En RDC, des villes se mobilisent pour demander le départ du président

Depuis 2016, l’opposition réclame le départ de Kabila.
Photo: Phil Magakoe Agence France-Presse Depuis 2016, l’opposition réclame le départ de Kabila.

Joseph Kabila aurait dû quitter la présidence de la République démocratique du Congo en décembre 2016, mais, faute d’élections, il s’y accroche. De nouvelles manifestations se sont déroulées dans tout le pays pour demander son retrait.

« Kabila = dégage », brandit la foule. À l’appel de l’opposant Moïse Katumbi, contraint à l’exil à Bruxelles, la population s’est mobilisée lundi pour demander le départ du président Kabila.

La République démocratique du Congo (RDC) vit une situation exceptionnelle. Si, habituellement, les chefs d’État optent pour un changement constitutionnel pour briguer un troisième mandat, Joseph Kabila, lui, n’a même pas pris cette peine. Selon lui, l’instabilité du pays ne permet pas d’organiser le scrutin, qui aurait dû se tenir le 19 décembre dernier. Alors quoi de plus naturel que de rester au pouvoir sans avoir été réélu ?

Depuis ces élections manquées fin 2016, l’opposition et les associations réclament le retrait du président. L’Organisation des Nations unies aussi. Début juillet, son secrétaire général responsable de la RDC, Maman Sidikou, a invité toutes les parties « à redoubler d’efforts pour sortir de l’impasse persistante dans laquelle la RDC se trouve » et demandait à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) un calendrier pour l’organisation des élections. En vain. Le président de la CENI, Corneille Nangaa, répond que le secrétaire général de l’ONU « n’a ni qualité ni mandat pour demander à son institution de publier le calendrier électoral ». Il campe en outre sur les positions défendues par la majorité présidentielle. La tenue des élections avant la fin de l’année est, selon lui, illusoire au vu de la situation sécuritaire dans deux provinces du pays. L’opposition accuse, quant à elle, les autorités d’entretenir les flambées de violence aux Kasaï et aux Kivu pour refuser le processus électoral.

Plus de manifestations à venir

Pour exiger le respect des accords du 31 décembre 2016 qui imposaient la tenue d’une élection présidentielle au plus tard au bout d’un an, les manifestations ont donc repris. Organisées dans toutes les grandes villes du pays, elles ont été rapidement dispersées. La police, parfois soutenue par l’armée comme à Goma, à la frontière rwandaise, a multiplié les arrestations, plusieurs dizaines selon les associations. Des affrontements ont également eu lieu entre manifestants et forces armées dans cette ville, faisant huit blessés parmi les protestataires.

Noe Seko, militant du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), déplore une intervention systématique des forces de l’ordre : « Les manifestants devaient se rendre au bureau de la CENI pour y déposer un mémorandum, mais ils ont été contraints de renoncer. » Pourtant, précise l’activiste, les démarches ont été effectuées dans les règles pour notifier la tenue de ces manifestations. « Nous n’avons pas besoin d’autorisation, un simple signalement est suffisant pour organiser un rassemblement. Nous l’avons fait parvenir il y a deux jours aux autorités locales, comme la loi l’exige. » Le militant estime que la contestation dans la rue est « la seule voie pour mettre la pression sur le gouvernement en place et recouvrer l’état de droit ».

Les protestations devraient se multiplier d’ici l’ultimatum du 31 décembre 2017. D’autres manifestations nationales sont d’ores et déjà prévues les 8 et 9 août prochains.