Un référendum sur l’indépendance de la Catalogne en octobre

Photo: Josep Lago Archives Agence France-Presse

Barcelone — Le président indépendantiste de la Catalogne a annoncé vendredi la tenue d’un référendum d’autodétermination dans sa région le 1er octobre en dépit de son interdiction par la justice, au risque d’entraîner une crise majeure en Espagne.

Dans un discours solennel en catalan prononcé à Barcelone, Carles Puigdemont a revendiqué « le droit légitime à l’autodétermination d’une nation millénaire comme la Catalogne ».

Puis, il a annoncé qu’« un référendum sera célébré le dimanche 1er octobre, avec la question : “Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous forme de République ?” ».

«La réponse que donneront nos concitoyens, oui ou non, sera un mandat que le gouvernement s’engage à appliquer », a-t-il ajouté.

Les dirigeants séparatistes catalans réclament depuis 2012 un référendum d’autodétermination en bonne et due forme pour leur région du nord-est de l’Espagne aux 7,5 millions d’habitants, comme celui accordé en 2014 par Londres à l’Écosse.

En cas de victoire du « oui », ils sont résolus à amorcer immédiatement la « déconnexion » de l’Espagne.

La réponse que donneront nos concitoyens, oui ou non, sera un mandat que le gouvernement s’engage à appliquer

 

M. Puigdemont n’a cependant pas encore signé le décret de convocation de cette consultation déjà déclarée anticonstitutionnelle. Sa tenue mettrait en délicatesse avec la loi toutes les personnes qui participeraient à son organisation.

Et au sein même du camp des partisans d’un référendum, certains ne souhaitent pas un tel affrontement avec l’État.

Affrontement

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy a toujours assuré qu’un tel référendum n’aurait pas lieu, la Constitution ne permettant pas de consulter le peuple sur une seule portion du territoire quand il s’agit d’un enjeu national.

« Tant que je serai président du gouvernement, cela ne se produira pas », avait réaffirmé le 27 mai en Catalogne M. Rajoy.

Le gouvernement peut l’empêcher par l’intermédiaire de la Cour constitutionnelle — qui peut notamment suspendre M. Puigdemont pour désobéissance — ou directement en préemptant les compétences des autorités régionales.

Les séparatistes « savent parfaitement qu’il n’y aura pas de référendum illégal », a aussi déclaré vendredi Albert Rivera, dirigeant du parti libéral Ciudadanos, fondé en 2006 à Barcelone justement pour s’opposer au « nationalisme catalan ».

Il les a appelés à mettre « fin à ce cauchemar et à cette division interne » et à organiser de nouvelles élections régionales.

Selon le dernier sondage d’un institut gouvernemental catalan, 44,3 % des Catalans sont pour l’indépendance, 48,5 % contre. Mais une grande majorité — 73,6 % — veut pouvoir se prononcer par référendum.

Cette consultation est défendue au-delà de la sphère indépendantiste par des organisations comme le nouveau parti de gauche Catalunya en Comú de la maire de Barcelone, Ada Colau, des syndicats, des chefs d’entreprise ou encore le FC Barcelone.

4 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 9 juin 2017 10 h 42

    La loi régionale est l'inconnue.

    Telle que présentée, la démarche me semble être déployée pour confronter le gouvernement espagnol, aussi la loi régionale à venir me semble l'élément clé.

    Sans elle, cette démarche pourrait être suivi, en cas de contestation juridique du gouvernement espagnol et de l'emprisonnement éventuel des promoteurs, d'un retrait du référendum suivi d'une élection décisive.

    Ça me semble la seule façon de répondre à une des exigences du parti Catalunya en Comu sur les garanties démocratiques, l'élection relevant du gouvernement catalan même si celle-ci porte sur le retrait de l'Espagne et la création d'un pays indépendant.

    Par contre, l'autre exigence de Catalunya en Comu, qui est la reconnaissance internationale, ne peut prendre effet qu'après l'élection si le mandat recherché est l'autodétermination externe, ce qui n'empêchera pas certains pays de s'engager à reconnaître une déclaration d'indépendance, ce qui n'équivaut pas à une reconnaissance internationale.

    Dès lors, en faire un préalable pour la tenue d'un référendum ou lors d'une élection décisionnelle est méconnaître la façon de procéder en pareils cas. Seules les ex-colonies peuvent obtenir une telle reconnaissance préalable.

    Par contre, s'il s'agit d'autodétermination interne, la question de la reconniassance internationale ne se pose pas, car elle relève du gouvernement espagnol.

    Il m'apparaît que la loi régionale devrait préciser ces points en écho au droit international.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 juin 2017 13 h 08

      @ CB Vous allez certainement me prendre pour une ignare mais...

      Je souhaite de tout coeur que les Catalans auront le front et le courage de passer outre à tous ces: par contre, ces dès lors et autres empêchements de tourner en rond, et ce, même si vous avez raison juridiquement.

      On verra alors que la légitimité d'un peuple se mesure à sa volonté et non à celle des pourfendeurs ou atermoyeurs.

      Longue vie à la République... de la Catalogne indépendante.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juin 2017 18 h 47

      Madame Sévigny, l'article comprend deux bémols : une loi régionale à être votée au contenu inconnu et des exigences du parti Catalunya en Comu qui prône le recours au référendum mais exigerait des garanties démocratiques, qu'entend refuser le gouvernement espagnol, et une reconnaissance internationale concernant le vote, ce qui ne peut être obtenue que si le gouvernement espagnol y consent.

      Mon commentaire concerne principalement les exigences, car le projet de loi est inconnu.

      Dans le contexte actuel, ce parti, qui appuie la tenue d'un référendum, dit qu'il revient à l'autorité espagnole d'assurer ces conditions, ce que cette autorité refuse de faire.

      Aussi m'apparaît-il qu'une élection décisionnelle, genre plébiscite, soit appropriée si le référendum est miné par le gouvernement espagnol. Une telle élection, le président Carles Puigdemont peut y recourir à moins qu'il ait entre les mains un projet de loi des plus étanches pour rendre le référendum exempt d'une intervention le rendant illégal de la part du gouvernement espagnol.

      L'important, comme vous le signalez est que le processus soit légitimé afin que le peuple catalan puisse prendre la décision qui lui revient de prendre.

  • Pierre Robineault - Abonné 9 juin 2017 11 h 14

    Étonnant

    Il est étonnant de constater que Trudeau n'ait pas plutôt nommé Stéphane Dion ambassadeur en Espagne au cas où le oui l'emporterait en Catalogne!