Crimes sexuels: victoire contre l’impunité en RDC

La République démocratique du Congo a été le théâtre d’au moins trois conflits armés depuis 15 mois.
Photo: John Wessels Agence France-Presse La République démocratique du Congo a été le théâtre d’au moins trois conflits armés depuis 15 mois.

Kavumu — Parties civiles et ONG ont revendiqué mercredi une victoire historique contre l’impunité des crimes sexuels en zone de conflit avec la condamnation à perpétuité de onze miliciens jugés pour des viols massifs sur des enfants en République démocratique du Congo (RDC), des faits qualifiés de « crimes contre l’humanité ».

Sur place, des applaudissements et des cris de soulagement ont salué l’annonce du verdict dans une salle d’audience pleine à craquer devant une juridiction militaire près de Bukavu dans le Sud-Kivu (est de la RDC), région en proie à la violence des groupes armés depuis plus de vingt ans.

Parmi les condamnés figure un notable, Frédéric Batumike, 62 ans, ancien député provincial et chef présumé de la milice Djeshi ya Yesu (Armée de Jésus).

M. Batumike et ses coaccusés ont été « condamnés à la prison à perpétuité pour crime contre l’humanité par viol et par meurtre » pour des viols de fillettes âgées de 18 mois à 12 ans à Kavumu entre 2013 et 2016.

« Au moins deux enfants sont morts », selon la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

Pour le tribunal, les viols des fillettes ont été commis dans le cadre de « pratiques fétichistes » visant à assurer l’invulnérabilité des miliciens contre les balles en prévision de leurs attaques menées contre les positions de l’armée congolaise.

Le procès a suscité des réactions bien au-delà des frontières du Kivu, où les violences entre 1997 et 2003 ont tué plusieurs centaines de milliers de personnes, et où les femmes ont été victimes de viols massifs.

« La décision d’aujourd’hui marque une étape importante pour la justice, la reddition des comptes et le respect de l’État de droit en RDC », a commenté l’ambassade des États-Unis à Kinshasa sur son compte Twitter.

Signaux positifs

Le verdict a fait le bonheur des parties civiles et des ONG qui luttent contre l’impunité des crimes sexuels en RDC.

« Il y a quelques années, un tel procès aurait été inimaginable », s’était félicité l’ONG Physicians for Human Rights. « Pendant trop longtemps, les auteurs de viols au Congo ont cru qu’ils étaient invincibles. Lentement, des signaux commencent à montrer que l’impunité n’est pas inévitable », selon l’ONG.

La décision est « historique », se réjouit pour sa part l’ONG Trial international, basée à Genève, qui a soutenu l’organisation de ce procès. « C’est la première fois en RDC qu’un politicien en poste est reconnu coupable, en tant que supérieur hiérarchique, des crimes commis par lui-même et la milice qu’il contrôlait et finançait », a déclaré à l’AFP son responsable pour la RDC, Elsa Taquet.