Madrid prend les rênes de la Catalogne dans une Espagne déchirée

Des Espagnols se sont rassemblés à Madrid pour manifester en faveur de l'«unité nationale», samedi. Certains portaient des pancartes affichant «Puigdemont en prison».
Photo: Javier Soriano Agence France-Presse Des Espagnols se sont rassemblés à Madrid pour manifester en faveur de l'«unité nationale», samedi. Certains portaient des pancartes affichant «Puigdemont en prison».

Madrid poursuivait samedi sa mise sous tutelle de la Catalogne, en prenant les rênes du gouvernement et de la police de la région, au lendemain d’une déclaration d’indépendance sans précédent du parlement régional, largement rejetée en Europe.

 

À la mi-journée, à Madrid, plusieurs milliers de partisans du maintien de la Catalogne en Espagne ont manifesté dans le centre-ville, brandissant des drapeaux espagnols.

 

Ce drapeau continuait aussi à flotter aux côtés du drapeau catalan sur le palais du gouvernement régional à Barcelone, où le calme régnait, les badauds ayant remplacé les manifestants indépendantistes de la veille.

 

Mais la sécurité avait été drastiquement renforcée aux abords de la préfecture, symbole de l’État central en Catalogne.
 

Dès l’aube, le journal officiel a annoncé la destitution du chef de la police catalane, l’emblématique Josep Lluis Trapero, déjà sous le coup d’une enquête pour « sédition ».

Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Le chef de police Josep Lluis Trapero a été destitué.

Le ministère de l’Intérieur prend le contrôle de la police locale, et le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy devient la première autorité en Catalogne, explique le document. Selon la presse, près de 150 hauts responsables de l’administration catalane seront démis de leurs fonctions.

 

La gestion quotidienne de la Catalogne est déléguée à la n°2 du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, qui prend la place de l’indépendantiste Carles Puigdemont, destitué vendredi soir avec son équipe.

Carles Puigdemont appelle «à s’opposer démocratiquement» à la mise sous tutelle

Destitué par Madrid, le président indépendantiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, a appelé samedi à s’opposer « démocratiquement » à la mise sous tutelle de la région déclenchée par le gouvernement espagnol après la déclaration d’indépendance votée par le parlement catalan. « Nous sommes certains que la meilleure manière de défendre les victoires obtenues jusqu’à aujourd’hui est l’opposition démocratique à l’application de l’article 155 » de la Constitution espagnole, utilisé par Madrid pour démettre l’exécutif catalan, a déclaré M. Puigdemont dans un discours télévisé. « Nous continuerons à œuvrer pour construire un pays libre », a-t-il ajouté dans un discours aux termes soigneusement choisis, dans lequel il n’a pas semblé reconnaître sa destitution.

 

Cette accusation est une « blague absolue. Le délit de rébellion exige un soulèvement public et violent » pour être constitué, a déclaré à l’AFP l’avocat du dirigeant catalan Jaume Alonso Cuevillas.

 

La mise sous tutelle de la Catalogne, au titre d’un article de la Constitution jamais utilisé auparavant, a été enclenchée par Madrid quelques heures seulement après la proclamation vendredi par le parlement catalan de « la République catalane ».
 

Outre la destitution de l’exécutif catalan, Mariano Rajoy a convoqué des élections pour le 21 décembre, présentées comme un moyen de sortir l’Espagne de sa pire crise politique depuis son retour à la démocratie en 1977.


Interdiction demandée

 

« Ce que nous voulons c’est l’interdiction des partis sécessionnistes. Car s’ils se présentent de nouveau aux élections, ils dirigeront la Catalogne et tout recommencera », affirmait une manifestante opposée aux indépendantistes à Madrid, Candida Jimenez, ancienne fonctionnaire de la police municipale de la capitale, munie d’une banderole « Non à l’impunité des putschistes ».

 

Convoquer des élections « est une honte. C’est prolonger le problème de deux mois », estime également Carlos Fernandez, 41 ans.
 

À Barcelone, dans des rues vides comme un lendemain de fête, l’inquiétude était dans l’air. « Je suis content à 10 % que l’indépendance ait été déclarée, mais à 90 % je pense que ça va mal se passer, car l’autre partie n’écoute pas », craignait Juan Rosset, retraité de 74 ans.

 

Les conséquences de la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, territoire grand comme la Belgique où vivent 16 % des Espagnols, sont incalculables, tout comme celles de la mise sous tutelle par Madrid.

 

Signe de l’inquiétude en Europe, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a souligné vendredi que l’UE n’a « pas besoin d’autres fissures », tandis que les grandes capitales occidentales annonçaient soutenir l’unité de l’Espagne.

 

Cependant, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé Madrid à choisir « la force de l’argument plutôt que l’argument de la force », alors que beaucoup craignent que la Catalogne ne soit entraînée dans une spirale de troubles.

 

La réponse du gouvernement permet de « donner la parole aux citoyens, avec les garanties démocratiques », a déclaré le n°2 du Parti Populaire de Mariano Rajoy, Javier Maroto.

