Le gouvernement péruvien démissionne en bloc

Alejandro Toledo
Photo: Agence Reuters Alejandro Toledo

Lima — Le gouvernement péruvien a pris la décision de démissionner en bloc, révélant ainsi la profonde crise que traverse le régime aux prises avec une montée des mécontentements, conséquence d'un manque d'orientations claires en matière économique de la part du président Alejandro Toledo.

L'annonce de cette démission, faite hier en début de matinée par le ministre du Travail, Fernando Villaran, a été précédée par celle, deux heures auparavant, par une radio locale, RPP, du départ-surprise du chef de la diplomatie, Diego Garcia Sayan, un avocat militant pour la défense des droits de l'homme.

«Nous avons pris cette décision [la démission collective] en accord avec le premier ministre [Roberto Danino] et nous attendons le moment opportun pour la concrétiser», a expliqué le ministre du Travail sur une autre station, CPN. «C'est une décision prise d'un commun accord entre tous les ministres», a-t-il ajouté sans en préciser les raisons.

Le chef de la diplomatie, dont la démission «irrévocable» n'avait toujours pas été confirmée officiellement dans la matinée, aurait renoncé à son poste après avoir appris que le président Toledo envisageait de le remplacer par l'actuel ambassadeur du Pérou à Washington, Allan Wagner, selon les radios.

M. Wagner est un proche de l'ancien président Alan Garcia (1985-90), populiste de centre-gauche et rival malchanceux du président Toledo, au deuxième tour de la présidentielle de juin 2001, qui avait vu la victoire de justesse de ce dernier. Si cette entrée au gouvernement d'un proche de M. Garcia était confirmée, elle marquerait un net tournant du régime vers «une social-démocratie populiste».

Selon la presse locale, Alan Garcia a été reçu lundi soir par M. Toledo, peu après que le chef de la diplomatie lui eut fait part de sa décision de démissionner.

L'ex-président Garcia, qui a vécu huit ans en exil en France durant le régime du président destitué Alberto Fujimori, aujourd'hui à son tour en exil au Japon, pays dont il possède la nationalité, est très réservé à l'endroit des privatisations qu'envisageait de mettre en oeuvre le président Toledo.

M. Garcia est également partisan d'une relance de l'économie par la demande et d'un plus grand interventionnisme de l'État, notamment dans le domaine des investissements.

Sous sa présidence, à la fin des années 80, le Pérou avait été la proie d'une inflation galopante (14 000 %). Pour y remédier, il avait tenté d'étatiser le secteur bancaire et pratiqué un moratoire unilatéral du paiement de la dette extérieure.

Il affirme que son séjour en France et ses relations avec le président socialiste François Mitterrand l'ont rallié à l'économie de marché et au pragmatisme économique de la social-démocratie européenne.

Selon le quotidien néolibéral d'opposition El Correo, qui avait eu vent de la démission du chef de la diplomatie péruvienne lundi soir, son départ serait au contraire dû à la volonté du président Toledo, sous la pression de Washington, d'accentuer l'orientation libérale de son régime en maintenant à la tête du gouvernement le premier ministre Roberto Danino, avocat d'affaires pendant dix ans aux États-Unis, très introduit auprès des milieux économiques de ce pays et de l'administration républicaine.

Enfin, sa démission pourrait être liée à l'indemnisation de huit millions de dollars payée au propriétaire d'une chaîne de télévision, Baruch Ivcher, qui avait été dépossédé du contrôle de cette dernière sous la présidence de Fujimori, affirme le quotidien Expreso, proche de ce dernier. Cette indemnisation aurait été décidée par M. Toledo sans consultation de son gouvernement, explique le journal.