Une nouvelle frappe de la coalition au Yémen tue des «dizaines» de rebelles

Des manifestants brandissent le portrait du chef Houthi Saleh al-Samad, tué par des frappes aériennes saoudiennes.
Photo: Mohammed Huwais Agence France-Presse Des manifestants brandissent le portrait du chef Houthi Saleh al-Samad, tué par des frappes aériennes saoudiennes.

Des dizaines de rebelles dont deux commandants ont été tués au Yémen dans une frappe de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, a indiqué samedi un média saoudien, un nouveau revers pour les insurgés après l’assassinat de leur chef politique.

Le nouveau raid aérien a été mené vendredi soir dans la capitale yéménite Sanaa aux mains des rebelles, selon la télévision d’État saoudienne Al-Ekhbariya. Les rebelles Houthis ont confirmé la frappe sans autres détails.

C’est en mars 2015 qu’une coalition militaire commandée par l’Arabie saoudite est intervenue au Yémen voisin pour aider le pouvoir d’Abd Rabbo Mansour Hadi à stopper l’avancée des Houthis soutenus par l’Iran qui s’étaient emparés de vastes pans du territoire dont Sanaa.

En riposte, semble-t-il au nouveau raid, les rebelles ont dit avoir tiré samedi huit missiles en direction du territoire saoudien. Mais les autorités saoudiennes ont affirmé avoir intercepté quatre missiles au-dessus de la ville frontalière de Jizane.

La coalition n’a pas fait état de victimes, mais le porte-parole de la défense civile à Jizane, le colonel Abdallah al-Qahtani, a affirmé à la chaîne Al-Arabiya qu’un civil saoudien avait été tué par des éclats de missile.

Avec la multiplication des frappes ciblées contre les rebelles, l’Arabie saoudite reste fermement décidée selon des experts, à privilégier une solution militaire au conflit qui a fait près de 10 000 morts et provoqué une très grave crise humanitaire.

Selon la chaîne Al-Ekhbariya, plus de 50 rebelles dont deux commandants ont péri dans le raid à Sanaa.

Ce dernier a visé une réunion au siège du ministère de l’Intérieur qui préparait les funérailles de Saleh Al-Sammad, chef du Conseil politique suprême des Houthis, assassiné le 19 avril dans un raid revendiqué par la coalition, a indiqué la chaîne à capitaux saoudiens Al-Arabiya.

Défilé des Houthis

Samedi en milieu de journée à Sanaa, des milliers de partisans des Houthis ont défilé dans les rues pour les funérailles de M. Sammad, numéro deux des rebelles tué avec six de ses compagnons, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Des rebelles en treillis militaire ont marché devant le corbillard suivi de six autres véhicules couverts du drapeau yéménite. La cérémonie a pris fin dans l’après-midi.

Sammad est le plus haut responsable politique rebelle à être tué depuis le début du conflit. Son convoi a été visé à Hodeida, dans l’ouest du pays.

Cet assassinat est « le plus grand succès de la coalition jusqu’ici et cela indique que les capacités de renseignements (celle-ci) s’améliorent », a dit Adam Baron, expert à l’European Council on Foreign Relations. Mais, a-t-il ajouté, dans le passé, les Houthis « ont perdu des leaders clés » et ils « ont réussi à rebondir ».

Depuis six mois et un premier tir rebelle de missile balistique vers l’aéroport de Ryad, les Houthis ont intensifié ces tirs sur l’Arabie saoudite qui dit intercepter systématiquement les missiles.

Escalade des frappes

L’escalade des frappes saoudiennes ciblées intervient alors que le nouveau secrétaire d’État américain Mike Pompeo est attendu samedi à Ryad pour sa première prise de contact à ce poste avec les dirigeants saoudiens.

La question iranienne, ainsi que les conflits au Yémen et en Syrie notamment, doivent figurer en bonne place dans les discussions.

Les alliés saoudien et américain accusent l’Iran, leur bête noire, de fournir les missiles aux Houthis. Téhéran dit soutenir les rebelles mais dément leur procurer des armes.

La guerre au Yémen a pris progressivement une tournure de « guerre par procuration » entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, les deux poids lourds de la région.

Le 17 avril, le nouvel émissaire de l’ONU pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, a promis de fournir « dans les deux mois un cadre de négociations », après que ses prédécesseurs ont échoué à trouver une solution politique à la guerre.

M. Griffiths s’est néanmoins montré prudent en prenant note du « redoublement » des violences dans ce pays pauvre de la péninsule arabique menacé de famine.