L’Europe s’inquiète de l’utilisation abusive d’Interpol par des régimes autoritaires

La dernière assemblée générale d'Interpol s'est tenue en Indonésie, en novembre dernier.
Photo: Firdia Lisnawati Associated Press La dernière assemblée générale d'Interpol s'est tenue en Indonésie, en novembre dernier.

Strasbourg — Les parlementaires du Conseil de l’Europe ont dénoncé mercredi la tendance croissante de certains États autoritaires à abuser d’Interpol, l’organisation internationale de coopération policière, pour traquer des opposants politiques réfugiés à l’étranger.

Le problème provient des « notices rouges » par lesquelles Interpol informe ses 190 États membres, à la demande de l’un d’entre eux, qu’un mandat d’arrêt a été délivré contre un individu, ont expliqué les élus de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’EUrope (APCE) dans un rapport et une résolution adoptés à Strasbourg.

Le nombre de ces « notices rouges » a été multiplié par plus de 5 en une décennie : on en comptait 12787 en 2016, contre 2343 en 2005.

Des buts politiques

Du fait de ces documents, des individus peuvent être interpellés lorsqu’ils voyagent à l’étranger et renvoyés vers le pays qui les pourchasse pour des motifs politiques, ont déploré les parlementaires.

« Ces dernières années, dans un certain nombre de cas, Interpol et son système de notices rouges ont été abusivement détournés par certains États membres à des fins politiques en vue de réprimer la liberté d’expression ou de persécuter des opposants politiques à l’étranger », ont-ils expliqué.

Parmi les « victimes » de ces abus, le rapport examiné par l’assemblée cite le cas de l’oligarque déchu et opposant kazakh Moukhtar Abliazov, qui était venu assister mercredi à Strasbourg aux débats. « À cause d’un abus de notice rouge, j’ai passé à tort trois ans et demi en prison en France », a-t-il dit à l’AFP. En décembre dernier, M. Abliazov a finalement été remis en liberté, le Conseil d’État ayant reconnu que la notice émise contre lui par Moscou poursuivait un « but politique ».

Le rapport cite encore, parmi beaucoup d’autres, le cas de l’Iranien Mehdi Khosravi, arrêté en Italie en août 2016 sur la base d’une notice rouge émise par Téhéran, alors même qu’il avait obtenu l’asile politique au Royaume-Uni.

Améliorer les recours

Dans leur résolution, les parlementaires européens se sont félicités qu’Interpol ait récemment adopté des mesures pour améliorer ses procédures, notamment pour mieux vérifier la pertinence des notices rouges avant leur diffusion. Mais ils ont estimé que l’organisation policière internationale devait aller plus loin, notamment en renforçant les mécanismes de recours qui permettent aux personnes visées de faire annuler une notice rouge.

Il conviendrait également, ont-ils suggéré, de facturer aux États qui abusent du système les frais induits par la nécessaire vérification préalable des notices qu’ils émettent.

Le dissident chinois Wei Jingsheng a récemment fait part de ses inquiétudes quant à de tels abus, surtout depuis qu’un responsable chinois, le vice-ministre de la sécurité publique Meng Hongwei, a été élu en novembre à la tête d’Interpol.