Catalogne: les indépendantistes retrouvent la majorité au Parlement

«Puigdemont président, président»! ont réagi les partisans du dirigeant Carles Puigdemont destitué, qui a suivi le scrutin depuis Bruxelles.
Photo: Emilio Morenatti Associated Press «Puigdemont président, président»! ont réagi les partisans du dirigeant Carles Puigdemont destitué, qui a suivi le scrutin depuis Bruxelles.

Les indépendantistes catalans ont conservé jeudi leur majorité au parlement régional, replongeant l’Espagne dans l’incertitude après la tentative d’indépendance sans lendemain qui avait inquiété l’Europe.

Après dépouillement de plus de 99,8 % des bulletins, les trois formations indépendantistes disposaient, avec 70 sièges sur 135 au parlement régional, de la majorité absolue. « Puigdemont président, président » ! criaient les partisans du dirigeant destitué à Barcelone après l’annonce des résultats.

« L’État espagnol a été vaincu. Rajoy et ses alliés ont perdu ! », tonnait, un peu plus tard depuis Bruxelles le leader indépendantiste, dont la liste arrive en tête au sein du camp indépendantiste, exultant face à ce résultat « que personne ne peut discuter ».

Le résultat est en effet mauvais pour Mariano Rajoy, qui n’a pas découragé les indépendantistes et doit faire face au même adversaire dont la stratégie sera de chercher à démontrer en Europe que l’on musèle sa cause, pour gagner des soutiens.

Son Parti populaire a en outre perdu huit sièges (sur 11) en Catalogne, au profit de Ciudadanos (centre droite), qui pourrait aussi gagner du terrain au-delà de la région.

Une réalité complexe
Pourtant la réalité en Catalogne est bien plus complexe car le rapport de forces entre indépendantistes et partisans de l’Espagne reste presque identique à celui des dernières élections et les séparatistes… sont moins nombreux.

Par le jeu des pondérations de voix profitant aux régions rurales où ils sont bien implantés, les indépendantistes ont en effet la majorité au parlement sans avoir la majorité des voix : 47,6 % des Catalans ont voté pour ces formations, mais 52 % contre.

Les électeurs catalans, qui ont battu avec près de 82 % de votants le record historique de participation dans la région, ont toutefois désigné comme première force politique de la province le parti libéral anti-indépendance Ciudadanos, qui obtient 37 sièges.

À moins qu’ils ne parviennent pas à s’entendre pour former une coalition, les indépendantistes reprendront donc les commandes de la région que le gouvernement de Madrid leur avait retiré en invoquant pour la première fois l’article 155 de la Constitution pour destituer l’exécutif régional et dissoudre le parlement quand ils ont proclamé une indépendance mort-née.

« C’est une sensation étrange », confiait à l’AFP à Barcelone, juste après l’annonce des résultats, Fran Robles, un médecin de 26 ans qui a voté pour l’un des partis indépendantistes. « Nous gagnons en députés, mais pas en nombre de voix. Donc chaque camp pourra se proclamer vainqueur. Cela reflète bien la réalité, qui est que la Catalogne est politiquement divisée et que la seule façon de trancher la question est de la poser clairement, dans un référendum ».

Mais Francesc Portella, sympathisant du parti indépendantiste « Ensemble pour la Catalogne », se pose moins de questions : « L’État espagnol a lutté sur terre, dans l’air et sur les mers pour tenter de détruire l’indépendantisme, mais le peuple catalan est absolument plus fort et pacifique que l’Espagne », assure-t-il peu après l’annonce des résultats.

Le scrutin s’est déroulé sans incident malgré des semaines de tension, par une journée froide mais ensoleillée.

L'UE soutient Madrid
M. Puigdemont suivait le décompte depuis Bruxelles, où il s’est réfugié avec quatre anciens « ministres » régionaux pour tenter en vain d’obtenir le soutien de l’Union européenne.

