Nucléaire iranien: le coup d’éclat israélien se heurte à la résistance européenne

M. Nétanyahou a déclaré lundi qu’il partagerait avec d’autres pays et l’AIEA les données contenues dans des dizaines de milliers de documents originaux iraniens.
Photo: Sebastian Scheiner Associated Press M. Nétanyahou a déclaré lundi qu’il partagerait avec d’autres pays et l’AIEA les données contenues dans des dizaines de milliers de documents originaux iraniens.

Les Européens ont clairement signalé mardi que la masse d’informations recueillies selon Israël par ses espions à Téhéran ne semblait pas justifier une remise en cause de l’accord nucléaire conclu en 2015 avec l’Iran.

La France, le Royaume-Uni et l’Union européenne, tous partisans du maintien de cet accord historique, ont indiqué que les informations présentées lundi par le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, pour dénoncer l’accord ne faisaient que conforter son bien-fondé.

M. Nétanyahou a indiqué qu’il communiquerait les informations israéliennes à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et aux acteurs internationaux concernés.

L’AIEA s’est dite de son côté prête à examiner toutes les informations pertinentes qui lui parviendraient.

En attendant, cette organisation a renvoyé aux conclusions contenues dans un de ses rapports de 2015 et selon lesquelles, contrairement à ce que dit M. Nétanyahou, elle n’a « aucune indication crédible d’activités en Iran liées au développement d’un engin nucléaire après 2009 ».

M. Nétanyahou a défendu ses propos mardi sur la chaîne américaine CNN : « Personne n’était mieux renseigné qu’Israël sur l’Iran. »

Le président américain, Donald Trump, principal allié d’Israël, a donné aux Européens jusqu’au 12 mai pour trouver un nouveau texte qui remédierait aux « terribles lacunes » de l’accord de 2015, faute de quoi les États-Unis s’en retireront. Mais à l’approche de cette échéance, la déclaration de M. Nétanyahou ne semble guère avoir fait bouger les lignes.

Elle montre « vraiment que j’ai raison à 100 % », a dit le président Trump, qui a maintes fois promis de « déchirer » l’accord, censé garantir le caractère civil du nucléaire iranien.

L’Iran, qui a toujours démenti chercher à se doter de l’arme nucléaire, a de son côté indiqué que M. Nétanyahou était « un menteur invétéré ».

Un arsenal dissimulé ?

Lundi soir, le premier ministre israélien a dévoilé les « preuves concluantes » de l’existence d’un plan secret de l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire.

Selon M. Nétanyahou, Téhéran a mis ce projet secret de côté, mais a continué jusqu’à aujourd’hui, dans le cadre d’une organisation modifiée, à préserver son savoir-faire et à développer ses capacités nucléaires militaires.

Pour la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, M. Nétanyahou n’a pas « remis en question le respect » par l’Iran de l’accord nucléaire.

Les affirmations de M. Nétanyahou « renforcent » la pertinence de l’accord, qui interdit toutes les activités liées au développement d’une arme nucléaire et instaure un des régimes d’inspection les plus robustes de l’histoire, a dit Paris.

Même son de cloche à Londres, où le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, a estimé que ces affirmations soulignaient « l’importance » de « conserver » l’accord, qui « n’est pas basé sur la confiance, mais sur des vérifications ».