Washington est plus conciliant avec Pyongyang qu’avec Téhéran, selon des experts

Le contenu de la déclaration publiée mardi, est bien faible comparativement aux engagements concrets de dénucléarisation pris par l’Iran, selon Charles-Philippe David.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le contenu de la déclaration publiée mardi, est bien faible comparativement aux engagements concrets de dénucléarisation pris par l’Iran, selon Charles-Philippe David.

Un mois après avoir tourné le dos à Téhéran en se retirant de l’accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis tendent la main à la Corée du Nord. Un paradoxe qu’ont déploré divers observateurs de la scène internationale mardi, quelques heures après la diffusion d’un accord commun entre Washington et Pyongyang au terme d’un sommet historique entre les dirigeants Donald Trump et Kim Jong-un.

Le contenu de la déclaration publiée mardi, qui tient en une page, est bien faible comparativement aux engagements concrets de dénucléarisation pris par l’Iran, selon le président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Charles-Philippe David.

Perdre au change

« Il ne fait aucun doute que l’accord iranien est plus avancé, complet et précis que n’importe quoi qui est discuté [actuellement] avec la Corée du Nord », soutient-il.

Un avis partagé par le chercheur étudiant au Centre de recherche sur la paix et la sécurité internationale de l’Université McGill, Jean-François Bélanger, qui estime que l’entente avec l’Iran, « dans un monde complexe où il n’y a jamais rien de parfait », contient des « mesures exceptionnelles ».

« C’était somme toute une bonne entente que les États-Unis ont laissée tomber pour [en parallèle] signer une non-entente [avec la Corée du Nord] », résume-t-il.

Rappelons que le président américain a concrétisé récemment sa promesse électorale de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, qu’il a qualifié d’« horrible » et de « désastreux ».

La ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a regretté mardi le double standard appliqué par Washington.

L’accord nucléaire conclu avec Téhéran « est respecté par l’Iran », alors que « signer un document avec Kim Jong-un qui est allé jusqu’à obtenir l’arme nucléaire, c’est pratiquement récompenser quelqu’un qui a été à l’encontre de tous les traités internationaux », a-t-elle estimé.

Un modèle

Selon Charles-Philippe David, l’accord sur le nucléaire iranien, négocié en 2015 par les États-Unis, la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, aurait pu servir de modèle pour établir les bases de négociation avec Pyongyang.

Le document, composé d’une centaine de pages et de cinq annexes, comporte notamment l’engagement clair de la part de Téhéran de ne pas se doter de l’arme atomique et de se débarrasser d’une partie de son arsenal nucléaire et de ses stocks d’uranium. En échange, la communauté internationale s’engage à lever progressivement les sanctions économiques imposées à l’Iran.

Des mesures concrètes à des lieues des engagements vagues pris par la Corée du Nord mardi, soutient le chercheur.

Les États-Unis n’ont en effet pas obtenu de garantie de la part de Pyongyang pour une « dénucléarisation complète, irréversible et vérifiable », comme ils le réclamaient, ce qui a choqué M. David.

« Que cette mention ne soit pas incluse dans le communiqué final m’a étonné, dit-il. On ne mentionne que des principes généraux de paix, de processus de dénucléarisation, mais on ne va pas dans le spécifique. »

Deux situations distinctes

Mettre en parallèle l’Iran et la Corée du Nord équivaut à comparer des pommes et des oranges, met en garde Jean-François Bélanger, rappelant que le communiqué signé par Washington et Pyongyang sert d’abord à mettre la table pour de futures négociations.

Contrairement à l’Iran, la Corée du Nord n’a aucun intérêt à se départir de son arsenal nucléaire, qu’elle a d’ailleurs beaucoup plus puissant, souligne l’expert. « La survie du régime en dépend. »

À l’inverse, l’Iran « était menacé de se faire attaquer de façon préventive », rappelle-t-il.

Dans ce contexte, il était prévisible que l’entente signée par Donald Trump et Kim Jong-un soit vague. « On n’a rien mis de côté d’un bord comme de l’autre pour ne pas nuire aux négociations à venir », poursuit M. Bélanger.

La Corée du Nord gagnante

Jusqu’à présent, la Corée du Nord sort grande gagnante de ce premier face à face, estime Charles-Philippe David. « Kim Jong-un a littéralement gagné le premier match de la série », illustre-t-il.

Malgré le manque d’engagements, la simple démarche de pourparlers mérite d’être saluée, souligne-t-il. « Il vaut mieux qu’ils se parlent qu’ils s’envoient des missiles par la tête. »

Seul l’avenir dira si ce processus aboutira à la dénucléarisation de la Corée du Nord. « Il y a une possibilité que ça débouche sur quelque chose de tangible », estime pour sa part Jean-François Bélanger.

L’Iran y va d’une mise en garde

L’Iran a adressé une mise en garde à Kim Jong-un mardi. Le porte-parole du gouvernement, Mohammad Bagher Nobakht, a affirmé qu’on ne doit pas faire confiance à Donald Trump. « Nous ne savons pas avec quel type de personne le leader de la Corée du Nord négocie », a-t-il déclaré au sujet du président américain.