Iran - Un imam réformateur démissionne

Téhéran — Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a accepté hier la démission spectaculaire de l'imam réformateur d'Ispahan, l'ayatollah Jalaledine Tahéri, et appelé à l'apaisement et à la vigilance face aux «ennemis» du régime islamique.

«L'un des objectifs des ennemis est de susciter des troubles et l'anarchie [...] et c'est pourquoi je demande à la population d'Ispahan de garder son calme et d'éviter tout slogan, acte ou tension pendant la prière du vendredi», a écrit M. Khamenei dans une lettre à l'ayatollah Tahéri, imam démissionnaire d'Ispahan, fief du courant réformateur. La prière à Ispahan, conduite par un religieux conservateur, l'hodjatoleslam Ali Ghazi-Asghar, s'est déroulée sans incident, selon un journaliste de l'AFP sur place.

L'ayatollah Tahéri, 76 ans, un proche du président réformateur Mohammad Khatami, a annoncé sa démission, dans une lettre ouverte, pour protester contre «la situation chaotique» dans le pays et la monopolisation du pouvoir par les conservateurs.

Soucieux d'apaiser rapidement cette crise interne, d'une nature et d'une ampleur sans précédent, le Guide a accepté cette démission et fait siennes certaines des critiques du l'ayatollah Tahéri. «J'ai reçu une lettre qui vous est attribuée et dans laquelle vous vous plaignez de la corruption morale et financière, de discrimination entre riches et pauvres et de l'utilisation illégale des biens publics par certains responsables gouvernementaux ou religieux», a souligné M. Khamenei dans sa réponse à l'ayatollah Tahéri, diffusée par la radio et à l'université de Téhéran avant la prière du vendredi. «Je suis de votre avis car moi aussi je dis depuis plusieurs années qu'il faut mobiliser les moyens pour lutter contre la pauvreté et la corruption», a-t-il ajouté, critiquant implicitement l'action du gouvernement réformateur.

«Tous les responsables et notamment les membres du clergé sont tenus à la vigilance et doivent se garder de toute parole ou acte qui pourrait être utilisé par des ennemis intérieurs et extérieurs», a-t-il poursuivi.

L'ayatollah Khamenei, qui désigne les imams de la prière du vendredi du pays, a renvoyé la balle dans le camp des réformateurs, en affirmant que la solution aux problèmes évoqués par M. Tahéri passe par la «création d'emplois pour les jeunes et la lutte harmonieuse contre la corruption».

Il a invité en même temps à la prudence dans la critique, soulignant qu'«il faut faire très attention à ce que l'on dit car toute critique injuste encourage les ennemis et la contre-révolution qui bénéficient de l'argent et du soutien des États-Unis et d'Israël».

«En ce qui me concerne, j'oublie l'injustice à mon encontre mais, pour ce qui est de l'imam Khomeiny et de son héritage, c'est-à-dire le régime islamique, ce ne sera pas pardonnable», a estimé M. Khamenei, laissant ainsi la porte ouverte à d'éventuelles sanctions à l'encontre du religieux d'Ispahan.

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