Ouverture du mégaprocès de 500 putschistes présumés en Turquie

Mardi, 41 accusés ont été contraints de marcher depuis leur cellule jusqu’à une salle d’audience spécialement construite sur le site de la prison où ils sont détenus. Ils étaient menottés et escortés chacun par deux policiers paramilitaires.
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Mardi, 41 accusés ont été contraints de marcher depuis leur cellule jusqu’à une salle d’audience spécialement construite sur le site de la prison où ils sont détenus. Ils étaient menottés et escortés chacun par deux policiers paramilitaires.

Sincan — Le plus grand procès lié au coup d’État manqué du 15 juillet 2016 en Turquie, impliquant près de 500 suspects, s’est ouvert mardi sous haute sécurité près d’Ankara.

Ce procès se déroule dans une salle spécialement aménagée dans une prison à la lisière de la capitale turque. Les prévenus sont soupçonnés d’avoir orchestré le coup manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan depuis la base aérienne d’Akinci, au nord-ouest d’Ankara, présentée comme le centre de commandement des putschistes.

Il se déroule dans la prison de Sincan, où une immense salle pouvant accueillir plus de 1500 personnes a été construite spécialement pour la tenue de procès géants liés au putsch manqué.

Lorsque les suspects ont été escortés de la prison vers la salle d’audience, des manifestants les ont conspués et ont jeté des noeuds coulants et des bouteilles vides en leur direction. Des manifestants ont paradé en portant des uniformes rappelant ceux des détenus de la prison militaire américaine de Guantánamo à Cuba.

M. Erdogan s’était dit mi-juillet favorable à un uniforme unique « comme à Guantánamo » pour les présumés putschistes jugés, à la suite d’une polémique qui a éclaté après qu’un putschiste présumé s’est présenté à son procès avec un t-shirt portant l’inscription « héros » en anglais.

C’est depuis la base d’Akinci, affirment les autorités, que les ordres ont été donnés aux pilotes de l’armée de l’air qui ont bombardé le parlement et le palais présidentiel dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016.

Parmi les suspects qui sont jugés, 461 sont en détention, sept autres sont en fuite, alors que les autres comparaissent libres.

Le principal suspect jugé par contumace est le prédicateur auto-exilé aux États-Unis Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’être le cerveau du putsch, ce que l’intéressé dément catégoriquement.

Adil Oksuz, considéré commele chef opérationnel des putschistes, est lui aussi en fuite. Il avait pourtant été arrêté après le coup avant d’être libéré dans des conditions troubles sur ordre d’un juge.

L’ancien chef de l’armée de l’air Akin Ozturk figure lui aussi parmi les suspects déjà en détention.

Plusieurs chefs d’accusation ont été retenus contre les suspects, allant de la tentative d’assassinat de M. Erdogan à la violation de la Constitution.

En mai, un autre procès impliquant plus de 200 instigateurs présumés du putsch manqué s’y était ouvert sous haute sécurité, avec des manifestants rassemblés aux abords de la prison pour réclamer la peine de mort pour les accusés.

Un procès similaire pour quelque 330 suspects avait débuté en février dans la même salle d’audience.