Cri d'alarme de l'ONU: la famine menace plus de 20 millions de personnes

20 millions d’habitants dans quatre pays sont menacés par la malnutrition et la famine.
Photo: Eduardo Soteras Agence France-Presse 20 millions d’habitants dans quatre pays sont menacés par la malnutrition et la famine.
Les Nations Unies ont averti que la planète était confrontée à la « pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », avec un risque de malnutrition et de famine pour 20 millions d’habitants de trois pays d’Afrique et au Yémen.

Somalie, Soudan du Sud, Nigeria et Yémen, tous en proie à des conflits armés, sont les pays cités dans la déclaration faite vendredi devant le Conseil de sécurité par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien.

Le responsable qui s’est rendu au début du mois au Yémen, au Soudan du Sud et en Somalie a lancé vendredi soir un appel à la mobilisation urgente, réclamant 4,4 milliards de dollars à la communauté internationale d’ici juillet pour « éviter une catastrophe. »

« Les Nations Unies lancent un avertissement, le monde fait face à sa pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 20 millions de gens confrontés à la faim et à la famine dans quatre pays », a-t-il déclaré.

Sans des efforts collectifs et coordonnés à l’échelle mondiale, des gens vont tout simplement mourir de faim. Beaucoup d’autres vont souffrir et mourir de maladie.


« Sinon, on peut prédire que beaucoup de gens vont mourir de faim, perdre leurs moyens de subsistance et voir annulés les acquis politiques durement gagnés au cours des dernières années », a ajouté M. O’Brien.

« Sans des efforts collectifs et coordonnés à l’échelle mondiale, des gens vont tout simplement mourir de faim. Beaucoup d’autres vont souffrir et mourir de maladie. Des enfants vont être retardés [dans leur développement] et manqueront l’école. Des moyens d’existence, des avenirs et des espoirs seront perdus », a averti le secrétaire général adjoint.

Le Yémen particulièrement touché
Le Yémen, a-t-il souligné, est actuellement le théâtre de la « pire crise humanitaire au monde ».  Deux tiers de sa population – 18,8 millions de personnes – ont besoin d’assistance et plus de sept millions « ignorent d’où proviendra leur prochain repas », a-t-il dit en faisant état de déplacements massifs de populations, déracinées par les combats entre forces gouvernementales et houthistes. 

Le conflit a déjà fait plus de 7400 morts et 40 000 blessés depuis mars 2015, selon l’ONU.

De récents accords entre les belligérants ont permis l’acheminement d’une aide alimentaire à 4,9 millions de personnes le mois dernier. « Pourtant, toutes les parties au conflit refusent arbitrairement un accès durable aux humanitaires et instrumentalisent l’aide à des fins politiques », a déclaré M. O’Brien.

Il a estimé que 2,1 milliards de dollars étaient nécessaires pour aider 12 millions de gens et annoncé qu’une conférence au niveau ministériel aurait lieu le 25 avril à Genève en présence du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour lever des fonds.

Le Soudan du Sud ravagé par la guerre civile
Au Soudan du Sud, M. O’Brien a dit avoir trouvé « la situation pire que jamais », en raison de la guerre civile qui ravage le pays depuis décembre 2013. Les parties du conflit sont responsables de la famine, a-t-il accusé.

Plus de 7,5 millions de personnes ont besoin d’aide, soit 1,4 million de plus que l’an dernier, dans ce pays qui compte 3,4 millions de déplacés.

En Somalie, c’est plus de la moitié de la population — 6,2 millions d’habitants — qui a besoin d’aide et de protection, dont 2,9 millions menacés par la famine.

Près d’un million d’enfants de moins de 5 ans souffriront cette année de grave malnutrition, a-t-il dit, dans ce pays plongé depuis près de trois décennies dans le chaos et la violence entretenus par des milices claniques, des gangs criminels et l’insurrection des islamistes shebab.

« Ce que j’ai vu et entendu lors de ma visite en Somalie était bouleversant — des femmes et enfants marchent des semaines à la recherche de nourriture et d’eau ».

« Ils ont perdu leur bétail, les sources d’eau potable se sont asséchées et ils ne leur reste plus rien pour vivre », a-t-il noté, ajoutant qu’on assistait à un vaste mouvement de population vers les centres urbains.

Enfin, dans le nord-est du Nigeria, théâtre de l’insurrection des islamistes de Boko Haram depuis 2009, frappé par le changement climatique et victime de la mauvaise gouvernance, plus de 10 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, dont 7,1 millions sont « confrontées à une grave précarité alimentaire », a dit M. O’Brien.

Lors de la Conférence d’Oslo sur le Nigeria et le bassin du lac Tchad le mois dernier, des contributions à hauteur de 672 millions de dollars ont été annoncées, en deçà de l’appel, fixé à 1,5 milliard de dollars.
 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 11 mars 2017 21 h 14

    Cercle vicieux.

    La misère engendre la guerre et la guerre nourrit la misère.

    De 1967 à 1971, au temps de Pierre Trudeau, j'ai été coopérant de l'ACDI au Cameroun.Sachant que mon enseignement du français aurait très peu d'impact sur le sort de mes étudiants,j'ai fondé une coopérative et avec ces garçons de 15 ans nous avons construit un poulailler, acheté des poussins, élevé des poules et produit des oeufs.

    J'ai aussi rédigé un mémoire que j'ai remis à l'embassadeur du Canada à Yaoundé pour lui expliquer que mes étudiants avaient besoin et d'outils et d'apprendre à s'en servir pour tirer leur subsistence de leur environnement.Le seul outil que possédaient les familles de mon quartier, c'était la machette.Fils d'un fermier bûcheron, je savais que tout développement commence par les outils.

    Quarante ans plus tard, j'ai adopté un village de femmes, d'enfants et de vieillards, au Sénégal.J'y ai trouvé la même situation qu'au Cameroun, quarante ans plus tôt.

    Les hommes de ce village ont appris le français à l'école catholique des missionnaires français (es) Plusieurs sont partis en Europe, certains se sont noyés et je ne sais pas combien ont rejoint l'EI...

    Avec le groupement féminin (50 femmes très courageuses) le village sort lentement de la misère.Il nous a fallu trois ans pour creuser un puits de deux cents pieds de profondeur et installer un pompage solaire.

    Présentement, les femmes cultivent des légumes sur un sol pauvre au rendement médiocre.L'an dernier, les femmes ont eu l'idée d'élever des poulets pour la chair. J'ai ouvert mon porte-monnaie. Elles ont construit un poulailler et font 4 000 poulets par année. Elles ont ainsi de l'engrais pour fertiliser leur maraîchage et elles ont décidé d'agrandir leur élevage de poulets.Je vais les aider à nouveau et si ça vous tente, allez-y.

    Ma théorie est simple; il faut les aider chez eux. Si on m'avait compris il y a cinguante ans, nous ne ferions pas face aux grandes invasions.

    Ça prend du temps, mais ça avance