À Bali, des milliers d’évacués face à la menace du volcan Agung

Le volcan Agung, mardi
Photo: Sonny Tumbelaka Agence France-Presse Le volcan Agung, mardi

Des dizaines de milliers d’habitants de l’île de Bali ont fui leur maison et des milliers de visiteurs étaient coincés lundi dans ce haut lieu du tourisme indonésien en raison du risque imminent d’éruption d’un volcan.

Le mont Agung, qui gronde depuis plusieurs jours, crache de spectaculaires colonnes de fumée grise, qui s’élèvent jusqu’à 3000 mètres dans les airs.

Si 40 000 personnes sont déjà parties, les autorités ont relevé au maximum le niveau d’alerte et estiment qu’un total de 100 000 habitants pourraient devoir s’éloigner.

« Le niveau d’alerte pour le volcan a été porté au plus haut, a déclaré un haut responsable du centre national de volcanologie d’Indonésie, Gede Suandika. Des secousses permanentes sont ressenties », a-t-il ajouté.

Aéroport fermé

Les autorités indonésiennes ont décidé mardi de prolonger de 24 heures la fermeture de l’aéroport international de l’île touristique de Bali, fermé depuis lundi, en raison des cendres dans les couloirs aériens et du risque d’une éruption du volcan du mont Agung.

Environ 445 vols ont été annulés jusqu’ici, affectant plus de 59 000 passagers. Plusieurs touristes ont été prévenus que, dans le meilleur des cas, ils devraient attendre plusieurs jours avant de partir.

Affaires mondiales Canada a indiqué que 403 Canadiens qui se trouvent à Bali se sont enregistrés auprès de son service d’Inscription des Canadiens à l’étranger, rapporte l’Associated Press. Mais comme cette inscription se fait sur une base volontaire, la porte-parole Brianne Maxwell prévient que ce chiffre ne donne pas nécessairement un portrait juste de la présence canadienne dans l’île indonésienne, précise l’agence.

L’avis des experts

La situation est jugée préoccupante par les experts, certains n’excluant pas la possibilité d’une éruption majeure. D’autres soulignent toutefois la difficulté de prédire la suite, les choses pouvant, selon eux, également se calmer.

Le mont Agung a donné des premiers signes de réveil en septembre. « Tous les voyants étaient au rouge. Puis, après une crise sismique importante, liée à la remontée du magma, il s’est calmé fin octobre. Mais depuis quelque temps, il a repris du service », a déclaré à l’AFP Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur à l’Université Paris-Sud.

« Ce que nous observons en ce moment, ce sont de petites explosions, qui rejettent des gaz chauds et des fragments de roche fondue ou de cendres », explique David Pyle, professeur des sciences de la Terre à l’Université d’Oxford. « L’éruption a démarré. Du magma est sorti », note quant à lui Bruno Scaillet, chercheur CNRS à l’Institut des sciences de la Terre d’Orléans (France). Des lueurs rougeoyantes ont été observées la nuit.

Une nouvelle éruption majeure ?

Le mont Agung est un volcan craint, car c’est un volcan de type « explosif ». Il se distingue des volcans « effusifs », caractérisés par l’écoulement de la lave fluide sur leurs flancs. Les volcans explosifs, riches en eau, sont susceptibles de générer des explosions importantes avec projection d’énormes quantités de cendres et de débris brûlants, très haut dans l’atmosphère.

« La probabilité d’une grande éruption est élevée, mais cela pourrait prendre des jours ou des semaines avant que cela ne se produise », déclare le professeur David Pyle.

La dernière éruption du mont Agung, qui remonte à 1963, avait fait 1600 morts.

Carmen Solana, volcanologue à l’Université de Portsmouth, pointe « l’incertitude » sur la façon dont les choses sont susceptibles de tourner. « Le volcan pourrait produire une vaste éruption ou bien se rendormir. On peut supposer que son activité explosive va s’accroître, mais personne ne sait à quel rythme et avec quelle intensité », dit-elle.