Nucléaire iranien: les Européens contre-attaquent

«Nous devons maintenant agir», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker.
Photo: Virginia Mayo Associated Press «Nous devons maintenant agir», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker.

Sofia — Les Européens ont annoncé jeudi leur première réplique concrète aux tentatives des États-Unis de Donald Trump d’isoler économiquement l’Iran, dans le sillage des pions avancés par les Russes et les Chinois pour maintenir leurs liens avec Téhéran.

Le retrait américain de l’accord sur le programme nucléaire iranien, accompagné du retour des sanctions américaines tant redoutées, fait brusquement planer des risques financiers considérables sur les entreprises voulant investir en Iran depuis la signature de ce document historique en 2015.

« Nous devons maintenant agir », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à l’issue d’un sommet des dirigeants européens avec leurs homologues des Balkans à Sofia.

« C’est la raison pour laquelle nous lançons le processus de la loi de blocage, le “blocking status” de 1996, qui vise à neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions américaines », a-t-il déclaré. « Nous devons le faire et nous le ferons demain matin à 10 h 30 », a-t-il ajouté.

L’outil évoqué est un règlement européen datant de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba. Il permet aux entreprises et aux tribunaux européens de ne pas se soumettre à des sanctions prises par des pays tiers.

Le désaccord avec les États-Unis sur l’embargo cubain avait toutefois été réglé au niveau politique, si bien que l’efficacité de ce règlement n’a jamais été testée.

La Chine en embuscade

« Les conséquences indirectes de la décision américaine vont favoriser les positions russes et chinoises dans la région et avantager leurs entreprises », a relevé le président français, Emmanuel Macron, à Sofia, illustrant les craintes des Européens. Mais « nous n’allons pas déclencher une guerre commerciale avec les États-Unis sur l’Iran ou contre-sanctionner des entreprises américaines », a-t-il par ailleurs assuré.

L’annonce jeudi par l’armateur danois de navires pétroliers Maersk Tankers de la cessation de ses activités en Iran semble laisser présager des retraits en cascade d’entreprises européennes craignant de lourdes représailles américaines. Les grandes entreprises allemandes restent pour l’heure sur la réserve.

Devant le retrait probable du français Total d’un projet de développement du vaste champ gazier iranien Pars Sud, l’Iran a aussitôt prévenu qu’il serait remplacé par le géant énergétique chinois CNPC, partenaire de Total dans ce contrat.

La Chine, assoiffée d’hydrocarbures et premier partenaire commercial de Téhéran, semble effectivement avoir l’intention de passer outre les sanctions américaines afin de muscler ses investissements en Iran. Au risque d’aggraver les relations avec Washington, déjà tendues depuis l’introduction de droits de douane par les États-Unis sur l’acier et aluminium.

La Russie, une alliée de Téhéran qui avait maintenu des liens commerciaux lorsque les sanctions occidentales étaient en place, a de son côté fait un pas important pour rapprocher l’Iran de sa zone d’influence économique.

L’Union économique eurasiatique, menée par Moscou et réunissant plusieurs ex-républiques soviétiques, a signé jeudi un accord préliminaire avec l’Iran. Réduisant d’ores et déjà les droits de douane sur certains produits pour trois ans, l’objectif est de créer à terme une zone de libre-échange.

Washington veut bâtir une « coalition »

Les États-Unis veulent bâtir une « coalition » internationale contre le régime de Téhéran et ses « activités déstabilisatrices », a déclaré jeudi le département d’État américain. Cette idée sera détaillée lundi par le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, dans son premier grand discours de politique étrangère depuis sa prise de fonctions fin avril, consacré à l’Iran et à « comment aller de l’avant ». « Ce n’est pas une coalition anti-Iran », a assuré la porte-parole du département d’État. Washington affirme vouloir « réunir de nombreux pays autour du monde » pour « observer le régime iranien à travers un prisme plus réaliste ».