Italie: mort du mafioso notoire «Toto» Riina à 87 ans

Toto Riina, qui purgeait 26 peines de détention à vie et aurait commandité plus de 150 meurtres, était ces derniers jours dans le coma.
Photo: Giulio Broglio Associated Press Toto Riina, qui purgeait 26 peines de détention à vie et aurait commandité plus de 150 meurtres, était ces derniers jours dans le coma.

Rome — Toto Riina, parrain redouté de la mafia sicilienne, est mort en prison à Parme vendredi à 87 ans, mais la Cosa Nostra, devenue plus discrète, est toujours là.

Toto Riina, qui purgeait 26 peines de détention à vie et aurait commandité plus de 150 meurtres, était ces derniers jours dans le coma.

Surnommé « la Belva » (le Fauve), Salvatore « Toto » Riina, qui avait eu 87 ans jeudi, a fait régner la terreur pendant près de 20 ans au sein de la Cosa Nostra, dont il avait pris le contrôle à partir des années 1970.

Il avait notamment ordonné les meurtres des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992.

« Je ne me réjouis pas de sa mort, mais je ne peux pas lui pardonner », a commenté Maria Falcone, la soeur du magistrat assassiné. « J’aurais pu lui pardonner s’il s’était repenti, mais aucun signe de rédemption n’est jamais venu. »

Le boss mafieux, qui a passé les 24 dernières années de sa vie en isolement, avait demandé en juillet à être libéré en raison de sa grave maladie. En vain.

Placé sur écoute, l’ancien chef de clan avait été enregistré cette année disant : « Je ne regrette rien. Ils ne me briseront jamais, même s’ils me donnent 3000 ans » de prison.

Maria Concetta Riina, l’une des filles de Riina, a publié une photo sur Facebook résumant l’état d’esprit entourant ce décès et la mafia en Sicile. On y voit le visage à demi masqué d’une jeune femme, l’index sur la bouche portant l’inscription « shhhh » (chut). Des dizaines de messages de condoléances ont été publiés sur sa page Facebook.

De fait, la Cosa Nostra est devenue beaucoup plus discrète, renonçant aux exécutions et aux crimes de sang de l’époque Riina.

Trafic de drogue, enlèvements, racket : Riina a fait main basse sur tous les secteurs d’activité traditionnels de la Cosa Nostra. Pour asseoir le pouvoir de son clan, les Corleone, il donne le coup d’envoi au début des années 1980 d’une guerre sanglante contre les vieilles « familles » palermitaines, qui fait plusieurs centaines de morts.

« L’idée folle de Toto Riina et d’autres de faire la guerre à l’État a été défaite par l’État lui-même. Mais la fin de Riina n’est pas la fin de la Cosa Nostra », a averti le procureur de Palerme, Francesco Lo Voi.

« Il me semble qu’elle est bien plus présente qu’avant dans les structures politiques, elle a repris le contrôle du territoire », jugeait début novembre Ambrogio Cartosio, un autre procureur ayant combattu la mafia pendant 20 ans.