Encore au moins quatre jours en mer pour les migrants de l’«Aquarius»

Des manifestations s’opposant au blocus imposé par Matteo Salvini ont eu lieu mardi en Italie, dont à Turin.
Photo: Alessandro Di Marco Agence France-Presse / Ansa Des manifestations s’opposant au blocus imposé par Matteo Salvini ont eu lieu mardi en Italie, dont à Turin.

Quelque 629 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche après le refus de l’Italie et de Malte de les accueillir, sont partis mardi soir vers l’Espagne à bord de trois bateaux, dont le navire humanitaire Aquarius.

Il faudra encore au moins quatre jours de mer à cette flottille composée de l’Aquarius, où ils se trouvaient encore tous jusqu’à mardi, et de deux autres italiens où quelque 500 d’entre eux ont été transbordés avant de toucher le port espagnol de Valence.

Quelque 72 heures après le début de cette crise sans précédent en Europe, le dénouement semblait donc enfin proche pour ces migrants secourus au large de la Libye entre samedi et dimanche, mais qui sont restés ensuite bloqués jusqu’à mardi à une trentaine de milles des côtes maltaises, à la suite du refus de l’Italie et de Malte de les accueillir.

Accusations

Ce refus a déclenché une vague d’indignation, ou d’approbation, dans toute l’Union européenne, mais aussi un échange virulent entre la France et l’Italie, qui se sont mutuellement accusées de « cynisme ». La présidence du Conseil italien a ainsi fait savoir mardi qu’elle refusait les « leçons hypocrites » de Paris, ou de « pays ayant préféré détourner le regard » du problème migratoire.

Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, réagissait aux propos du président français, Emmanuel Macron, qu’il rencontrera vendredi à Paris, dénonçant le même jour la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien » après son refus d’accueillir l’Aquarius.

L’ONG SOS Méditerranée, qui a affrété ce navire humanitaire et confirmé son départ vers l’Espagne mardi soir, n’a pas donné de détail sur la situation à bord des trois bateaux.

Plus tôt dans la journée, Anelise Borges, de la chaîne Euronews et seule journaliste à bord de l’Aquarius, avait toutefois décrit à l’AFP la fatigue, mais aussi l’impatience de ces migrants, dont sept femmes enceintes et onze enfants en bas âge, à enfin toucher terre.

La peur d’être renvoyé en Libye

Mais tandis que cette attente se prolongeait, beaucoup de ces migrants se sont inquiétés d’être renvoyés en Libye, à tel point que les secouristes de l’Aquarius ont dû faire le tour du navire, cartes en main, pour montrer qu’ils étaient désormais loin des côtes libyennes, a encore raconté cette journaliste d’Euronews au téléphone.

L’Aquarius, présent depuis février 2016 dans cette partie de la Méditerranée, où il a secouru près de 30 000 personnes, était depuis dimanche au centre d’un bras de fer entre l’Italie et Malte, avant que l’Espagne ne se propose de l’accueillir.

La détermination du ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, à la manoeuvre depuis le début de cette crise, l’a finalement emporté, grâce au geste salué par l’Italie du gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sánchez.

« Sauver des vies est un devoir, transformer l’Italie en un énorme camp de réfugiés, non. L’Italie en a fini de courber l’échine et d’obéir, cette fois IL Y A QUELQU’UN QUI DIT NON », assurait dès lundi sur Twitter M. Salvini, qui est en même temps le patron de la Ligue (extrême droite).