RDC: le président Kabila sort de son mutisme

Le président congolais, Joseph Kabila, s’en est pris aux Nations unies et à certains «partenaires», dont la Belgique, vendredi.
Photo: Thomas Nicolon Agence France-Presse Le président congolais, Joseph Kabila, s’en est pris aux Nations unies et à certains «partenaires», dont la Belgique, vendredi.

Le président congolais, Joseph Kabila, est sorti de son silence vendredi, lors d’une très rare conférence de presse, pendant laquelle il a défendu le processus électoral en République démocratique du Congo (RDC), où ses adversaires l’accusent régulièrement de vouloir rester au pouvoir par la répression.

Pour sa première apparition depuis 2012 devant les médias réunis au palais de la Nation, le président congolais s’en est aussi pris aux Nations unies et à certains « partenaires », dont la Belgique.

« L’objectif in fine, c’est l’organisation des élections. Mais comme en 2006 et en 2011, il y a une résistance farouche de la part d’une frange de l’opposition, d’une frange de ce qu’on appelle la société civile, de la part d’un homme de Dieu », a énuméré le président, visant le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa.

Arrivé au bout de ses deux mandats constitutionnels le 20 décembre 2016, M. Kabila n’a pas répondu formellement « oui » ou « non » à la question de savoir s’il serait candidat à un troisième mandat, ce que lui interdit la Constitution.

Il n’y a pas eu d’élections en 2016, et la commission électorale a annoncé des élections pour le 23 décembre 2018, après le report de celles prévues fin 2017.

Le président a écarté la possibilité d’un référendum à l’initiative de ses soutiens politiques pour changer la Constitution et rester au pouvoir, une autre accusation de l’opposition. « La commission a déjà publié un calendrier électoral. Je n’ai vu nulle part que l’on a prévu un référendum. »

« Pourquoi pas ? Vous avez d’autres propositions ? » a-t-il répondu à une question en anglais sur le fait de savoir s’il transmettrait le pouvoir au vainqueur des élections après le scrutin présidentiel.

« Recadrer » le droit de manifester

Une quinzaine de personnes sont mortes en RDC dans la répression de marches interdites les 31 décembre et 21 janvier. À l’origine de ces manifestations interdites, un « comité laïque de coordination » proche de l’Église catholique et sa figure de proue, l’archevêque de Kinshasa, qui demandent entre autres au président de déclarer publiquement qu’il ne briguera pas de troisième mandat.

« La démocratie, ce n’est pas la foire », a déclaré Kabila, interrogé sur les manifestations interdites en RDC depuis septembre 2016, affirmant qu’une loi devrait prochainement « recadrer » le droit de manifester et donner un « nouveau départ pour tous ceux qui souhaitent s’exprimer ».

« La seule chose qu’il peut annoncer et qui en vaudrait la peine, c’est sa démission immédiate », avait déclaré le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) avant même la fin de la conférence de presse.

Abordant les questions sécuritaires et diplomatiques, le président congolais s’en est pris à la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), qui a envoyé dimanche des observateurs et des Casques bleus sur le terrain à Kinshasa, lors d’une marche réprimée par les forces de l’ordre.

« Si l’ambition est de considérer le Congo comme sous tutelle des Nations unies — ils ne l’ont pas dit, du moins jusque-là —, j’espère bien que ce n’est pas le cas. Il n’y a pas une cogestion de l’État congolais par la Monusco, parce que c’est ça, la tendance », a-t-il déclaré.