Plus de 500 enfants d’une célèbre chorale allemande victimes d’abus

L’affaire porte notamment sur des maltraitances qui se seraient produites alors que le frère de l’ancien pape Benoît XVI, Georg Ratzinger (à gauche au premier plan), ainsi que le cardinal Gerhard Ludwig Müller (au centre) dirigeaient ce chœur de petits chanteurs, entre 1964 et 1994.
Photo: Agence France-Presse L’affaire porte notamment sur des maltraitances qui se seraient produites alors que le frère de l’ancien pape Benoît XVI, Georg Ratzinger (à gauche au premier plan), ainsi que le cardinal Gerhard Ludwig Müller (au centre) dirigeaient ce chœur de petits chanteurs, entre 1964 et 1994.

Au moins 547 enfants du choeur catholique de Ratisbonne ont été pendant des décennies victimes de sévices, dont des viols, selon un rapport publié mardi qui lève le voile sur l’un des pires scandales à frapper l’Église en Allemagne.

Cette affaire met aussi indirectement en cause le frère de l’ancien pape Benoît XVI et le cardinal Gerhard Ludwig Müller, le chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui vient tout juste d’être écarté par le pape François. Ces deux dignitaires religieux sont critiqués pour ne pas avoir suffisamment oeuvré à faire la lumière sur ce drame.

Des 547 garçons et jeunes adolescents de la chorale des « Moineaux de la cathédrale de Ratisbonne », quelque 500 ont subi des maltraitances physiques et 67 ont aussi subi des agressions sexuelles entre 1945 et 1992, a souligné l’avocat chargé par l’Église catholique de gérer ce dossier, Ulrich Weber.

Leur nombre pourrait en fait être bien supérieur et même dépasser les 700, a estimé M. Weber au cours de la présentation à Ratisbonne, dans le sud de l’Allemagne, du rapport final sur ce scandale qui a éclaté en 2010. En janvier 2016, il n’évoquait dans son rapport intermédiaire que 231 victimes.

« Nous avons tous fait des erreurs et nous avons beaucoup appris », a réagi dans un communiqué l’évêché de Ratisbonne, qui dit avoir depuis revu et adapté la pédagogie au sein du choeur.

« Un système perfide »

Les sévices allaient de la privation de nourriture aux agressions sexuelles, en passant par les coups. Certaines victimes avaient affirmé avoir été violées.

La plupart des cas sont toutefois prescrits, et les 49 auteurs présumés des violences dont il est question dans le rapport ne devraient donc pas être poursuivis.

Peu de détails les concernant sont donnés. Selon le rapport, la plupart enseignaient ou étaient éducateurs dans l’établissement à dominante musicale, qui comprenait, outre la chorale, une école maternelle, un collège et un lycée.

À leur tête, « dans de nombreux cas », le directeur de l’école maternelle et son adjoint aux différentes époques, souligne le rapport.

Des victimes ont décrit leur passage dans ce choeur millénaire et mondialement connu comme « une prison, un enfer et un camp de concentration », « le pire moment de leur vie, marqué par la peur, la violence et la détresse », a relevé M. Weber.

« La principale motivation pour la violence dans le choeur était la volonté de briser les élèves et de leur retirer leur personnalité », souligne le rapport, qui dénonce « un système perfide ».

Une première enquête bâclée

L’avocat s’en est pris à l’ancien évêque de Ratisbonne (2002-2012), le cardinal Gerhard Ludwig Müller, 69 ans, pour avoir bâclé une première enquête interne en 2010 et ne pas avoir été suffisamment dans le dialogue avec les victimes.

Ce prélat allemand a été soudainement évincé début juillet par le pape François de la direction de l’éminente Congrégation pour la doctrine de la foi.

Mgr Müller avait clairement affiché des désaccords avec le pape. Parallèlement, la Congrégation pour la doctrine de la foi avait été accusée plus tôt cette année de résister à la lutte contre les prêtres pédophiles.

L’intéressé a rejeté mardi les critiques à son encontre. Les « agressions ont été commises des décennies avant que je n’aie pris mes fonctions », s’est-il défendu auprès de l’agence de presse DPA, « la plupart des auteurs [de ces sévices] étaient déjà morts ».

Autre personnalité de premier plan de l’Église citée dans ce dossier, Mgr Georg Ratzinger, le frère de l’ancien pape Benoît XVI, qui a dirigé de 1964 à 1994 ce choeur de petits chanteurs. Pour l’avocat, il a « détourné le regard » et faitrégner une « culture du silence » au sein du choeur.

5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 juillet 2017 08 h 53

    Encore tabou


    Un non absolu à toute culture du silence et du secret en matière de pédophilie. Mais dans les faits, quand une chose est culturelle, cela peut prendre du temps à changer. En matière de lutte à la pédophilie, l'Église( catholique) n'en fait pas assez. Il me semble qu'il y a toujours une certaine aura de tabou sur le sujet. L'utilisation rapide du pardon peut être un expédient bien facile pour ne pas faire toute la lumière.

    M.L.

  • Claude Lamontagne - Abonné 18 juillet 2017 12 h 17

    À quand l'abolition du celibat pour les prêtres, évèques, religieux, religieuses, etc.?

    La répression de la sexualité humaine par l'obligation officielle du célibat n'est sûrement pas une solution adéquate au problème de l'épanouissement partagé de la personne humaine. La discipline personnelle en matière de sexualité devrait reposer sur une liberté responsable et une authenticité assumée et non contrefaite ou pire mensongère.

    La vie spirituelle et/ou religieuse ne peut pas reposer sur le mensonge personnel ou institutionnel.

    Il est temps de repenser à la place de la femme dans l'Église catholique, ainsi que dans sa hiérarchie et de laisser le libre choix en matière de célibat.

    Les vieux bonzes de la Curie romaine ont-ils suffisamment de maturité et de courage pour procéder aux nombreux changements qui s'imposent ? J'en doute...
    Ils m'apparaissent tout simplement enlisés dans un climat d'hypocrisie institutionnelle.

    François réussira-t-il à insuffler le sens du message évangélique à ses vieux bonzes ?

    • Robert Beauchamp - Abonné 19 juillet 2017 11 h 42

      Lee célibat n'est pas plus une garantie des bonnes moeurs. Que fait-on des pères de famille incestueux. La seule solution: tolérance zéro et accusation au criminel.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 juillet 2017 14 h 58

    Bref !

    « Nous avons tous fait des erreurs et nous avons beaucoup appris » (évêché de Ratisbonne)

    Possible, mais ce genre d’erreur, rappelant l’histoire de notre enfance (celle de Duplessis-Léger, A), ne devrait JAMAIS exister !

    Bref ! - 18 juillet 2017 –

    A : Relevant de l’Enfance de Duplessis-Léger (Décret 1198-2006), mon cœur chavire chaque fois que je lis ce genre de chronique. Ouf !

  • Colette Pagé - Inscrite 18 juillet 2017 18 h 55

    Tolérance zéro !

    L'on n'en fera jamais assez pour dénoncer et punir ces personnes en autorité la plupart du temps les hommes qui ont abusé sans reläche d'enfants dont ils avaient la surveillance et lqu'ils devaient protéger.

    Comment expliquer que durant 45 ans ces gestes ont pu être commis ? Il est raisonnable de penser que les autorités étaient par leur laxisme et leur silence complices de ces abus et qu'elles n'ont rien fait pour y mettre fin et sanctionner les prêtres. indignes.

    Se pourrait-il que par manque de courage de Mgr Ratzinguer ces sévices se sont poursuivis ?