L’opposition a entamé sa «longue marche»

Les marcheurs protestent contre l’incarcération d’Enis Berberoglu, du Parti républicain du peuple. 
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Les marcheurs protestent contre l’incarcération d’Enis Berberoglu, du Parti républicain du peuple. 

Des milliers de personnes ont entamé jeudi à Ankara, à l’appel de la principale formation d’opposition, une longue marche qui doit les mener jusqu’à Istanbul, distante de 450 km, pour appeler à plus de justice au lendemain de l’incarcération d’un de ses députés.

Enis Berberoglu, du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), a été condamné mercredi à 25 ans de prison pour avoir fourni au quotidien d’opposition Cumhuriyet des informations confidentielles.

C’est la première fois qu’un député du CHP, parti fondé par le père de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, est écroué depuis la levée de l’immunité parlementaire en mai 2016 de tous les députés faisant l’objet de poursuites judiciaires.

Le CHP, deuxième formation au Parlement, s’est immédiatement soulevé contre cette décision, plusieurs députés la qualifiant de politique.

En signe de protestation, le dirigeant du parti, Kemal Kiliçdaroglu, a décidé de parcourir à pied les quelque 450 km qui séparent Ankara d’Istanbul, où le député est incarcéré.

« S’il y a un prix à payer, je le paierai en premier, a déclaré M. Kiliçdaroglu avant de partir jeudi matin. Je vais marcher jusqu’à Istanbul. Et nous poursuivrons notre marche jusqu’à ce qu’il y ait de la justice en Turquie. »

Il a également appelé tous ceux qui veulent défendre la justice à le soutenir. Les images le montraient marchant, chemise blanche et pantalon noir, tenant une pancarte avec le mot « justice » inscrit en lettres rouges.

Plusieurs milliers de personnes ont marché à ses côtés sous haute sécurité au départ d’Ankara.

« Ne restez pas silencieux. Si vous êtes silencieux, votre tour viendra », scandaient-ils, ainsi que « Côte à côte contre le fascisme ».

Des affrontements ont éclaté en milieu de journée avec des opposants au CHP, sans que cela ne dégénère.

« Nous sommes venus pour la justice », a déclaré à l’AFP Funda Sakalioglu, une manifestante, qui a qualifié la marche de « mise en garde ». « Nous sommes face à une dictature. »

Des manifestations de soutien ont été organisées dans plusieurs villes du pays, ont rapporté les médias locaux.

Enis Berberoglu est accusé d’avoir fourni au quotidien d’opposition Cumhuriyet une vidéo affirmant montrer l’interception, en janvier 2014 à la frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes en Syrie.

Cette affaire avait fait scandale et provoqué la fureur du président Recep Tayyip Erdogan, qui avait promis au rédacteur en chef de Cumhuriyet de l’époque, Can Dündar, qu’il en « paierait le prix ».

Ce journaliste, exilé en Allemagne, a été condamné l’année dernière à cinq ans et dix mois d’emprisonnement dans cette affaire.


Coup d’État raté : 23 condamnations à perpétuité

Un tribunal d’Ankara a prononcé jeudi 23 peines de prison à perpétuité dans le cadre du premier verdict prononcé dans la capitale relativement au putsch manqué du 15 juillet. Les 23 personnes ont été condamnées pour tentative de renversement de l’ordre constitutionnel et privation de liberté d’un individu. Près de 250 personnes ont été tuées la nuit du 15 au 16 juillet, sans compter les putschistes présumés, et des milliers de personnes ont été blessées. Les procédures judiciaires lancées après le putsch avorté sont d’une ampleur sans précédent en Turquie. Près de 50 000 personnes ont été arrêtées lors de purges engagées après le 15 juillet.