Le G7 parle de l’égalité des femmes

Dayle Haddon, la chancelière allemande, Angela Merkel, et Christine Lagarde ont assisté aux pourparlers du Conseil consultatif pour l'égalité des genres, lors du deuxième jour du sommet du G7.
Photo: Leon Neal / Getty Images / Agence France-Presse Dayle Haddon, la chancelière allemande, Angela Merkel, et Christine Lagarde ont assisté aux pourparlers du Conseil consultatif pour l'égalité des genres, lors du deuxième jour du sommet du G7.

Le premier sommet du G7 sur le thème de l’égalité des sexes aura donné des résultats, avec des milliards de dollars à la clé, se réjouit la coprésidente du conseil consultatif de Justin Trudeau sur le sujet. Et ce, même si le président américain Donald Trump s’est présenté en retard à la rencontre du matin portant sur le sujet.

Justin Trudeau a consacré la matinée de samedi, à La Malbaie, à des pourparlers sur l’égalité et l’autonomisation des femmes. Des membres du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes, à qui il avait donné le mandat de présenter des recommandations, étaient présentes pour partager leur travail avec les premiers ministres et présidents des sept puissances. « Je m’étais donné comme objectif que les sept leaders soient présents. Et les sept leaders étaient présents », s’est réjouie l’ambassadrice du Canada à Paris, Isabelle Hudon, qui copréside ce comité-conseil.

Or, pendant que Mme Hudon prononçait son allocution d’ouverture, le président Trump a fait son entrée tardive dans la salle. L’ambassadrice a poursuivi ses remarques. Justin Trudeau venait de terminer les siennes. Mais le malaise se lisait sur le visage du président français, Emmanuel Macron, qui a affiché une moue accompagnée d’un haussement de sourcils qui traduisait un certain agacement.

L’ambassadrice Hudon a néanmoins refusé d’y voir un manque d’intérêt ou un affront de Donald Trump. « Quand la rencontre a officiellement commencé, il était là. » Le président était « très engagé », a-t-elle relaté, et il a pris son oreillette pour entendre la traduction des commentaires en français et suivre la teneur de la conversation. « On avait un brin d’anxiété de vouloir atteindre notre cible de sept leaders [présents] sur sept. La dernière chaise — qui était celle de M. Trump —, il est vrai qu’on avait hâte qu’il rentre pour s’asseoir. Mais il a été présent [à] 100 % de la rencontre. »

De l’argent pour l’éducation
Le Conseil consultatif d’Isabelle Hudon a déposé, la semaine dernière, une liste de 102 recommandations. Le groupe ne s’attendait pas à une série d’engagements concrets dès samedi. Quelques-uns sont pourtant venus.

En matière d’éducation, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, l’Union européenne et la Banque mondiale se sont engagés à consacrer 3,8 milliards de dollars à l’éducation des filles au cours des cinq prochaines années. De cette somme, le Canada versera 400 millions sur trois ans, bien que seulement la moitié de cette somme constitue de l’argent frais. La Banque mondiale octroie la part du lion, soit 2 milliards en cinq ans. L’Italie, la France et les États-Unis ne font pas partie de l’annonce.

« Les autres partenaires ont tous des investissements significatifs en éducation et n’étaient pas prêts à ce moment-ci à prendre un engagement spécifique pour les filles dans les situations de crise », a expliqué la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau. Néanmoins, l’annonce est considérablement plus élevée que le 1,3 milliard qu’on espérait récolter au départ. La conférence de presse a d’ailleurs été retardée samedi, car d’autres partenaires se sont ajoutés à la dernière minute.

« Cela va bien au-delà de nos attentes », s’est réjouie Caroline Riseboro, la présidente de Plan international, une ONG qui se spécialise dans le droit des enfants et des filles. « Quand une crise survient, l’éducation est souvent le premier service suspendu et le dernier rétabli », a expliqué David Morley, d’UNICEF Canada.

L’argent servira principalement à améliorer les conditions des écoles, et pas seulement la formation des professeurs, pour que cela bénéficie surtout aux jeunes filles. On pense par exemple à doter les écoles de toilettes. « Il faut s’assurer qu’il y a des toilettes sécuritaires pour les filles à l’école parce que sinon, souvent, elles arrêtent l’école quand elles ont leurs premières règles », a illustré la ministre Bibeau.

D’autres milliards ont aussi été annoncés. Les institutions de financement du développement des sept pays du G7 ont dévoilé qu’elles mettraient en commun un milliard de dollars pour favoriser des activités commerciales bénéficiant aux femmes, somme qu’elles utiliseront comme levier pour amasser deux milliards supplémentaires auprès du secteur privé. La répartition par pays de la somme de départ n’a pas encore été arrêtée.

