Guerre d’intérêts autour de deux résolutions sur le Yémen à l’ONU

Selon les Nations unies, la guerre du Yémen a fait plus de 9200 morts, en majorité des civils.
Photo: Agence France-Presse Selon les Nations unies, la guerre du Yémen a fait plus de 9200 morts, en majorité des civils.

Nations unies — Le Conseil de sécurité des Nations unies examinait dimanche deux projets de résolution sur le Yémen, après le dépôt par la Russie d’un texte destiné à éviter des sanctions contre l’Iran au sujet de missiles livrés aux rebelles yéménites houthis, selon le texte obtenu par l’AFP.

Le Conseil est appelé à se prononcer lundi sur le renouvellement pour un an des sanctions contre le Yémen, mais un projet de résolution à l’initiative du Royaume-Uni plaide pour la prise de « mesures supplémentaires » à la suite de la publication d’un rapport onusien. Les experts des Nations unies ont en effet déterminé que l’Iran a enfreint l’embargo sur les armes en vigueur au Yémen depuis 2015.

Mais un projet concurrent, concocté par la Russie, a été présenté samedi au Conseil de sécurité. Il prévoit le prolongement du régime de sanctions contre le Yémen jusqu’en février 2019, mais ne comporte aucune référence aux conclusions du rapport onusien ni à une action possible contre Téhéran.

Selon des diplomates, Moscou pourrait faire usage de son droit de veto contre le texte britannique, ce qui pourrait ouvrir la voie à l’adoption de son propre projet de résolution.

Les négociations allaient bon train dimanche.

Embargo violé

Les experts de l’ONU ont conclu que l’Iran n’avait pas respecté l’embargo imposé au Yémen, en laissant des rebelles houthis s’approvisionner en drones et en missiles balistiques tirés vers l’Arabie saoudite. Ils ont déterminé que ces missiles avaient été fabriqués en Iran.

Les experts de l’ONU, s’ils ont conclu que l’Iran a violé l’embargo en ne bloquant pas l’expédition des équipements interdits, ont été en revanche incapables d’identifier le fournisseur.

La Russie maintient que ces conclusions ne sont pas assez probantes pour justifier une action contre la République islamique, qui a démenti à maintes reprises armer les Houthis au Yémen. Mais, pour les États-Unis et l’Arabie saoudite, le lien est irréfutable.

Le projet britannique de résolution, soutenu par les États-Unis et la France, exprime une « inquiétude particulière » sur le fait que « des armes d’origine iranienne ont été introduites au Yémen après l’imposition d’un embargo ciblé sur les armes » et que l’Iran est en « non-conformité » avec les résolutions de l’ONU.

En vertu de ce texte, le Conseil de sécurité exprimerait également « son intention de prendre des mesures supplémentaires pour tenir compte de ces violations », soulignant que « toute activité liée à l’utilisation de missiles balistiques au Yémen » remplit les critères d’imposition de sanctions onusiennes.

La Russie, qui entretient traditionnellement de bonnes relations avec l’Iran, fournit un soutien militaire — tout comme Téhéran — au président syrien Bachar al-Assad.

L’ambassadeur russe Vassily Nebenzia a indiqué mercredi que le projet de résolution devrait se concentrer sur le renouvellement du mandat des observateurs du respect des sanctions plutôt que d’instaurer des mesures contre l’Iran.

L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, fait pression pour une action du Conseil contre l’Iran afin d’empêcher que les combats au Yémen ne dégénèrent en un conflit régional.

Une coalition menée par l’Arabie saoudite soutient le gouvernement yéménite qui lutte contre les Houthis depuis 2015, provoquant ce que les Nations unies ont qualifié de pire catastrophe humanitaire au monde.

La guerre du Yémen a fait plus de 9200 morts, en majorité des civils, et poussé des régions du pays au bord de la famine.