L’opposition arménienne rejette un appel au dialogue et poursuit sa contestation

Plusieurs milliers de personnes affluaient dans l’après-midi vers la place de la République, en plein centre d’Erevan, la capitale arménienne.
Photo: Vano Shlamov Agence France-Presse Plusieurs milliers de personnes affluaient dans l’après-midi vers la place de la République, en plein centre d’Erevan, la capitale arménienne.

Une nouvelle manifestation de l’opposition contre l’ex-président d’Arménie, Serge Sarkissian, récemment nommé premier ministre, était prévue samedi soir à Erevan, le chef de la contestation Nikol Pachinian ayant rejeté un appel des autorités au « dialogue ».

Plusieurs milliers de personnes affluaient dans l’après-midi vers la place de la République, en plein centre d’Erevan, la capitale arménienne, où une grande manifestation a été annoncée pour 15 h 00 GMT par M. Pachinian, député et leader de l’opposition.

Dans la journée, des manifestants brandissant des drapeaux arméniens bloquaient des rues à Erevan, en perturbant fortement le trafic dans la ville. La police a annoncé avoir procédé à 84 interpellations samedi à la suite de ces protestations.

Au 9e jour de mobilisation contre sa nomination, Serge Sarkissian s’est déclaré « très préoccupé par les évènements politiques » dans le pays.

« Afin d’éviter des conséquences irréversibles, j’appelle le député Nikol Pachinian à s’asseoir à la table du dialogue politique et de la négociation », a-t-il indiqué dans une déclaration, rendue publique.

M. Pachinian a rapidement répondu qu’il était prêt à discuter, mais « seulement pour parler des conditions du départ » de son adversaire, selon des agences de presse.

Pour sa part, le nouveau président arménien Armen Sarkissian, sans lien de parenté avec son prédécesseur et qui a prêté serment la semaine dernière, s’est déclaré lui aussi prêt à rencontrer M. Pachinian afin de tenter de calmer la situation.

La confrontation et les conséquences

« Je suis très préoccupé par le refus du dialogue ce qui risque d’aboutir à un affrontement », a-t-il déclaré dans un communiqué, en appelant « tout le monde à s’arrêter et à réfléchir à quelles conséquences cette confrontation peut aboutir ».

« Je suis prêt à rencontrer le député Nikol Pachinian pour faire baisser les tensions dans le pays via un dialogue entre forces politiques », a indiqué le président arménien.

Quelque 30 000 personnes, selon des journalistes sur place, avaient manifesté vendredi à Erevan où la police a procédé à plus de 230 interpellations.

Le député Nikol Pachinian, 42 ans, qui mène la contestation, est un ancien journaliste et un opposant de longue date qui a brièvement été en prison après avoir déjà pris part à des mouvements de protestation contre Serge Sarkissian en 2008 qui avaient fait 10 morts.

Les protestataires accusent Serge Sarkissian, qui vient d’achever son deuxième mandat présidentiel, de s’accrocher au pouvoir en se faisant élire premier ministre par les députés.

Alors que la Constitution interdit au président d’effectuer plus de deux mandats, M. Sarkissian avait fait voter en 2015 une réforme controversée donnant l’essentiel des pouvoirs au premier ministre.

Au-delà des manoeuvres de Serge Sarkissian pour rester au pouvoir après plus d’une décennie au poste de président, les manifestants reprochent à cet ancien militaire de 63 ans de n’avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption, alors que les oligarques ont toujours la haute main sur l’économie du pays.

Le taux de pauvreté de l’Arménie était de 29,8 % en 2016 contre 27,6 % en 2008 selon les données de la Banque mondiale, tandis que le Revenu national brut (RNB) par habitant stagnait à 3770 dollars, une somme quasi identique à celle d’il y a dix ans.

Jusqu’à présent, la manifestation la plus importante a eu lieu mardi dernier, avec quelque 40 000 personnes à Erevan. Il s’agissait du plus grand rassemblement de l’opposition de ces dernières années dans ce petit pays du Caucase.