Macron veut donner une nouvelle ambition à la Francophonie

Le président français, Emmanuel Macron, a dévoilé sa stratégie de promotion du français dans le cadre de la journée internationale de la Francophonie devant les membres de l'Académie française.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le président français, Emmanuel Macron, a dévoilé sa stratégie de promotion du français dans le cadre de la journée internationale de la Francophonie devant les membres de l'Académie française.

C’était la première fois qu’un président français prononçait un discours sur la Francophonie dans l’enceinte de l’Académie française. À l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, c’est sous la célèbre coupole qu’Emmanuel Macron avait choisi de formuler sa vision d’une Francophonie à laquelle il souhaite donner une nouvelle ambition.

« Nous sommes au seuil d’une nouvelle idée de notre langue », a-t-il déclaré devant une vingtaine d’immortels visiblement séduits et un public de lycéens triés sur le volet. Le président a ensuite détaillé une trentaine de propositions destinées à redonner de la vigueur à une Francophonie qu’il juge à l’abandon.

« La langue française est souvent bousculée par d’autres langues qui visent à l’hégémonie, reconnaît-il. Elle a d’ailleurs reculé ces dernières décennies, parce que nous l’avons parfois abandonnée, nous avons décidé d’arrêter d’investir. » Le président souligne aussi ce paradoxe : « l’anglais n’a jamais été aussi présent à Bruxelles au moment où nous parlons de Brexit ».

La France doit aujourd’hui s’enorgueillir d’être un pays parmi d’autres qui apprend, parle et écrit en français

 

Un pays parmi d’autres

Mais il ne s’agit pas d’imposer le français aux autres langues, précise-t-il. Emmanuel Macron veut situer son combat dans le cadre de la lutte pour le plurilinguisme. En Afrique notamment, le français ne saurait, dit-il, être enseigné en opposition aux langues locales. Il s’agit « d’être le chef de file d’un combat planétaire pour le pluralisme des langues, des cultures, des idées », a rappelé l’académicien Amin Maalouf en ouverture de séance.

« Ce qu’on appelle Francophonie aujourd’hui, ce n’est pas cet espace incertain à la périphérie de la France, laquelle en serait le centre, c’est la langue française elle-même, dit le président. […] La France doit aujourd’hui s’enorgueillir d’être un pays parmi d’autres qui apprend, parle et écrit en français. C’est ce décentrement qu’il nous faut penser. Le français s’est émancipé de la France, il est devenu cette langue monde, cette langue archipel. »

Au passage, Emmanuel Macron signale son admiration pour « le combat des Québécois, des Belges, des Suisses pour porter haut le français ». Il veut d’ailleurs que le 20 mars devienne dans les écoles de France une journée consacrée aux littératures francophones du monde.

L’une des mesures phares annoncées ce mardi concerne « ces héros que sont les professeurs de français », dit-il. La France va doubler les moyens consacrés à la formation des maîtres en Afrique. Toutes les études soulignent que l’immense potentiel du français sur ce continent, qui pourrait compter 700 millions de francophones vers 2050, dépend de l’effort consacré à cette formation.

Un « grand plan numérique » sera lancé afin de mettre à la disposition des enseignants et des élèves des contenus pédagogiques. Lors de la récente visite de Philippe Couillard à Paris, le gouvernement français s’était associé au Québec afin de développer la visibilité sur Internet des contenus en français. Le président veut élargir ce partenariat et « fédérer une coalition de pays à l’avant-garde sur cette question ».

Jamais à court d’idées, Emmanuel Macron entend aussi créer une Académie francophone « qui mettra en réseau les académies des pays d’expression française et se réunira une fois par an ». Cette dernière pourrait contribuer à la production de dictionnaires francophones. La proposition a été accueillie avec froideur par le réputé linguiste Bernard Cerquiglini. « Il existe déjà de nombreux réseaux de ce genre, dit-il. Quant aux dictionnaires, il n’y a pas que les académies qui en font. »

La France est déjà le troisième pays qui accueille le plus d’étudiants étrangers. Mais Emmanuel Macron veut en accueillir plus et multiplier par deux le nombre de ceux qui viennent de pays émergents. Il est aussi question de créer une Maison des étudiants francophones à la Cité universitaire de Paris, qui accueille chaque année 12 000 étudiants, chercheurs, artistes et sportifs.

Assise au second rang, la Canadienne Michaëlle Jean s’est déclarée heureuse que le président dise vouloir agir en collaboration avec l’OIF, dont elle est la secrétaire générale. En novembre, à Ouagadougou, Emmanuel Macron n’en avait pas mentionné le nom. Ébranlée par des révélations de la presse québécoise sur son train de vie, Michaëlle Jean veut voir dans ce discours « une reconnaissance ». « Je n’ai pas été insensible, dit-elle. […] le simple fait de cet exercice et d’un président qui prend le temps, dans cet espace même, de parler de Francophonie et d’affirmer une volonté de s’associer davantage […] est un très bon signe qui nous réjouit beaucoup. »

Ce discours « permet de se placer à l’offensive et non pas à la défensive, a déclaré le ministre français de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. L’idée n’est pas de considérer le français comme une langue assiégée, ce qu’elle n’est pas, mais plutôt comme une langue qui épouse le monde et doit être de son siècle ».

Pour le député Roland Lescure, qui a longtemps vécu au Québec et représente aujourd’hui les Français d’Amérique du Nord, ce discours exprime « une ambition, une volonté d’accompagner le développement du français dans des zones où il reprend de la vigueur, comme en Asie, en Afrique et même en Chine. On voit bien que le français est une langue d’avenir ».

Emmanuel Macron a enfin annoncé la transformation du château de Villers-Cotterêts, situé au nord de Paris, en un « lieu de découverte » de la Francophonie. C’est dans ce château qu’en 1539 François Ier signa l’ordonnance imposant la rédaction de tous les actes officiels en français et non plus en latin. Le français était devenu la langue officielle de la France.