Référendum turc: l’opposition crie à la fraude, Bruxelles veut une enquête

<p>Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège du Haut-Conseil électoral (YSK) pour faire signer une pétition réclamant l’annulation du scrutin.</p>
Photo: Bulent Kilic Agence France-Presse

Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège du Haut-Conseil électoral (YSK) pour faire signer une pétition réclamant l’annulation du scrutin.

Le principal parti d’opposition en Turquie a officiellement demandé mardi l’annulation du référendum sur l’élargissement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan, dont le gouvernement a rejeté un appel de Bruxelles à enquêter sur des « irrégularités présumées ».

Les soupçons de fraude émis par l’opposition sont nés d’une décision de dernière minute par le Haut-Conseil électoral (YSK) de considérer comme valides les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales.

Le principal parti d’opposition, le CHP, et la formation prokurde, le HDP, affirment que cette décision de l’YSK pourrait avoir favorisé la victoire du camp du « oui » qui a remporté le scrutin d’une courte tête avec 51,4 % des voix, selon un comptage provisoire des médias.

« La volonté nationale a été volée », a déclaré Bülent Tezcan, vice-président du CHP.

Si le président américain Donald Trump a téléphoné lundi à M. Erdogan pour le féliciter, comme l’a fait le lendemain son homologue russe Vladimir Poutine, l’Union européenne a appelé Ankara à une « enquête transparente sur les irrégularités présumées qui ont été constatées par les observateurs » internationaux.

La Turquie a fermement rejeté cet appel : « Une telle déclaration spéculative de la part d’un porte-parole ne peut être acceptée », a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik, pour qui l’UE se doit de respecter « les processus démocratiques ».

M. Erdogan a en outre répété lundi qu’il promulguerait le rétablissement de la peine de mort si le Parlement votait en ce sens, se disant prêt à convoquer une autre consultation populaire sur la question.

Une telle mesure sonnerait le glas du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE.

Une mission commune d’observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l’Europe a estimé lundi que le scrutin n’avait pas été « à la hauteur des critères » européens et souligné que la campagne s’était déroulée dans des conditions inéquitables favorisant le camp du « oui ».

« La volonté de la nation s’est [exprimée] librement dans les urnes, cette affaire est terminée », a affirmé mardi le premier ministre turc, Binali Yildirim.

Le gouvernement turc a par ailleurs décidé lundi soir d’à nouveau prolonger de trois mois l’état d’urgence en vigueur depuis le putsch avorté de juillet, une mesure approuvée mardi par le Parlement.