Celle-ci soutient fermement le gouvernement de Madrid et a tenu à le souligner dès jeudi soir. La position de l’UE sur la Catalogne « ne changera pas », a réagi un porte-parole de la Commission européenne.

M. Puigdemont a formé sa propre liste Ensemble pour la Catalogne, et disputait les voix indépendantistes au parti ERC de son ancien vice-président Oriol Junqueras, en détention provisoire en Espagne.

Tous deux sont inculpés pour rébellion, sédition et malversation, comme l’ensemble du gouvernement déposé.

Automne de crise
Les élections ont été convoquées le 27 octobre par le chef du gouvernement Mariano Rajoy quand il a placé la Catalogne sous tutelle, dissous le parlement catalan qui venait de proclamer l’indépendance, et déposé l’exécutif régional.

M. Rajoy tentait ainsi de tuer dans l’oeuf une tentative de sécession annoncée depuis deux ans, après leur victoire aux élections de 2015.

Mais la crise larvée depuis des années entre pouvoir central et indépendantistes a éclaté le 1er octobre, après l’organisation d’un referendum d’autodétermination interdit, émaillé de violences policières dont les images ont fait la Une dans le monde entier.

En octobre, alors que les premières arrestations pour « rébellion » se produisaient dans le camp indépendantiste, les manifestations succédaient aux grèves, aux blocages de trains ou de routes, jusqu’au saut dans le vide du 27 octobre, quand le parlement catalan a voté, par 70 voix sur 135, la déclaration unilatérale d’indépendance.

Mais une chose avait changé : poussés à s’impliquer face au risque réel de rupture unilatérale, les Catalans « unionistes » ont finalement pris la parole, inondant aussi les rues de leurs drapeaux rouge-jaune-rouge.

« Une chose est désormais encore plus claire […] la majorité sociale soutient l’union avec le reste des Espagnols et des Européens et les partis nationalistes ne pourront plus jamais parler au nom de toute la Catalogne, car la Catalogne c’est nous tous », a martelé jeudi soir Inès Arrimadas, chef de file de Ciudadanos.

Le coup de frein brutal aux investissements et au tourisme en Catalogne, ainsi que le déménagement de siège social de quelque 3100 entreprises hors de la région, avait aussi mobilisé les partisans de l’unité.

4 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 21 décembre 2017 19 h 48

    Retrouver leur majorité

    En fait, ils ne l'avaient jamais perdue, cette majorité. C'est le parlement qu'ils avaient perdu.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 21 décembre 2017 21 h 30

    ''Celle-ci (UE) soutient fermement le gouvernement de Madrid, craignant ouvertement une contagion du séparatisme dans les États membres.''

    Que voulez-vous, l'UE défend les intérêts de certains en particulier, mais pas ceux des peuples, surtout ceux qui auraient la mauvaise idée de s'affirmer. Est-on surpris? L'Espagne a déjà su montrer sa face antidémocratique, ce qui semble avoir fait l'affaire de l'UE et de son beau monde. Ensuite on se demande comment il se fait qu'il n'y ait pas d'harmonie entre les peuples. C'est qu'il y en a quelques-uns qui ont la chance de prendre des décisions qui les avantagent, eux. Quant aux autres, ils s'en foutent. Il n'y a qu'eux qui comptent. Rien de plus.

  • Gérard Garnier - Abonné 21 décembre 2017 22 h 27

    Un observateur sans passion

    Le pire des scénarios.

  • Denis Paquette - Abonné 21 décembre 2017 23 h 56

    oui je sais, ca ne plait pas aux 1%

    Après l'ère des grands ensembles, connaitrons nous un ère des minorités, apres li nivellement par la base des grands ensembles, connaitrons nous un ère ou c'est les minorités qui renouvelleront le savoir, il y a quand même une limite a vouloir tout niveller, si ca plait aux commercants, peut-être que ca empêche l'humanité d'évoluer, les savoirs ne sont-ils pas toujours, issus des individus et des minorités, il est peut-être temps que l'on se le dise