Washington au banc des accusés lors d’un vote à l’ONU sur Jérusalem

C’«est une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas», a menacé l’ambassadrice Nikki Haley.
Photo: Drew Angerer Agence France-Presse C’«est une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas», a menacé l’ambassadrice Nikki Haley.

Les États-Unis ont mis lundi leur veto à une résolution de l’ONU condamnant leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, en se montrant menaçants à l’égard de leurs 14 partenaires au Conseil de sécurité, qui ont voté pour le texte.

Ce vote unanime, y compris de la Russie ou de la Chine, et de la France et du Royaume-Uni — les deux plus proches alliés européens des États-Unis —, a été dénoncé par l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley. C’« est une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas », a-t-elle lancé, le regard noir. La diplomate n’a pas précisé si les États-Unis prendraient des mesures de rétorsion ou pousseraient davantage à une diminution de leur participation au financement de l’ONU, dont ils sont les premiers contributeurs.

Présenté par l’Égypte, qui a dénoncé les « graves répercussions » de l’initiative américaine, le texte réclamait que la décision récente du président républicain Donald Trump soit révoquée. La reconnaissance a déclenché la colère des Palestiniens, des manifestations dans le monde musulman et une réprobation quasi unanime de la communauté internationale.

Le statut de Jérusalem « doit être résolu par la négociation », soulignait le texte, évoquant de « profonds regrets concernant les récentes décisions sur Jérusalem », sans toutefois mentionner les États-Unis. « Toute décision ou action visant à altérer le caractère, le statut ou la composition démographique » de Jérusalem « n’a pas de force légale, est nulle et non avenue et doit être révoquée », ajoutait-il.

Intenses négociations

Le veto américain a été salué par Israël. « Merci, Madame l’Ambassadrice Haley » et « Président Trump », « vous avez allumé une bougie de vérité », « dissipé les ténèbres », a réagi sur Twitter le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou.

Pendant une semaine, la rédaction du texte a donné lieu à d’intenses négociations, y compris lors de réceptions ou au bar de l’ONU, entre la représentation diplomatique palestinienne, ayant rang d’observateur, et plusieurs pays arabes et européens.

L’objectif était « d’avoir 14 votes pour » face aux États-Unis, ont expliqué à l’AFP des diplomates. Pour cela, certaines ardeurs palestiniennes à un premier texte plus fort datant du 11 décembre, qui citait nommément les États-Unis, ont dû être refrénées.

Avec ce processus, même sanctionné en fin de compte par un veto, il s’agissait aussi de faire pression sur le gouvernement américain et ses futures discussions avec les deux parties afin que les droits des Palestiniens soient davantage pris en compte, selon les mêmes sources. Il fallait enfin souligner que les États-Unis bafouaient une série de résolutions sur le conflit au Proche-Orient.

Avant le vote, Nikki Haley avait accusé les Nations unies d’avoir fait « obstacle » à la recherche d’un accord de paix et de « parti pris » en rejetant « la faute sur les Israéliens ». Washington continue de chercher « un accord de paix durable » au Proche-Orient, a-t-elle assuré.

Le 8 décembre, deux jours après l’annonce américaine sur Jérusalem, le Conseil de sécurité avait déjà montré l’isolement des États-Unis lors d’une réunion convoquée en urgence. Après le Conseil de sécurité, les Palestiniens ont annoncé un prochain scrutin à l’Assemblée générale de l’ONU (193 pays). Il n’y a toutefois pas dans cette enceinte de droit de veto, et ses textes sont sans valeur contraignante.

Solution à deux États

Le texte soumis lundi commençait par un paragraphe rappelant dix résolutions de l’ONU adoptées entre 1967 et 2016 et affirmant que la question de Jérusalem doit faire partie d’un accord de paix définitif.

Celle approuvée en 1980, visant la colonisation de territoires, déclare que « toutes les mesures et actions législatives et administratives prises par Israël, puissance occupante, qui visent à modifier le caractère et le statut de la ville sainte de Jérusalem, n’ont aucune validité juridique ». Les États-Unis s’étaient alors abstenus, permettant l’adoption du texte.

Pour Paris et Londres, Jérusalem est « une clé » pour la solution à deux États, israélien et palestinien, vivant en paix côte à côte.

« Sans accord sur Jérusalem, il n’y aura pas d’accord de paix », a fait valoir l’ambassadeur français, François Delattre, rappelant le « consensus international » sur « une solution à deux États ». « Les États-Unis continueront à jouer un rôle extrêmement important dans la recherche de la paix au Proche-Orient », a estimé son homologue britannique, Matthew Rycroft.

