Steve Bannon au congrès de «refondation» du FN

L'ex-conseiller à la Maison-Blanche Steve Bannon, samedi
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse L'ex-conseiller à la Maison-Blanche Steve Bannon, samedi

Vedette américaine du congrès du Front national, l’ex-conseiller sulfureux de Donald Trump Steve Bannon a promis samedi des « victoires » au parti d’extrême droite français, une ambition qui passe, selon sa présidente Marine Le Pen, par un nouveau nom pour la formation qu’elle proposera dimanche.
 

« L’Histoire est de notre côté et va nous mener de victoire en victoire », a assuré devant les militants Steve Bannon, incarnation de la droite américaine la plus dure, qui a dirigé la fin de la campagne présidentielle de Donald Trump avant de devenir son conseiller.
 

Steve Bannon salué les vues de Marine Le Pen, assise au premier rang. « Elle l’a parfaitement décrit : considérez-vous l’État-nation comme un obstacle à dépasser ou comme un joyau qui doit être poli, chéri, entretenu? », a-t-il interrogé, largement applaudi.
 

Sa venue a été raillée par le chef de file du parti du président Emmanuel Macron, qui a estimé qu’avec Steve Bannon, « roi des Fake news et des suprémacistes blancs », le FN allait peut-être changer « de nom, mais pas de ligne politique ».

Le fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, n’a pas été beaucoup plus amène, jugeant que cette visite « paradoxale » n’est « pas exactement la définition de la “dédiabolisation” » entamée dès 2011 par sa fille Marine Le Pen.
 

Jean-Marie Le Pen a renoncé à un dernier coup d’éclat et retiré sa menace de se rendre au congrès malgré la volonté des instances du parti de l’en interdire. Le patriarche, déjà exclu de la formation qu’il a créée, sera officiellement déchu de sa présidence d’honneur au cours du rassemblement du week-end.
 

Changement de nom

Le congrès qui se réunit à Lille, dans le nord de la France, doit parachever la refondation du FN engagée par Marine Le Pen en vue des élections européennes l’an prochain où elle croit à une victoire des courants populistes comme en Italie.

« Le Front national est devenu adulte. […] Il est passé d’un parti d’abord de protestation dans sa jeunesse, puis d’un parti d’opposition à un parti de gouvernement », a déclaré vendredi Mme Le Pen.

« Changer le nom, c’est une des manières de le faire savoir », a ajouté la finaliste de la présidentielle, battue par Emmanuel Macron après avoir engrangé un record de près de 11 millions de voix (33,9 %) au second tour.

À l’entrée du Grand palais de Lille, Sarah Fert, une enseignante de 26 ans venue de Normandie, pense qu’il faut « repartir sur d’autres bases ». « On sort d’une grande période électorale, il est temps de refédérer » le parti.

Le changement de nom a été validé par une « courte majorité » de militants, a affirmé Mme Le Pen, qui proposera dimanche une nouvelle appellation avant de la soumettre à un vote des militants.
 

Mais Jean-Marie Le Pen met en doute ce résultat et un cadre frontiste a dit avoir eu écho d’une « courte majorité “contre” le principe d’un changement de nom ».
 

Pour le responsable des jeunes au FN, Gaëtan Dussausaye, il faut « ravaler sa fierté » et changer de nom car « la marque FN est encore un blocage pour les électeurs ».
 

Quel avenir pour Marine Le Pen ?

Marine Le Pen, dont l’image s’est dégradée depuis la présidentielle selon de récents sondages, estime qu’il n’y a « rien d’étonnant » à subir « un trou d’air » après sept années d’« expansion » pour son parti.

Après son débat « raté » entre les deux tours face à Emmanuel Macron, certains militants se demandent si elle a encore la capacité à diriger sa formation.
 

Elle-même instille le doute, jurant qu’elle « n’a pas terminé [son] travail » mais qu’elle ne va pas « s’éterniser » à son poste et qu’elle est prête à le céder à quelqu’un de « mieux placé ».
 

Depuis la présidentielle, elle a subi deux grandes défections : sur sa gauche, celle du souverainiste Florian Philippot, qui fustige un congrès « de liquidation », et sur sa droite, la mise en retrait de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen.

Très appréciée dans le parti, l’ex-députée a fait un retour remarqué devant les ultra-conservateurs américains le mois dernier, mais n’est pas attendue à Lille. Steve Bannon l’a qualifiée en 2016 de « nouvelle étoile montante » de l’extrême droite.