, qui s’en sont pris à différents sièges de partis politiques à travers les provinces du sud, les brûlant ou mettant à bas les affiches placardées par les politiciens, l’autre grand problème, c’est la corruption. « Ces champs de pétrole nous appartiennent, pourtant on n’en retire rien », tempête ainsi Hussein Ghazi, manifestant de 34 ans, à Bassora.

Ces champs de pétrole nous appartiennent, pourtant on n’en retire rien

En plus, cette année, la sécheresse et les barrages construits par les pays voisins en amont sur les fleuves qui traversent l’Irak ont perturbé la saison agricole, tandis que la pénurie chronique d’électricité laisse les Irakiens sans équipement sous une température atteignant les 50 degrés.

Depuis le début des manifestations tenues quotidiennement, huit personnes ont trouvé la mort, selon le ministère de la Santé.

Le premier ministre Haider al-Abadi a annoncé samedi soir une allocation immédiate de trois milliards de dollars pour la province. Il a appelé les services de sécurité « à se tenir en alerte car le terrorisme veut exploiter tout événement ou conflit ». Mais il leur a ordonné « de ne pas faire usage de balles réelles sur des manifestants non armés ».