Terrorisme et défense: une relation réduite à la coopération

Un soldat français patrouille près du musée du Louvre à Paris, en février 2017, 24 heures après qu'un assaillant brandissant des machettes en criant «Allahou Akbar!» y a été abattu par les autorités.
Photo: Kamil Zihnioglu Associated Press Un soldat français patrouille près du musée du Louvre à Paris, en février 2017, 24 heures après qu'un assaillant brandissant des machettes en criant «Allahou Akbar!» y a été abattu par les autorités.

Outre leur programme touristique, Donald Trump et Emmanuel Macron se sont rencontrés pour un face-à-face jeudi après-midi. L’occasion d’aborder, entre autres, les questions de lutte contre le terrorisme et de défense, qui sont plus ou moins les seuls points de convergence entre les deux chefs d’État, comme l’explique Alexandra de Hoop Scheffer, directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States et spécialiste de la politique américaine et des relations transatlantiques.

Où en est l’entente entre la France et les États-Unis sur les questions de défense ?

On peut vraiment parler d’une relation spéciale, même plus qu’entre les États-Unis et le Royaume-Uni, notamment dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. La France y a pris le leadership, en s’appuyant sur des capacités américaines en termes de ravitaillement et de renseignement. Dans ce cas de coopération de défense, on a un schéma de partage du fardeau, le fameux « burden sharing » réclamé par Washington. C’est un parfait exemple de ce que les Américains attendent de leur partenaire européen. Ce lien a vraiment été consolidé autour de deux personnalités : l’ancien secrétaire à la Défense de Barack Obama, Ashton Carter, et son homologue français d’alors Jean-Yves Le Drian, qui ont entretenu une relation personnelle très spéciale et une coopération très soutenue. La relation avec les généraux américains est, pour les Français, un avantage : des gens comme James Mattis ou H. R. McMaster comprennent parfaitement la contribution française en matière de contre-terrorisme. Le fait qu’ils occupent des postes élevés à la Maison-Blanche est un grand atout pour cette relation bilatérale. Il y a néanmoins des désaccords, notamment autour de la création de la force conjointe du G5 Sahel, à laquelle Trump n’a pas souhaité contribuer financièrement.

Macron et Merkel ont discuté d’une potentielle Europe de la défense, jeudi matin, lors du sommet franco-allemand à Paris. Quelle est la position de Trump sur le sujet ?

La Maison-Blanche ne sera ni une aide ni un obstacle : sa position est assez neutre. Je reviens de Washington, et ni la présidence ni le Pentagone n’adhèrent au concept, qui est d’ailleurs français, d’autonomie stratégique, c’est-à-dire l’idée que la défense européenne doit pouvoir agir de manière autonome. De notre côté se pose la question des moyens de garder les États-Unis impliqués au sein de l’OTAN et sur les questions de sécurité européenne, tout en développant nos propres capacités de défense. Il y a encore beaucoup de désaccords, de visions très différentes entre les pays européens sur ce que devrait être l’Europe de la défense, en raison des diverses cultures stratégiques, et en premier lieu entre la France et l’Allemagne, qui n’ont pas la même hiérarchisation des priorités. Pour la France, c’est avant tout le contre-terrorisme, les opérations de défense en Afrique. Pour les Allemands, c’est plutôt la défense collective avec l’OTAN comme véhicule prioritaire, et la dissuasion en Europe de l’Est face à la menace russe.

Trump voit les questions de défense et de sécurité en Europe à travers un prisme extrêmement étroit. Il aborde toutes ces questions au regard du fameux chiffre des 2 % du PIB.


 

La décision du gouvernement français de couper largement le budget de la Défense va-t-elle gêner la Maison-Blanche ?

Les négociations autour du budget français tombent mal par rapport à la visite de Donald Trump. On sait maintenant que le budget des Armées va subir des coupes très importantes : 850 millions d’euros, voire 1 milliard. Trump voit les questions de défense et de sécurité en Europe à travers un prisme extrêmement étroit. Il aborde toutes ces questions au regard du fameux chiffre des 2 % du PIB [que les pays membres de l’OTAN se sont engagés à investir dans les dépenses militaires, NDLR]. Pour Washington, les coupes prévues par le gouvernement risquent de poser problème. Emmanuel Macron prend une position différente de son prédécesseur, François Hollande. Ce dernier voulait faire primer le pacte de sécurité sur celui de stabilité. Macron a, lui, décidé de donner la priorité au pacte de stabilité : les 3 % de déficit public fixés par l’Union européenne.

Les questions de défense semblent être le seul point d’entente entre les deux pays…

C’est un problème. La relation bilatérale franco-américaine est réduite à la simple coopération en matière de terrorisme et de défense. On ne peut pas isoler le terrorisme de tous les autres champs de coopération. Je pense que l’idée de Macron, en rencontrant Trump, est de montrer l’interdépendance entre le changement climatique, la défense, les questions migratoires et la non-prolifération nucléaire. La France et les États-Unis doivent trouver d’autres champs de coopération que la lutte contre le terrorisme, parce que si, dans ce domaine, les choses ne fonctionnent pas aussi bien qu’on pourrait le penser, on risque une situation de rupture.