Le Canada est le dernier pays du G7 à s’être doté d’une institution de financement du développement: FinDev Canada a lancé ses activités cette année à peine. L’organisme fonctionne un peu comme la Banque de l’infrastructure aussi créée par le gouvernement de Justin Trudeau. Il s’agit d’utiliser une somme gouvernementale de départ pour amasser des fonds privés destinés au développement, mais dans une perspective de profit et non d’aide humanitaire. L’idée est de stimuler l’investissement d’entreprises dans des projets qui auront un impact dans les pays en développement. On donne l’exemple du projet M-Kopa, en Afrique de l’Est, qui vend aux foyers non branchés au système électrique une petite boîte solaire leur offrant cinq heures d’autonomie pour actionner deux ampoules ou recharger un téléphone.

« L’opportunité pour nous de nous engager avec le secteur privé dans le monde entier est vaste, donc le type de partenaires pourrait être un partenaire institutionnel, par exemple un fonds de pension », a expliqué Paul Lamontagne, le directeur général de FinDev Canada.

Entre félicitations et critiques
Chez Oxfam Québec, on accueille favorablement l’annonce bien qu’on reste critique. « C’est difficile, des fois, d’allier une compagnie dont le but premier est le profit et les enjeux de développement qui sont complexes et ne demandent pas seulement une solution rapide », a fait valoir au Devoir la directrice générale d’Oxfam Québec, Denise Byrnes. 

Mme Byrnes estime qu’il faudra vérifier à l’aune de quels critères seront évalués les projets financés pour déterminer s’ils sont bons ou pas pour les femmes. « Souvent, ces structures, comme elles proviennent du milieu financier, se basent sur les chiffres. Exemple: elles vont se vanter que 50 % des employées de l’entreprise aidée sont des femmes. » Mais il faut avoir une analyse qualitative. « Si c’est une autre usine de vêtements comme on voit en Asie où les femmes travaillent en couches parce qu’elles ne peuvent pas aller aux toilettes, peut-être que ce n’est pas une bonne affaire! » Cela dit, Mme Byrnes rapporte que les institutions, dont FinDev, sont à l’écoute des groupes comme le sien, versé en développement international, ce qui lui donne espoir.

Malala Yousafzai, qui est membre du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes de Justin Trudeau, a félicité le premier ministre sur Twitter de ces annonces. Mme Hudon s’est elle aussi réjouie de ces résultats. « J’aime bien voir les annonces se multiplier autour des femmes. C’est ce que ça fait, d’avoir inscrit l’égalité des sexes à l’agenda; c’est-à-dire que les joueurs autour du G7 ou de nouveaux joueurs veulent s’accrocher aux priorités. »

Le Conseil recommandait notamment aux sept puissances d’assurer 12 années d’éducation gratuites à toutes les jeunes filles des pays de développement ou de pays touchés par les conflits. Les sommes investies samedi ne garantiront pas nécessairement 12 ans d’éducation ou une aide dans toutes les régions de la planète sans distinction. « Il faut commencer quelque part, répond Mme Hudon. Et il faut probablement aller vers celles qui en ont le plus besoin. »

D’autres thèmes ont moins fait consensus. Le Conseil a réitéré aux leaders sa recommandation de fournir des services de santé sexuelle et reproductive complets, y compris des services d’avortement. « Il n’y a pas eu de commentaire. Il n’y a pas eu de question. » Donald Trump a ressuscité l’interdiction pour les groupes qui reçoivent de l’aide américaine de promouvoir l’avortement à l’étranger. En Europe, l’avortement est seulement décriminalisé en Allemagne tandis qu’en Italie et en Grande-Bretagne, un médecin peut refuser d’en pratiquer un pour des raisons de conscience.

Macron prend le relais
Le président français héritera de la présidence du G7 l’an prochain, après le premier ministre canadien. Emmanuel Macron s’est engagé, samedi, à prolonger d’un an le mandat du conseil consultatif sur l’égalité des sexes. Il s’agissait d’une des suggestions d’Isabelle Hudon. « Parce qu’on ne peut pas penser qu’avec les recommandations qu’on a faites, on a des engagements sur-le-champ. »

Le comité réclamait notamment que son groupe devienne une composante permanente du G7; la parité aux délégations des sept puissances d’ici 2025; des lois sur l’équité salariale; un soutien aux victimes de violence basée sur le sexe; la fin des mariages précoces et forcés; que le budget d’aide internationale des pays atteigne 0,7 % de leur produit intérieur brut.