Moment de détente entre les deux Corées

Le ton du président nord-coréen, Kim Jong-un, s’est soudainement adouci et la Corée du Nord accepterait maintenant de discuter de dénucléarisation.
Photo: Ed Jones Agence France-Presse Le ton du président nord-coréen, Kim Jong-un, s’est soudainement adouci et la Corée du Nord accepterait maintenant de discuter de dénucléarisation.

Il y a de la détente postolympique dans l’air. La Corée du Nord est prête à engager des négociations avec les États-Unis pour abandonner son programme nucléaire, selon les informations transmises par des porte-parole de la Corée du Sud après une rencontre au sommet dans la péninsule.

« La Corée du Nord a clairement établi sa volonté de dénucléariser », dit une déclaration officielle du président sud-coréen, Moon Jae-in, diffusée après la rencontre avec son homologue de Corée du Nord, Kim Jong-un, à Pyongyang, lundi et mardi. « Il a été clair qu’il n’y aurait aucune raison de conserver des armes nucléaires si la menace militaire pesant sur le Nord est éliminée et sa sécurité garantie. »

Les deux pays ont aussi promis de tenir une nouvelle rencontre de leurs chefs d’État à la fin du mois d’avril, dans la zone démilitarisée qui les sépare. Il s’agira du premier sommet du genre depuis la détente des années 2000-2007.

Pyongyang, toujours selon la présidence sud-coréenne, suspendra ses essais nucléaires et de missiles pendant cette soudaine période de rapprochement. Le Nord souhaiterait aussi « normaliser ses relations avec les États-Unis », toujours selon le communiqué du Sud.

Le président américain a réagi avec prudence mais optimisme aux annonces, la Corée du Nord ayant à plusieurs reprises rompu ses promesses. Tout en saluant l’initiative, il a parlé d’un « progrès possible » et d’un « sérieux effort », mais aussi d’un possible « faux espoir ».

Le programme nucléaire de la Corée du Nord empoisonne les relations internationales depuis des années. Les deux pays divisés depuis plus de sept décennies ont décidé de la soudaine détente et de l’ouverture possible de négociations dans la foulée d’une visite d’une délégation de la Corée du Sud à Pyongyang, capitale du Nord. Les deux ennemis fraternels ont aussi l’intention d’ouvrir une ligne de communication d’urgence entre les deux chefs d’État.

La paix olympique

Les Jeux olympiques semblent avoir servi de moment déclencheur. Le Nord a envoyé au Sud des délégations, y compris Kim Yo-jong, soeur du leader Kim Jong-un. C’est elle qui a transmis au président Moon Jae-in, de la part de son frère, une invitation au dîner de travail auquel ont participé cette semaine les émissaires sud-coréens. Elle était présente à la réception de rapprochement qui a duré quatre heures, lundi. La femme de M. Kim, Ri Sol-ju, a aussi alors fait une rare apparition à un événement officiel.

Les athlètes des deux pays ont défilé sous un seul drapeau et compétitionné ensemble au hockey féminin. Les JO ont aussi servi de parfaite excuse pour reporter les grandes manoeuvres militaires américano-sud-coréennes initialement prévues en février. Le problème de la tenue des exercices se pose toujours.

Cela dit, les positions restaient fermes et antinomiques. Enfin, jusqu’ici. Les États-Unis veulent dénucléariser la péninsule. La Corée du Nord veut au contraire garder son arsenal nucléaire, jugé garant de son indépendance et de la survie du régime communiste héréditaire. Le Sud semble maintenant reprendre l’initiative de la détente intercoréenne.

Ce développement a surpris les analystes. Les menaces et bravades fréquentes en provenance de la République populaire démocratique de Corée suivies de rebuffades, d’avertissements et de sanctions de plus en plus musclées des États-Unis caractérisent ces relations internationales depuis longtemps. Washington demande la fin du programme nucléaire de la Corée du Nord, l’arrêt des essais et la destruction des missiles porteurs comme des charges atomiques existantes.

« Ce sera difficile pour le gouvernement des États-Unis de résister » aux concessions de la Corée du Nord, a commenté Cheng Xiaohe, de l’Université Renmin à Pékin, dans un entretien au New York Times.

Le chroniqueur spécialiste des États-Unis du journal britannique The Independant, habituellement critique du gouvernement Trump, jugeait mardi qu’on n’en serait pas là sans les pressions extrêmes appliquées au cours des derniers mois par le nouveau gouvernement américain. Il ajoutait, peut-être avec ironie, que si le président Trump réussit à apaiser ce dossier, voire à dénucléariser la Corée du Nord, il mérite le prix Nobel de la paix, récompense accordée à son prédécesseur sans réelle justification.

Rayon de soleil

Le rapprochement précédent, au début du siècle, avait permis au président sud-coréen Kim Dae-jung d’obtenir le prix Nobel de la paix, en 2000. Cette politique étrangère dite du « rayon de soleil » a tenu de 1998 à 2008. Elle visait à adoucir les rapports avec le voisin du Nord en s’inspirant de l’Ostpolitik du chancelier allemand Willy Brandt.

Un sommet avait réuni les deux Kim, celui du Sud et Kim Jong-il, père de l’actuel maître de Pyongyang, dans sa capitale stalinienne, en juin 2000. Il s’agissait de la première rencontre depuis la partition de la péninsule en 1945. Une déclaration signée le 15 juin engageait les deux pays, toujours techniquement en conflit depuis la guerre de 1950-1953, à « progresser sur le chemin de la paix et de la réunification ».

Ce jour-là, les Coréens du Nord avaient débranché les haut-parleurs de la frontière qui déversaient depuis des décennies, sans interruption, des insultes et de la propagande en direction du Sud. Les membres de familles divisées par la partition ont ensuite pu se réunir.

Un autre président du Sud, Roh Moo-hyun, a été reçu par Kim Jong-il du 2 au 4 octobre 2007. La Corée du Nord avait alors réalisé un premier essai nucléaire. Le pays totalitaire a ensuite promis d’abandonner ses recherches et ses développements nucléaires en échange d’aide énergétique et d’autres concessions.

Les relations se sont envenimées avec l’élection du président conservateur Lee Myung-bak, partisan d’une ligne plus dure face au voisin menaçant. Pyongyang a rompu le dialogue en 2008 et engagé les rapports internationaux dans une zone enténébrée qui semble se relâcher une décennie plus tard avec une potentielle nouvelle éclaircie ensoleillée.

Sanctions sans incidence

Les États-Unis ont déterminé que le demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait été assassiné par le régime avec de l’agent VX, une substance neurotoxique, a indiqué mardi la porte-parole du département d’État. Cette conclusion devait déclencher l’application immédiate par Washington de nouvelles sanctions économiques contre la Corée du Nord. Mais le pays étant déjà frappé par de strictes sanctions, la décision de mardi ne devrait avoir que très peu d’incidences. Kim Jong-nam a été assassiné en plein jour le 13 février 2017 à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie. Alors qu’il attendait un avion pour Macao, il avait été approché par deux femmes qui lui ont projeté une substance au visage, selon des images de caméras de surveillance. Il est décédé peu après lors de son transfert à l’hôpital.