Chercher un terrain d’entente sur les Kurdes et Gülen

Le président turc sera de passage à Washington mardi.
Photo: Thomas Peter Pool Agence France-Presse Le président turc sera de passage à Washington mardi.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan doit rencontrer pour la première fois mardi à Washington son homologue américain Donald Trump, qu’il espère rallier à sa cause sur plusieurs dossiers pour relancer des relations tendues depuis des mois.

Les rapports entre la Turquie et les États-Unis ont viré à l’orage à la fin de la présidence de Barack Obama, les deux pays s’opposant sur plusieurs dossiers, dont ceux concernant les milices kurdes syriennes YPG ou l’extradition du prédicateur Fethullah Gülen.

Les analystes préviennent qu’il sera difficile pour M. Erdogan de parvenir à faire bouger M. Trump sur ces questions, ouvrant la perspective d’un hiver prolongé dans les relations entre les États-Unis et la Turquie, deuxième armée en effectifs de l’OTAN.

Le déplacement de M. Erdogan survient à un moment délicat, une semaine à peine après l’annonce par les États-Unis qu’ils livreraient des armes aux YPG qui combattent les djihadistes, ces mêmes milices kurdes qu’Ankara considère comme des « terroristes ».

Cette nouvelle, ainsi que le moment de son annonce, a sonné Ankara, où l’élection de M. Trump avait fait naître l’espoir d’une « nouvelle page » dans les rapports entre les deux pays, basés sur une relation personnelle forte entre deux dirigeants adeptes d’un style politique viril.

Mais s’ils ont condamné l’annonce de la fourniture d’armes aux milices kurdes, les dirigeants turcs semblent avoir retenu leurs coups contre M. Trump. Comme s’ils gardaient l’espoir de le rallier à leur cause.

Mais l’avenir des relations entre Ankara et Washington reste également suspendu à d’autres dossiers épineux, comme la demande d’extradition du prédicateur Fethullah Gülen, qui vit en exil aux États-Unis et est accusé par le pouvoir turc d’avoir ourdi la tentative de putsch de juillet.

À cela s’ajoutent les arrestations aux États-Unis de l’homme d’affaires turco-iranien Reza Zarrab et d’un cadre de la banque Halkbank, Mehmet Hakan Atilla, soupçonnés d’avoir enfreint les sanctions imposées à l’Iran.

« J’ai bien peur que l’entretien [entre MM. Erdogan et Trump] ne se transforme en énoncé de doléances, des YPG à Reza Zarrab, en passant par Halkbank », dit à l’AFP Aaron Stein, chercheur au centre de réflexion Atlantic Council.

Humiliation pour Ankara, l’annonce de l’envoi d’armes aux YPG est survenue alors que les chefs de l’armée et du renseignement turcs, ainsi que le porte-parole du président turc, étaient à Washington pour préparer le déplacement de M. Erdogan.

Les États-Unis soutiennent les YPG qu’ils considèrent comme la force la plus apte à affronter au sol le groupe État islamique (EI) et à chasser les djihadistes de leur bastion syrien de Raqa.

Mais pour la Turquie, les YPG ne sont que l’extension en Syrie des séparatistes kurdes de Turquie (PKK), qui livrent depuis 1984 une sanglante guerre à l’État turc. Le PKK est classé « organisation terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux.

M. Erdogan a exhorté le gouvernement américain à revenir « sans délai » sur son « erreur », et a déclaré qu’il aborderait la question avec M. Trump lors de son déplacement.

Au point mort

« Erdogan a mis en jeu beaucoup de sa crédibilité en faisant la cour à M. Trump », souligne M. Stein. « Je m’attends à ce qu’Erdogan tente de dissuader Trump, mais il doit bien être conscient lui aussi que cela ne marchera pas », ajoute-t-il.

En raison des tensions qui se sont renforcées sous la présidence Obama, la Turquie et les États-Unis n’ont pas réussi à insuffler de l’énergie dans leurs relations commerciales. Et l’anti-américanisme a atteint des sommets en Turquie, où la presse progouvernementale publie régulièrement des théories du complot impliquant Washington.

En parallèle de la dégradation de ces relations, la Turquie s’est rapprochée de la Russie, avec laquelle elle coopère désormais étroitement sur le dossier syrien, parrainant par exemple un accord de cessez-le-feu fin décembre.

Autrefois « exemplaire », le partenariat entre la Turquie et les États-Unis est devenu « dysfonctionnel, produisant des résultats insatisfaisants pour les deux parties », résument dans une étude Kemal Kirisci, du centre d’analyses Brookings Institution, et Asli Aydintasbas, experte au Conseil européen des relations internationales.