Marine Le Pen veut raviver la flamme de l’extrême droite en France

Dans son discours de clôture, Marine Le Pen a tenté de s’imposer en tant qu’opposante principale au président Macron.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Dans son discours de clôture, Marine Le Pen a tenté de s’imposer en tant qu’opposante principale au président Macron.

Les adieux au Front national : Marine Le Pen a proposé dimanche de rebaptiser « Rassemblement national » cette formation d’extrême droite au passé parfois sulfureux, dans l’espoir d’en faire un parti de gouvernement.

« La rénovation pour laquelle vous m’avez élue, je vous demande maintenant de la conduire à son terme, c’est la condition de notre succès », a-t-elle déclaré dans son discours de clôture du 16e congrès de son mouvement à Lille, dans le nord de la France. Ce nouveau nom sera soumis à un vote par courrier des militants, dont le résultat ne sera pas connu avant au moins six semaines.

Mme Le Pen compte ainsi poursuivre l’entreprise de dédiabolisation de ce parti entamée depuis qu’elle en a pris la tête en 2011.

Dimanche, elle a été réélue à l’unanimité — elle était l’unique candidate — pour un troisième mandat, au cours d’un congrès qu’elle voulait de « la refondation ».

Les militants ont également voté en faveur de la suppression du titre de « président d’honneur », attribué à l’encombrant ex-chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, le père de Marine Le Pen. Ce dernier n’a donc désormais plus aucun lien avec le mouvement qu’il avait fondé en 1972.

Jean-Marie Le Pen avait dirigé ce parti pendant 39 ans, de 1972 à 2011, et en avait été exclu en 2015 par sa fille. Cette exclusion avait donné lieu à une longue bataille judiciaire entre lui et Marine Le Pen.

Le patriarche, qui a publié ses mémoires une dizaine de jours avant le congrès, a finalement renoncé à s’y rendre, une première pour lui. Il avait menacé de recourir en cas de besoin à la « force publique » pour être présent, mais la direction du FN avait prévenu qu’il serait interdit d’entrée, car il n’est plus membre de cette formation.

Jean-Marie Le Pen, encore populaire parmi les sympathisants du Front national, a préféré passer la journée de samedi à dédicacer son ouvrage dans une librairie parisienne.

Macron critiqué

À la fois forte d’un résultat historique à la présidentielle, l’année dernière, avec près de 11 millions de voix au second tour, mais affaiblie par un débat d’entre-deux tours qu’elle a reconnu elle-même avoir raté, Marine Le Pen entend reprendre la main.

Dans son discours de clôture, cette ex-avocate de 49 ans a tenté de s’imposer en tant qu’opposante principale au président Emmanuel Macron, fustigeant son « errance ».

« Dans la France de M. Macron, être “marcheur”, c’est être un nomade, tout comme le sont les migrants et les expatriés fiscaux », a déclaré la dirigeante devant 1500 militants.

Le nom du mouvement « En Marche » créé par Emmanuel Macron « est en soi une profession de foi pour un nomadisme décomplexé avec pour prolongements implicites un sans-frontiérisme et un immigrationnisme irréductibles ».

« Rien ne change vraiment », commentait un cadre du FN dans les couloirs, tandis que dimanche un sondage Ifop pour le Journal du dimanche montrait que seuls 39 % des Français souhaitaient la candidature de Mme Le Pen à la prochaine présidentielle, soit un recul de deux points par rapport à septembre 2017, contre 61 % qui ne la veulent pas.

Bannon promet un FN victorieux

L’ex-conseiller sulfureux de Donald Trump Steve Bannon a promis samedi des « victoires » au Front national. « L’histoire est de notre côté et va nous mener de victoire en victoire », a affirmé devant les militants M. Bannon, incarnation de la droite américaine la plus dure, qui a dirigé la fin de la campagne présidentielle de M. Trump avant de devenir son conseiller. Il s’en est alors pris aux médias : « Vous vous battez pour votre liberté ? Ils vous traitent de xénophobes. Vous vous battez pour votre pays ? On vous appelle racistes. Mais les temps de ces paroles dégueulasses sont finis », a prophétisé l’ex-directeur du site d’extrême droite Breitbart News. « Laissez-vous appeler racistes, xénophobes, portez-le comme un badge d’honneur. Parce que chaque jour, nous devenons plus forts et eux s’affaiblissent », a-t-il poursuivi.