Affaire Skripal: la Russie dément à l’ONU toute implication

L'ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, lors d'une réunion du Conseil de sécurité, jeudi
Photo: Mary Altaffer Associated Press L'ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, lors d'une réunion du Conseil de sécurité, jeudi

New York — La Russie a démenti à nouveau en bloc jeudi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, toute implication dans la tentative d’empoisonnement d’un ancien espion russe et de sa fille en Angleterre, réclamant des réponses à une série de questions.

Lors d’une réunion demandée par Moscou, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a souligné que « la Russie n’avait aucun lien avec l’empoisonnement des Skripal ». Moscou « a intérêt à la vérité plus que quiconque », a-t-il ajouté.

La Russie est accusée par le Royaume-Uni, soutenu par les Occidentaux, d’avoir tenté d’empoisonner avec un agent neurotoxique innervant le 4 mars à Salisbury l’ex-espion Sergueï Skripal et sa fille Ioulia.

Une « campagne ordonnée »

« Il s’agit de discréditer la Russie », a asséné l’ambassadeur russe, en dénonçant une « campagne ordonnée » contre son pays.

« On accuse sans preuve », a-t-il insisté, en égrenant plusieurs questions : « Où ont été emmenés les Skripal après leur empoisonnement ? » « Où ont été prélevés les échantillons du produit innervant ? » « Pourquoi la Russie n’a pas eu droit à un accès consulaire aux victimes ? » « Comment a-t-on pu trouver un antidote aussi vite ? » « Que sont devenus les chats des Skripal qui vivaient dans leur maison ? »

« Nous sommes dans le théâtre de l’absurde », a aussi déclaré Vassily Nebenzia en réclamant « des réponses claires à des questions fondées » selon lui.

L’ambassadrice britannique Karen Pierce a répondu que la demande d’une visite consulaire avait été transmise aux victimes. La diplomate a assuré que son pays avait suivi toutes les procédures légales et internationales dans cette affaire.

Enquête de l’OIAC

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, « mène une enquête indépendante sur des échantillons prélevés à Salisbury et son rapport n’est pas encore prêt », avait-elle affirmé avant la réunion. Selon des diplomates, des résultats pourraient être communiqués la semaine prochaine.

« Le plus important maintenant est de laisser l’OIAC » tirer les conclusions de cette affaire, « en gardant le Conseil de sécurité informé », a-t-elle estimé.

Les membres occidentaux du Conseil de sécurité ont affirmé leur soutien au Royaume-Uni. « Il n’y a pas d’autre explication plausible que la responsabilité de la Russie », a déclaré l’ambassadeur français, François Delattre. Les Pays-Bas, la Suède, ont fait part de leur « pleine solidarité », les États-Unis jugeant que la réunion du Conseil de sécurité était « une nouvelle tentative de la Russie de l’utiliser pour des gains politiques ».

« Il est urgent de faire la vérité et de tirer des conclusions sur la base de preuves irréfutables », a souligné de son côté la Chine.

L’affaire Skripal a provoqué une vaste crise diplomatique entre la Russie et les Occidentaux, avec des expulsions massives de diplomates de part et d’autre.

Sergueï Skripal est un ancien colonel du service de renseignement de l’armée russe qui avait été condamné en 2006 pour « haute trahison », accusé d’avoir vendu des informations aux Britanniques. Il avait bénéficié en 2010 d’un échange d’espions organisé entre Moscou, Londres et Washington, et s’était installé au Royaume-Uni.