Récit de la tragédie: «C’est très dur à voir, des enfants, des poussettes»

Un homme aide les policiers à porter secours à une victime.
Photo: Nicolas Carvalho Ochoa Agence France-Presse Un homme aide les policiers à porter secours à une victime.

Une stupéfaction qui se diffuse peu à peu. L’après-coup. « C’était en deux minutes. Tout le monde était plutôt calme, mais il y a eu des moments de panique assez visibles. Des gens criaient et sortaient dans les ruelles », raconte Karim Farhat, un résidant de Laval en visite à Barcelone avec sa femme et ses deux enfants.

Ils se trouvaient tous les quatre dans un commerce de la partie piétonne de la Rambla quand le mouvement de foule a commencé. « Le commerçant a dit “c’est des terroristes”», relate M. Farhat. Des policiers leur ont immédiatement intimé l’ordre de vider les lieux.

« On découvre dans les vidéos maintenant ce qui s’est passé. On était à 100 pieds. C’est très dur à voir, des enfants, des poussettes », poursuit-il.

Au moment de l’appel du Devoir, sa famille tentait de rejoindre la ville balnéaire de Miami Platja, à 100 km plus au sud. Il était alors soulagé à l’idée de quitter Barcelone, même s’il était coincé dans la ville bouclée. Il ignorait encore qu’une autre importante opération policière se déroulait tout près de leur base de vacances, à Cambrils.

La tête haute

La formule est presque devenue habituelle. « Ils ne nous terroriseront pas. Nous garderons nos valeurs et notre style de vie », ont exprimé en substance plusieurs dirigeants européens, incluant le roi d’Espagne.

Ce genre de phrase est nécessaire pour « renforcer les valeurs démocratiques contre ce genre de barbarie », a quant à lui affirmé Esteban Riambau. Il est directeur de la Cinémathèque de Barcelone, évacuée immédiatement après l’attentat sur ordre des autorités, durant une projection, puisque l’édifice est situé à 300 mètres de la Rambla.

Joint au téléphone, M. Riambau mentionne rapidement « la réaction solidaire exemplaire » des Barcelonais, qui ont rapidement offert logis et transports à ceux coincés en ville, une ville « très fière d’elle-même ».

Un baume qu’il étend sur une journée très émouvante. Pas que les Barcelonais soient surpris, insiste à son tour Pierre Grenier, un Québécois qui possède un restaurant à un jet de pierre de l’endroit où l’attaque a eu lieu. « Avant toute chose, il faut dire que c’est horrible ce qui se passe. Mais on pensait tous que ça pouvait arriver. »

C’est aussi une éventualité à laquelle avait songé Véronique Bellemare Brière avant d’embarquer sa petite famille pour Barcelone. Elle se trouvait au Musée Gaudi avec son conjoint et ses deux enfants lorsqu’ils ont commencé à entendre les sirènes. Son fils de 11 ans, Méliés Bellemare-Caradot, raconte le bruit des hélicoptères et ce sentiment bizarre qui l’a assailli.

Au moment d’écrire ces lignes, M. Farhat et sa famille étaient toujours coincés à Barcelone, en recherche d’un hôtel où passer la nuit en attendant « d’évaluer la situation demain ».

« Un réveil qui sera dur », dit-il, alors que la nuit s’avance déjà. « Il y a l’humain et l’inhumain, même si tout le monde essaie de continuer à vivre. »