 

Le petit parti d’extrême gauche indépendantiste CUP affirmait qu’il ne se « soumettrait pas » à la mise sous tutelle.
 

Lors des dernières élections régionales, en 2015, l’ensemble des formations pro sécession — de l’extrême gauche au centre droit — n’avaient obtenu que 47,8 % des suffrages, mais une majorité en sièges au parlement catalan. La résolution déclarant l’indépendance a été adoptée vendredi par 70 voix pour (sur 135 députés), en l’absence de la plus grande partie de l’opposition, qui avait quitté l’hémicycle.

 

L’indépendantisme avait tout particulièrement commencé à prospérer quand le parti de M. Rajoy avait obtenu en 2010, de la Cour constitutionnelle, qu’elle ampute largement un statut conférant de plus larges pouvoirs à la Catalogne.

6 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 28 octobre 2017 10 h 30

    Mariano Rajoy vous n'êtes pas le bienvenu chez nous.

    En digne successeur de Franco et des rois catholiques de Castille responsables de la mort de millions de gens de l'Amérique jusqu'en terre ibérique, M. Rajoy ne mettez pas les pieds chez nous. Car nous sommes les enfants de Champlain. Lui qui, témoin des crimes de vos prédécesseurs au Mexique, est plutôt venu sur les terres des Innus leur demander l'autorisation de s'y installer en nouant une alliance avec eux. Alliance qui en 1701 embrassera plus de 30 nations amérindiennes d'Amérique du Nord. Plus de trois cent ans plus tard, la Paix des braves conclus entre le Québec et la nation crie viendra renouer avec ces alliances. Voilà une autre façon de faire que vous et votre gouvernement, héritier direct des conquistadors et de l'inquisition, n'avez jamais apprise et encore moins appliquée. Vous n'êtes pas le bienvenu M. Rajoy.

  • Sylvain Auclair - Abonné 28 octobre 2017 10 h 31

    Samedi matin, le drapeau espagnol continuait de flotter aux côtés du drapeau catalan

    Quel drapeau catalan? Celui de la Catalogne au sein de l'Espagne ou le drapeau de la Catalogne indépendant, la Bandera Estalada?

  • André Labelle - Inscrit 28 octobre 2017 11 h 08

    OÙ ABOUTIRA L'ESPAGNE

    1936/1939 n'est pas si loin pour les Espagnols. Beaucoup de témoins directs de cette meurtrière période sont encore vivant en Espagne.

    Le franquisme est sans doute toujours un souvenir vivant en Espagne et certains en sont sans doute nostalgiques.

    D'où viendra l'étincelle qui pourrait bien mettre le feu aux poudres ? De la Catalogne prisonnière dans l'Espagne ou de Madrid sa geôlière ? La guerre civile espagnole ainsi que la dictature franquiste on sûrement laissé des séquelles durables et que certains n'ont pas encore oubliées.

    L'Union européenne joue un jeu qui pourrait devenir dangereux si la Catalogne en vient à ne voir son salut que dans la révolte.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 28 octobre 2017 14 h 41

    Le nouveau Nelson Mandela

    Si Madrid emprisonne les chefs indépendantistes catalans, Carles Puigdemont va devenir le Nelson Mandela de la Catalogne, ce qui se retournera certainement contre l’Espagne un jour ou l’autre, comme en Afrique du Sud.

  • Nicole Delisle - Abonné 28 octobre 2017 15 h 55

    Rire et narguer les Catalans en plus!

    M. Rajoy déclare"donner la parole aux citoyens avec des garanties démocratiques", non mais quelle parole maladroite! Il ne peut mieux faire pour mettre de l'huile sur le feu. Cet homme est un pyromane politique sans réelle conscience des gestes qu'il pose. Il n'a pas réfléchi aux conséquences que cela aura pour l'avenir de son pays.
    On ne retient pas sous la force toute une partie de la population, sans créer des divisions et une cassure à long terme. Son pays sera morcelé pour longtemps et les risques de dérives nombreux. Son pays restera un pays affaibli et une béquille pour l'Union européenne qui devra aussi assumer son appui à un gouvernement de dictature au lieu de l'avoir encouragé au dialogue. Au lieu d'avoir découragé et anéanti la flamme de ceux qui aspirent à une plus grande liberté et autonomie, M. Rajoy et son gouvernement auront plutôt favoriser une plus grande ferveur nationaliste des Catalans. On ne peut mater un peuple qui aspire à son indépendance en utilisant la force brute et les lois sans que la rébellion pacifique, enfin on l'espère,
    ou cruelle ne se manifeste tôt ou tard. Vraiment, jamais n'aura-t-on vu une si pitoyable gouvernance et une si mauvaise gestion d'une crise! Rien pour nous donner
    l'envie et le désir de visiter les Espagnols! Ils sont bien mal placés pour accueillir des touristes quand on voit jusqu'à quel point l'humanité et la collaboration font défaut
    à ses gouvernants! Voir un pays divisé, déchiré et des gens tenus sous le joug d'un
    totalitarisme machiavélique n'a rien de bien attirant et réjouissant!