Le groupe État islamique tire profit de la maladie mentale

Selon des experts, le cas du tueur de la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet, par exemple, relève davantage de la névrose, de la maladie mentale ou de la fuite en avant mortifère que du véritable terrorisme islamiste.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse Selon des experts, le cas du tueur de la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet, par exemple, relève davantage de la névrose, de la maladie mentale ou de la fuite en avant mortifère que du véritable terrorisme islamiste.

La propagande du groupe État islamique (EI) peut pousser des déséquilibrés ou malades mentaux à passer à l’action violente au nom du djihad, parce qu’ils y trouvent une justification à leurs actes, expliquent des experts.

Le cas de l’assassin du policier français Xavier Jugelé, abattu sur les Champs-Élysées à Paris le 20 avril, ou celui du tueur de la promenade des Anglais à Nice (sud) le 14 juillet, par exemple, relèvent davantage de la névrose, de la maladie mentale ou de la fuite en avant mortifère que du véritable terrorisme islamiste, ajoutent-ils.

« C’est ce que j’appelle le djihadisme métaphorique », explique à l’AFP Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). « Quelqu’un qui a une vie de délinquant, qui en a marre de vivre, qui a une obsession. Ça peut être contre la police, comme le tueur des Champs-Élysées. »

« Il voulait surtout s’en prendre à des policiers. S’il l’avait fait sans se réclamer de Daech [acronyme arabe du groupe EI], ça aurait été un fait divers dramatique, mais un fait divers. Glisser un papier avec écrit Daech dans sa poche lui a donné une visibilité qu’il n’aurait jamais eue autrement », ajoute-t-il.

Sociétés aveugles

En mai 2016, un Allemand de 27 ans avait agressé quatre personnes à coups de couteau près de Munich, en tuant une, aux cris de « Allah akbar ! ». Après interrogatoire, les autorités n’ont pas établi de motivation djihadiste et assuré qu’il s’agissait d’un « déséquilibré ».

« J’ai dit plusieurs fois que le massacre de Nice, par exemple, ne relevait pas du djihadisme, que son auteur avait des problèmes mentaux énormes, mais personne ne vous écoute. Il y a des moments où les sociétés sont aveuglées. Et elles font du coup le jeu de Daech. C’est un jeu de dupes que tout le monde joue, en toute sincérité », poursuit-il.

De chaotique à totalitaire

Pour l’expert-psychiatre Daniel Zagury, « nombreux sont ceux qui ont un passé délinquant, une personnalité mal structurée, des antécédents de toxicomanie, un parcours instable ou chaotique et une inculture religieuse, dans une première vie. Dans une seconde vie, ils apaisent leurs déchirements et sortent de l’errance en se moulant dans un système totalitaire qui annihile toute pensée autonome, mais qui donne un sens à leur présent et à leur mort à venir ».

« Au maximum, la recherche du martyr donne au dernier moment un alibi et un habillage pseudo-religieux à leur fuite en avant mortifère », précise à l’AFP Daniel Zagury, qui a expertisé plusieurs djihadistes lors de leurs procès. « Daech a déversé sur le monde des modèles d’inconduite dont peut se saisir toute une gamme très diversifiée de personnalités fragiles. Mais parmi eux, les malades mentaux vraiment irresponsables sont très minoritaires. »

Farhad Khosrokhavar évoqueégalement le cas d’Andreas Lubitz, le pilote qui a précipité son avion de la Germanwings contre une montagne des Alpes françaises dans une pulsion suicidaire, tuant 149 personnes. « Imaginez ce que cela aurait été s’il s’était converti à l’islam et s’était réclamé de Daech dans un testament : sa visibilité aurait été encore plus importante », dit-il.

Tirer profit

Le psychologue universitaire Patrick Amoyel, qui travaille sur les phénomènes de radicalisation, souligne que le groupe EI a compris le profit qu’il pouvait tirer de ses appels incessants au passage à l’action contre « les mécréants ».

« Ils savent que plus ils occupent l’espace médiatique, plus ils vont avoir d’écho soit dans des populations radicalisables soit dans des populations psychopathiques, confiait-il récemment à l’AFP. Ils représentent l’anti-société, l’anti-Occident : cela peut canaliser une radicalité sociale sans passer forcément par une radicalisation politique et religieuse. »

« Il y a ceux qui savent ce qu’ils font, qui font ça en toute connaissance de cause, et ce sont de vrais terroristes qui posent des actes rationnels », dit-il, « mais il y a aussi des gens qui ont des psychopathologies de passage à l’acte : les consignes de Daech peuvent les pousser à passer à l’action ».

1 commentaire
  • Martin Dumas - Inscrit 29 avril 2017 08 h 04

    Voici

    Voici un article qui gagnerait à être lu par tous les journalistes (et correspondants éclairés) du journal