Il faudrait être « fou » pour laisser les États-Unis jouer à nouveau les médiateurs de paix, a rétorqué le président palestinien Mahmoud Abbas.

Comme la Turquie, les Palestiniens ont jugé « inacceptable » le veto américain et affirmé que les États-Unis violaient le droit international. « Notre position est en plein accord avec les résolutions précédentes du Conseil de sécurité », a toutefois affirmé Nikki Haley, en soulignant soutenir « le statut (actuel) des lieux saints » et « la solution à deux États si les deux parties la souhaitent ».

Israël a annexé la partie orientale de Jérusalem, dont il a pris le contrôle pendant la guerre de 1967, puis a voté une loi faisant de la ville sainte sa capitale « indivisible ». Cette annexion n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, et les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État.


Pence reporte son voyage au Proche-Orient

Le vice-président des États-Unis, Mike Pence, a décidé de reporter son voyage controversé au Proche-Orient, a annoncé lundi la Maison-Blanche sur fond de tensions dans la région et de vote crucial à venir au Congrès.

Le voyage de M. Pence au Caire, puis à Jérusalem, qui devait débuter mardi, a été repoussé à mi-janvier pour lui permettre d’être présent pour un vote décisif au Sénat sur la réforme fiscale, a indiqué un responsable américain.

La Maison-Blanche a assuré que ce report n’était pas lié aux violences et aux vives tensions diplomatiques nées de la décision unilatérale et controversée de Trump. 

Le président palestinien Mahmoud Abbas a annulé une rencontre prévue avec M. Pence, affirmant que les États-Unis n’avaient plus de rôle à jouer dans le processus de paix israélo-palestinien.
4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2017 14 h 13

    Stupidité!\


    Trump et cie ne comprennent rien à la diplomatie. Plus obtus et stupide que cela, tu meurs!

    M.L.

  • Colette Pagé - Inscrite 18 décembre 2017 17 h 30

    Isolé comme jamais !

    Great again mais seul ! Tel sera le sort des États-Unis dirigé par un Président narcissique qui par cette décision déraisonnable pour faire plalsirs au lobby juif crée le chaos et favorise les tensions.

    Chapeau aux 14 pays membres du Conseil de sécurité qui sont demeurés unis. Une gifle et une rebuffade mérités.

  • Pierre Fortin - Abonné 18 décembre 2017 19 h 57

    Du théâtre, style Ionesco


    L'ambassadrice US Nikki Haley, au nom de son pays, oppose un veto au reste du Conseil de sécurité de l'ONU. L'unanimité internationale exprime sa désaprobation de la modification du statut de Jérusalem et son pays, qui en est responsable, semble incapable de comprendre quoi que ce soit à la réaction.

    M. et Mme Smith, dans La Cantatrice chauve, conversent de la même manière en tenant des propos banals, convenus et insignifiants qui finissent toujours par détraquer la conversation.

    L'ambassadrice Haley espérait peut-être faire taire la raison en imposant un veto. Tout ce qu'elle obtiendra est une remise en cause renforcée de l'hégémonie US. C'est à se demander à quel point elle est indépendante de la Maison Blanche.

    La diplomatie US n'écoute personne ni les intérêts respectifs des États souverains, sauf ceux de ses clients et vassaux qu'elle veut bien entendre; elle ne reconnaît jamais les tragédies qu'elle provoque : Afghanistan, Irak, Somalie, Soudan, Libye, Yemen, Syrie ...

    Espérer une issue différente avec la même recette est une aberration. Pourtant, ça continue.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 décembre 2017 04 h 29

    ... autrement ?!?

    « Les membres du Conseil peuvent voter et encore voter — des centaines de fois. Cela ne changera pas le fait que Jérusalem est, a été, et sera toujours la capitale d’Israël » (Danny Danon, Ambassadeur d’Israël, ONU)

    Effectivement, mais d’autres autorités pensent que Jérusalem, « demeure de l’achèvement » (de l’étymologie) convoitée et jalousée, est la « capitale des musulmans » (A) !

    De plus, le vote du conseil de sécurité de l’ONU, un vote quasi unanime (14 en faveur et 1 contre), apparait constituer un des plus terribles camouflets à l’histoire-mémoire d’Israël susceptible d’entraîner une problématique tant à la paix qu’à la sécurité mondiales !

    Que comprendre …

    … autrement ?!? - 19 déc 2017 -

    A : http://www.ledevoir.com/international/actualites-i .