Erdogan évince des maires pour relancer sa popularité en Turquie

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan
Photo: Murat Cetin Muhurdar Agence France-Presse Le président turc, Recep Tayyip Erdogan

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a contraint sans ménagement ces dernières semaines plusieurs maires de grandes villes à démissionner, dans l’espoir d’enrayer la baisse de popularité de son parti, l’AKP, à deux ans d’élections cruciales.

En l’espace d’un mois, les édiles de quatre grandes municipalités dirigées par l’AKP ont présenté leur démission à la demande de M. Erdogan, payant le prix de la victoire étriquée du président turc lors d’un référendum constitutionnel en avril sur le renforcement de ses pouvoirs.

Ces départs forcés sont le signe que l’AKP (Parti de la justice et du développement) est profondément inquiet de sa baisse de popularité après 15 ans au pouvoir, estiment les analystes.

« Ces maires ont été évincés pour de multiples raisons, mais chaque fois, dans l’objectif de renforcer la position électorale du parti », souligne Ilter Turan, professeur émérite de sciences politiques à l’Université Bilgi à Istanbul.

« Le parti est perplexe quant aux raisons de l’érosion de son électorat. Sa perte de popularité a été évidente lors du référendum », dit-il à l’AFP.

Après le référendum du 16 avril, M. Erdogan avait mis sa victoire sans éclat (51,4 %) sur le compte d’une insatisfaction populaire envers les élus locaux issus de l’AKP, affirmant que certains éléments du parti étaient « rouillés ».

Le premier à tomber a été le maire d’Istanbul, capitale économique et culturelle du pays où vit près du quart de la population turque. Sur ordre de M. Erdogan, Kadir Topbas a annoncé sa démission fin septembre, après 13 ans de mandat.

Suivant son exemple, Recep Altepe, maire de Bursa (nord-ouest), quatrième ville du pays et important pôle industriel, se retirait quelques semaines plus tard sans faire d’esclandre.

De premiers accrocs sont apparus lorsque le maire d’Ankara fut invité à faire ses cartons. À la tête de la capitale depuis 1994, Melih Gökçek, surtout connu pour ses tweets conspirationnistes, a obtempéré la semaine dernière après des semaines de résistance.

Le malaise a enflé lundi lorsque le maire de Balikesir (nord-ouest), Ahmet Edip Ugur, en larmes, a annoncé avoir accepté de démissionner après que sa famille et lui-même eurent été « menacés ».

Dans son discours de départ, conclu d’un « Dieu vous garde ! » chevrotant, M. Ugur s’est étonné qu’un maire soit contraint de s’en aller « non par la voie électorale, mais sur un ordre », se demandant si « le mérite n’a pas été remplacé par la loyauté » au sein de l’AKP.

Niant toute menace contre M. Ugur, M. Erdogan a fait part de sa « tristesse », dans un entretien paru jeudi. Signe de son inconfort, le président turc a sommé un journaliste, qui lui demandait si d’autres démissions étaient prévues, d’« aller voir ailleurs ».

Ce chambardement municipal s’explique principalement par le score meilleur que prévu du « non » au référendum d’avril sur le renforcement des pouvoirs présidentiels.

Alors que M. Erdogan prévoyait un plébiscite, le « non » l’avait emporté à Istanbul et à Ankara, un choc en raison du poids électoral des deux principales villes de Turquie.

Des affrontements au Kurdistan turc

Ankara — Huit membres des forces de sécurité turques ont été tués lors d’affrontements avec des insurgés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) jeudi matin dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, a annoncé l’armée. Six soldats et deux agents de sécurité sont morts, et deux autres militaires ont été blessés, dont un grièvement, lors de ces affrontements avec le PKK à Semdinli, près des frontières iranienne et irakienne. L’armée a affirmé avoir tué lors de ces heurts cinq combattants du PKK. Le sud-est à majorité kurde est en proie à des affrontements quasi quotidiens depuis la rupture à l’été 2015 d’un cessez-le-feu visant à mettre fin à un conflit qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984.