Le Djihad lui avait promis le paradis et du fric

Naplouse — Des militants du mouvement radical Djihad islamique ont promis à un Palestinien âgé de 15 ans, arrêté dimanche, le paradis et de l'argent pour sa famille pour le convaincre de commettre un attentat suicide anti-israélien, a affirmé hier son frère.

Le garçon, Tamer Khoweira, était un ami d'école de Hossam Abdo, 16 ans, dont les images de l'arrestation la semaine dernière à un barrage militaire avec une ceinture explosive, au moment où il allait commettre un attentat suicide, ont fait le tour du monde.

Quelques heures avant son arrestation par l'armée israélienne dans sa maison située dans le quartier huppé de Rafidiyeh, à Naplouse (nord de la Cisjordanie), Tamer a raconté à sa famille comment il avait été «dupé» par le Djihad islamique pour commettre l'attentat.«Il pleurait et tremblait en me disant: "Ils m'ont dupé, je devais commettre un attentat aujourd'hui, mais j'ai renoncé, je n'y vais plus"», confie à l'AFP son frère Raëd, 23 ans.

«Ils ont brisé mon frère. Ce sont des gens suspects qui ternissent la réputation de la résistance en nous faisant apparaître comme des barbares qui exploitent les enfants», ajoute-t-il.

Tamer s'était absenté de l'école dimanche, jour prévu pour commettre l'attentat, mais il a changé d'avis à la dernière minute et est rentré à la maison, où il a tout avoué à sa famille.

Selon Raëd, il lui a raconté comment il avait été abordé il y a deux semaines par des individus «se présentant comme des activistes des Brigades al-Qods», la branche armée du Djihad en vue de le recruter pour devenir kamikaze.

«Ils l'ont par la suite mené chez un cheikh, assis dans une pièce sans éclairage, qui lui a expliqué que la mort est inévitable, que le paradis est éternel et que s'il commettait un attentat il irait au paradis, où il vivra éternellement avec des vierges», affirme Raëd. «Le cheikh lui a demandé de s'imaginer un instant au paradis et puis en enfer, et de comparer les deux», ajoute-t-il.

«Ils nous a dit qu'ils lui ont donné un téléphone portable, un paquet de cigarettes, 100 shekels [25 dollars] ainsi qu'un pull-over et un jeans, qu'il devait porter le jour de l'attentat», poursuit-il.

Selon lui, les activistes ont également assuré à son petit frère qu'ils verseraient «50 000 dinars jordaniens» [77 700 dollars] à sa famille si sa maison venait à être démolie par l'armée, comme c'est l'usage pour les auteurs des attentats suicide.

«Je me demande comment ils ont réussi à lui faire un lavage de cerveau et à le berner, car notre situation financière est excellente. Nous vivons dans une grande maison et n'avons besoin de rien», poursuit Raëd.

«Nous appelons l'Autorité palestinienne à enquêter sur le sujet et le Djihad islamique à dire la vérité sur ces individus suspects qui trompent les enfants, pour que l'on sache s'ils appartiennent vraiment au mouvement. Nous considérons leur silence comme un aveu», ajoute Raëd.

Tamer est le troisième adolescent ou enfant palestinien à être arrêté dans la région de Naplouse, ces deux dernières semaines, avant de commettre un attentat suicide ou pendant qu'il transportait des explosifs.

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