Vers une sortie de crise?

De nouvelles «sanctions russes» seront prises, a annoncé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.
Photo: Drew Angerer / Getty Images / Agence France-Presse De nouvelles «sanctions russes» seront prises, a annoncé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont assuré dimanche que leurs frappes en Syrie n’avaient pas la prétention de faire taire les canons du régime de Bachar al-Assad et doivent être suivies d’efforts diplomatiques redoublés. Mais des inconnues demeurent quant au contenu d’éventuelles discussions ainsi que la volonté de Moscou de s’y investir.

Outre sanctionner le franchissement d’une « ligne rouge » sur les armes chimiques, cette action militaire réalisée hors du cadre des Nations unies cherche surtout à débloquer des discussions politiques au point mort.

Ces frappes étaient nécessaires et légitimes, mais « la finalité est de construire ce qu’on appelle une solution politique inclusive », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, dimanche, lors d’un grand entretien télévisé consacré à sa première année de pouvoir. « La France n’a pas déclaré la guerre au régime » de Bachar al-Assad, a-t-il poursuivi, rappelant que l’ennemi de la France était plutôt le groupe armé État islamique.

« Il faut espérer maintenant que la Russie comprenne qu’après la riposte militaire […], nous devons joindre nos efforts pour promouvoir un processus politique en Syrie qui permette une sortie de crise », a estimé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Washington, Paris et Londres ont effectué samedi, à l’aube, des frappes contre trois sites présentés comme liés au programme d’armement chimique syrien, sans faire de victimes, en représailles à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, qui était alors le dernier bastion rebelle dans la Ghouta, près de Damas.

Le régime a démenti toute implication dans cette attaque qui a fait au moins 40 morts et des centaines de blessés, selon les secouristes en zones rebelles, les Casques blancs.

Donald Trump et Emmanuel Macron ont toutefois assuré détenir la preuve de l’utilisation d’armes chimiques à Douma. Une responsable du gouvernement américain a précisé avoir des preuves de l’utilisation de chlore, mais aussi de sarin.

Travailler avec la Russie

Pour parvenir à « une solution durable », « il nous faut parler avec l’Iran, la Russie et la Turquie », estime le président français.

Il souhaite surtout « travailler sérieusement » avec la Russie — sa visite diplomatique au mois de mai est d’ailleurs toujours au programme —, espérant que le pays « fasse pression » sur Bachar al-Assad.

La France a fait remarquer que les alliés du régime de Bachar al-Assad, la Russie et l’Iran, ont été « prévenus en amont ». Les frappes occidentales ont d’ailleurs soigneusement évité les installations militaires russes en Syrie et les défenses antiaériennes russes n’ont pas été utilisées pour intercepter les missiles.

Emmanuel Macron a également assuré avoir convaincu Donald Trump de maintenir ses troupes en Syrie. « Il y a 10 jours, le président Trump disait que les États-Unis d’Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie. […]. Je vous rassure, nous l’avons convaincu qu’il fallait rester dans la durée », a-t-il déclaré.

M. Macron aurait par ailleurs persuadé M. Trump de limiter l’envergure des dernières attaques, s’inquiétant des déclarations belliqueuses du président américain sur Twitter, notamment contre les forces russes présentes en Syrie.

De son côté, Washington assure travailler avec le représentant de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, et « avec Moscou ». Dès lundi, de nouvelles « sanctions russes » seront toutefois prises, a annoncé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

Le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue iranien, Hassan Rohani, ont toutefois jugé dimanche que « cette action illégale endommageait sérieusement les perspectives d’un règlement politique ».

Vladimir Poutine a même mis en garde Washington, Paris et Londres : une nouvelle frappe et ce sera « inévitablement le chaos » dans les relations internationales.

De son côté, le président Bachar al-Assad a dénoncé la campagne occidentale de « tromperie et de mensonges », affirmant que « l’agression tripartite » montrait que « la Syrie et la Russie menaient une seule et même bataille, non seulement contre le terrorisme mais aussi pour protéger le droit international fondé sur le respect de la souveraineté des États ».

Processus bloqué

Américains, Français et Britanniques ont remis à leurs 12 partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution sur la Syrie samedi qui devrait être discuté à partir de lundi, selon des diplomates.

Ce texte comporte plusieurs volets. Dans le domaine de l’aide humanitaire, il réclame un « cessez-le-feu durable », « un accès humanitaire sans restriction » partout en Syrie et la possibilité « de procéder à des évacuations médicales en fonction des besoins et des urgences ».

Dans le domaine chimique, il prévoit notamment de créer « un mécanisme indépendant » d’enquête et d’attribution des responsabilités « basé sur des principes d’impartialité et de professionnalisme ».

En matière politique, le projet « exige des autorités syriennes qu’elles s’engagent dans des négociations inter-syriennes de bonne foi, de manière constructive et sans conditions préalables » en application des dernières discussions menées à Genève en mars.

Ce processus de Genève est « totalement bloqué, à la fois par la Syrie qui ne veut pas participer aux discussions […] et par les Russes qui n’ont pas voulu faire suffisamment pression » sur Damas, estime un haut responsable américain.


À la recherche de preuves

Des experts internationaux ont amorcé dimanche leur enquête sur l’attaque chimique présumée en Syrie, qui a entraîné des frappes occidentales d’une ampleur inédite contre le régime de Bachar al-Assad. La mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) est arrivée samedi à Damas, mais le plus grand secret entoure son travail. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Mokdad, s’est toutefois rendu dimanche à l’hôtel où réside la mission de l’OIAC et en est ressorti trois heures plus tard, a constaté une journaliste de l’AFP. Ces missions d’enquête débutent toujours par une série d’entretiens privés avec des officiels. Il n’était en revanche pas confirmé que les experts se soient déjà rendus sur place. Le travail s’y annonce plutôt compliqué pour les enquêteurs qui arrivent plus d’une semaine après les faits, dans une zone passée depuis sous contrôle du régime et de la police militaire russe et ravagée par cinq ans de siège et une violente offensive lancée le 18 février. En 2014, l’OIAC avait affirmé que la Syrie s’était débarrassée de ses armes chimiques conformément à un accord international. En 2017, une mission d’enquête conjointe avec l’ONU avait toutefois conclu que Damas avait utilisé du sarin, puissant gaz neurotoxique, à Khan Cheikhoun dans une attaque où 80 personnes avaient péri.