Partout dans le monde, les femmes manifestent

Alessandra Mondolfi a participé à la manifestation «Une journée sans femmes» à Miami, en Floride, mercredi.
Photo: Joe Raedle/Getty Images/AFP Alessandra Mondolfi a participé à la manifestation «Une journée sans femmes» à Miami, en Floride, mercredi.

Manifestations de femmes anti-Trump aux États-Unis, manifestations monstres contre les violences faites aux femmes à Madrid et en Amérique Latine : la Journée internationale des femmes a pris un tour très politique mercredi.

Entre 3000 et 5000 personnes à New York, 2000 à Los Angeles et plusieurs centaines à Washington ont manifesté pour cette journée rebaptisée aux États-Unis « Une journée sans femmes », ces dernières ayant été appelées à ne pas travailler pour marquer le coup.

Message à Trump

À New York, près de la Trump Tower, et à Washington, sous les fenêtres de la Maison-Blanche, de nombreuses manifestantes avaient ressorti les fameux bonnets roses surnommés « pussy hats », lancés pour la grande marche des femmes du 21 janvier qui avait réuni des millions de personnes à travers les États-Unis pour protester contre l’investiture de Donald Trump la veille à Washington.

Arielle Datz, 30 ans, qui travaille dans l’édition, avait pris sa journée pour pouvoir manifester, d’abord sur la Cinquième avenue, tout près de la Trump Tower, puis en fin d’après-midi dans Greenwich Village.

« J’espère bien qu’on n’en a pas pour quatre ans » de Trump, a-t-elle déclaré. « Mais on va continuer [à manifester] aussi longtemps qu’il le faudra. »

Le président américain avait pourtant tweeté dès le matin son « immense respect » pour les femmes et salué leur « rôle crucial » partout dans le monde. Mais ses messages ont provoqué des réactions outrées sur Twitter : nombreux sont ceux qui lui ont rappelé ses propos misogynes, les accusations d’agressions sexuelles le visant ou ses prises de position contre l’avortement.

Dénoncer les violences

En Espagne comme en Amérique Latine, ce sont des dizaines de milliers de femmes qui sont descendues dans la rue pour dénoncer les violences dont elles sont encore trop souvent victimes.

Au moins 40 000 personnes se sont rassemblées devant la mairie de Madrid avant de défiler jusqu’à l’emblématique Plaza de Espana, brandissant des pancartes avec des slogans tels que « Justice » ou « Quand tu te tais, tu n’es pas plus belle ». Des manifestations similaires ont eu lieu dans de nombreuses autres villes espagnoles, dont Barcelone, Alicante, Valence, Grenade et Bilbao.

À Montevideo, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé le long de l’avenue principale de la capitale uruguayenne, dans un pays où les violences domestiques sont en augmentation, selon les données officielles.

À Buenos Aires, des milliers de femmes ont également convergé vers la célèbre Plaza de Mayo, siège du gouvernement, pour réclamer l’égalité des droits et dénoncer les violences machistes.

Dans cette région, plusieurs cas de meurtres sauvages ont fait sortir ces derniers mois des milliers de femmes dans la rue, marquant une nouvelle prise de conscience.

Toujours au Brésil, l’aéroport international de Rio de Janeiro Antonio Carlos Jobim a changé symboliquement de nom, prenant pour dix jours celui d’une militante contre la violence domestique, Maria da Penha.

Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Des Brésiliennes ont manifesté devant l'esplanade des ministères à Brasilia, la capitale du Brésil, mercredi.

 

Un ton politique

En Turquie, plus de 10 000 personnes, pour la plupart des femmes, ont descendu l’avenue Istiklal à Istanbul pour dénoncer à la fois « la violence des hommes » et le référendum prévu le 16 avril qui doit permettre au président Recep Tayyip Erdogan de renforcer ses pouvoirs présidentiels. Des manifestations ont aussi eu lieu à Ankara et Diyarbakir.

En Asie aussi, des femmes se sont mobilisées pour condamner les violences qu’elles subissent.

À Dacca, au Bangladesh, une quinzaine de survivantes d’attaques à l’acide ont ainsi participé à un défilé de mode. À New Delhi, ce sont des dizaines de jeunes femmes en tenue blanche qui ont participé à une démonstration d’autodéfense.

Ailleurs, les manifestations ont été plus limitées : à Moscou, un groupe de féministes a été brièvement interpellé après avoir manifesté dans l’enceinte du Kremlin. « Le féminisme est notre idée nationale », proclamait une bannière tenue par deux militantes qui sont montées jusqu’au balcon de l’une des tours du Kremlin.

Le 8 mars est en Russie plus associé à la féminité qu’à la lutte pour l’égalité des sexes, et la coutume de l’époque soviétique est toujours vivace, qui consiste à offrir des fleurs aux mères, épouses ou collègues.

En France, ONG, féministes et syndicats avaient appelé à cesser le travail et à manifester à partir de 15 h 40 : selon leurs calculs, c’est à cette heure-là que, pour une journée de travail théorique de huit heures, les femmes ne sont plus payées comme elles le devraient. À savoir autant que les hommes.