Haïti - Louis Jodel Chamblain se constitue prisonnier

Port-au-Prince — Louis Jodel Chamblain, l'un des dirigeants des insurgés ayant contribué à la chute de Jean-Bertrand Aristide et ex-chef paramilitaire condamné à perpétuité pour des exactions au début des années 90, s'est constitué prisonnier hier.

«Je me constitue prisonnier car je fais maintenant confiance à la justice de mon pays», a déclaré Chamblain lors d'une conférence de presse dans un hôtel de Port-au-Prince, peu avant de se livrer à la police. Il a espéré que son geste «servirait d'exemple aux responsables du régime déchu» qui ont commis, selon lui, des «exactions».

Ancien sergent de l'armée haïtienne condamné deux fois par contumace par la justice haïtienne à la détention à perpétuité, il faisait partie du Front de libération des ex-insurgés qui ont joué un rôle décisif en début d'année dans la démission d'Aristide, le 29 février.

La présence de Chamblain et de ses ex-paramilitaires parmi les insurgés dirigés en début d'année par Guy Philippe avait été vivement critiquée par Amnesty International et des organisations haïtiennes de défense des droits de l'homme. Depuis mars, elle était devenue une source d'embarras pour les nouveaux dirigeants haïtiens.

Le nouveau ministre de la Justice, Bernard Gousse, avait estimé que Chamblain devait être de nouveau détenu et rejugé, conformément à la loi.

Hier, l'avocat de l'ex-paramilitaire, Stanley Gaston, a fait part de sa «confiance dans la justice haïtienne», notant qu'elle «n'est plus sous l'influence du régime déchu Lavalas», le parti d'Aristide.

Chamblain a été condamné par contumace à la détention à perpétuité pour l'assassinat en septembre 1993 d'un homme d'affaires haïtien d'origine palestinienne, Antoine Izméry, proche d'Aristide, et pour le massacre de Raboteau aux Gonaïves en avril 1994, commis par l'armée et des paramilitaires. Il avait trouvé refuge en République dominicaine après la chute du régime dictatorial de Raoul Cédras (1991-94). Il était revenu en Haïti à la faveur de l'insurrection qui a conduit Aristide à la démission.

Un document écrit, très favorable à Chamblain, a été remis hier aux journalistes. Sous le titre Qui est Louis Jodel Chamblain?, le texte affirme que durant le premier mandat de Jean-Bertrand Aristide (1991-96), «la femme enceinte de Chamblain a été brutalement assassinée chez elle par des sbires d'Aristide armés de poignards».