Trump ne veut pas laisser les États-Unis devenir «un camp de migrants»

Le président américain, Donald Trump, a de nouveau lié les séparations de familles de migrants, dont beaucoup viennent d’Amérique centrale où la violence est endémique, aux questions de sécurité.
Photo: Susan Walsh Associated Press Le président américain, Donald Trump, a de nouveau lié les séparations de familles de migrants, dont beaucoup viennent d’Amérique centrale où la violence est endémique, aux questions de sécurité.

Donald Trump s’est invité lundi dans la crise politique en Allemagne, brandissant le spectre d’une immigration hors de contrôle en Europe pour justifier sa politique d’extrême fermeté aux frontières américaines, où quelque 2000 enfants migrants ont déjà été séparés de leurs parents.

« Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l’immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin », a tweeté le président américain alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, joue sa survie politique.

« La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l’Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture ! » a poursuivi Donald Trump, contredisant les statistiques officielles allemandes montrant une baisse de la criminalité en 2017.

« Nous ne voulons pas que ce qui se passe avec l’immigration en Europe se passe avec nous ! » a-t-il encore lancé.

Une salve de tweets matinaux aux airs de contre-offensive face à la pression montante aux États-Unis pour que le président mette fin aux séparations de familles migrantes à la frontière, alimentée par des récits déchirants, l’indignation, y compris dans le camp républicain, et le malaise exprimé par Melania Trump elle-même.

Problème législatif

Face à la tempête de réactions outrées jusque dans les milieux religieux conservateurs très influents sur son électorat, Donald Trump tient le même cap depuis des jours, martelant que la responsabilité revient aux démocrates.

Le bras de fer semble désormais de toute évidence destiné à pousser une réforme de l’immigration qui patine depuis des mois au Congrès. Certains républicains modérés et des démocrates avaient accepté cet hiver de financer un mur à la frontière mexicaine en échange de la régularisation de centaines de milliers de jeunes arrivés mineurs aux États-Unis, mais la volonté de Donald Trump d’inclure une limite à l’immigration légale avait fait capoter cette loi. Et bloque pour l’instant toute avancée.

« CHANGEZ LES LOIS », a tonné le président dans un tweet lundi. « C’est la faute des démocrates qui sont faibles et inefficaces sur la sécurité aux frontières et la criminalité. Dites-leur de commencer à penser aux gens dévastés par la criminalité venant de l’immigration illégale. »

Dans un même souffle, Donald Trump a de nouveau lié sur Twitter les séparations de familles de migrants, dont beaucoup viennent d’Amérique centrale où la violence est endémique, aux questions de sécurité : « Des enfants sont utilisés par les pires criminels sur terre comme un moyen d’entrer dans notre pays. Est-ce que quelqu’un a regardé la criminalité au sud de la frontière ? C’est historique, certains pays étant les endroits les plus dangereux du monde. Ça n’arrivera pas aux États-Unis. »

Immigration illégale

Sans détour, plusieurs hauts responsables de la Maison-Blanche ont affiché clairement l’argument de la dissuasion des candidats à l’immigration illégale.

« Nous ne pouvons pas et n’allons pas encourager les gens à amener des enfants en leur donnant une vaste immunité face à nos lois », a encore déclaré lundi le ministre de la Justice, Jeff Sessions.

« Si nous construisons le mur, si nous passons une loi pour mettre un terme au non-droit, nous n’aurons plus à faire face à ces choix terribles », a-t-il affirmé, alors que Donald Trump pourrait rencontrer les républicains au Congrès mardi, selon le Wall Street Journal.

Outre Melania Trump, l’ex-première dame Laura Bush a rompu sa traditionnelle discrétion avec des mots forts, en dénonçant une politique « cruelle ».

« Les enfants ne doivent pas être traumatisés en étant séparés de leurs parents », a affirmé lundi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, à propos de la politique d’extrême fermeté menée aux frontières américaines. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, « a comme position de principe que les réfugiés et les migrants doivent toujours être traités avec respect et dignité, en accord avec le droit international », a précisé le porte-parole dans un communiqué. « L’unité des familles doit être préservée », a-t-il ajouté dans ce texte qui représente une rare critique de l’ONU contre la politique intérieure de Donald Trump.

Le nombre de demandeurs d’asile a plongé en Europe en 2017

Bruxelles — Le nombre de gens qui ont demandé la protection de l’Europe a plongé en 2017, mais demeure plus élevé qu’avant 2015 quand plus d’un million de personnes ont afflué vers le continent, souvent pour échapper à la guerre en Syrie, ont indiqué lundi des responsables.

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile a dit que 728 470 demandes de protection internationale ont été reçues en 2017, comparativement à près de 1,3 million l’année précédente.

Environ 30 % des demandes provenaient de pays en guerre, comme l’Afghanistan et l’Irak. L’agence européenne a précisé que plus de 950 000 demandes attendaient une décision à la fin de l’an dernier, dont près de la moitié en Allemagne.