La France n’appuiera pas la candidature de Michaëlle Jean à l'OIF

L’annonce d’Emmanuel Macron a été faite à l’issue d’une rencontre avec le président rwandais, Paul Kagame.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse L’annonce d’Emmanuel Macron a été faite à l’issue d’une rencontre avec le président rwandais, Paul Kagame.

La France ne soutiendra pas la candidature de Michaëlle Jean pour un deuxième mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Le président français, Emmanuel Macron, a plutôt annoncé mercredi son appui à la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Le Canada a quant à lui réitéré sa confiance envers l’ancienne gouverneure générale, quelques heures après cette déclaration.

« Notre gouvernement appuie le renouvellement du mandat de Michaëlle Jean à la tête de l’OIF », a affirmé la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau.

Mme Jean « promeut activement nos priorités canadiennes au sein de la Francophonie comme l’égalité entre les hommes et les femmes et l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes », a-t-elle insisté.

La ministre Bibeau avait néanmoins réclamé récemment davantage de transparence de sa part.

« J’ai eu plusieurs discussions sur le sujet de la bonne gestion financière avec Mme Jean », avait indiqué la ministre Bibeau au Devoir en mars dernier.

La veille de cette déclaration, lors d’un voyage à Paris, Philippe Couillard avait aussi dit qu’il s’attendait à ce que Mme Jean fasse preuve de « davantage de rigueur et de transparence dans l’administration interne de cette grande organisation ».

Des médias de Québecor avaient en effet révélé qu’il en avait coûté 500 000 dollars canadiens pour rénover la résidence officielle de la secrétaire générale de l’OIF à Paris. Cette organisation aurait aussi largement dépassé les budgets de voyage prévus pour sa dirigeante.

Une décision stratégique

L’annonce d’Emmanuel Macron a été faite quant à elle à l’issue d’une rencontre à Paris avec le président rwandais, Paul Kagame.

Près d’un quart de siècle après le génocide des Tutsis, le président français dit vouloir apaiser les relations avec le Rwanda. Kagame, l’homme fort de Kigali, a accusé les autorités françaises d’avoir soutenu le pouvoir hutu.

Plusieurs observateurs insistent pour que la lumière soit faite sur le soutien de la France au camp génocidaire.

Nicolas Sarkozy avait reconnu lors d’un déplacement dans la capitale rwandaise de « graves erreurs d’appréciation » de Paris et une « forme d’aveuglement », sans toutefois présenter formellement d’excuses.

M. Macron a ajouté que le « centre de gravité » de la francophonie est aujourd’hui en Afrique. Plus de la moitié des francophones vivent en effet sur ce continent et l’OIF évalue que 85 % des locuteurs s’y trouveront en 2050.

La France demeure le premier contributeur à cette organisation avec le versement annuel moyen d’environ 30 millions d’euros (46,7 millions de dollars canadiens).

Cette somme correspond à plus du tiers du budget total de l’organisation, qui compte 58 membres, dont le Québec à part entière depuis 1971.

Le prochain secrétaire général de l’OIF sera désigné lors du Sommet de la Francophonie les 11 et 12 octobre en Arménie. Lors du dernier sommet, à Dakar en 2014, Paris avait appuyé la candidature de Mme Jean.